La vie passionnante de l’étudiant en médecine, 2ème partie

Mon chéri est depuis 4 années membre de ce grand équipage formé par les étudiants en médecine. Le parcours est rude, semé d’embûches, au point que je les comparerais volontiers à un groupe de jeunes fous à l’assaut d’une cascade tumultueuse à bord de cano-rafts à moitié percés… Eh oui, car le voyage n’est pas de tout repos pour mon homme, qui vient de fêter glorieusement ses 45 automnes ! J’avais écrit un article voilà 4 ans sur ses conditions de vie d’étudiant (http://saltis.ca/lam/?p=1700), et le paysage a bien changé depuis, même si l’expérience est toujours aussi intense… Voici un petit aperçu de ce à quoi ressemblent ses journées, en quelques images prises sur le vif.

Sur un plan purement pratique, les stages se sont déroulés à Blois cette année, ce qui obligeait mon étudiant préféré à pédaler aux petites heures du matin jusqu’à la gare pour attraper son train. Le soir venu, il renouvelait l’expérience dans le sens inverse en se tirant la bourre avec ses collègues internes. Ce qui pouvait parfois, dans le simple but de s’assurer une victoire plus facile, mener ces derniers à multiplier ses tâches dans le service toute la journée pour épuiser le concurrent… Mais trêve de sadisme, il reste que les patients étaient encore régulièrement dupes sur ses capacités à cause de son âge. Et il fallait voir la tête du chef de clinique qu’il accompagnait dans la chambre de Monsieur B., lorsque ce dernier s’exclamait en voyant Ben: « Bonjour Docteur », et en accordant à peine un regard au supérieur hiérarchique qui trépignait douloureusement à côté. Une fois dans le service, il se mettait pourtant généralement les équipes dans la poche, et avait vite compris (on se demande pourquoi) qu’il fallait traiter les infirmières avec gentillesse et boîtes de chocolat !

Une fois rentré à la maison, pas question de se reposer trop longtemps… La petite cinquantaine de livres qu’il a dû acheter depuis 4 ans pourra nous servir à caler des tables branlantes pour les décennies à venir ! Entre l’urologie, la cardio, la LCA et la psy, il ne sait plus où donner de la tête. Une fois devant son bureau, c’est donc tout guilleret qu’il repart pour un tour de piste avec les dizaines de milliers de pages de cours à apprendre. Il maugrée que math sup math spé, à côté, c’était du pipi de chat, et s’est fait quelques poupées vaudou de ses collègues qui ont une mémoire photographique… Quand il en peut vraiment plus, il lui suffit de planter quelques aiguilles, et ça a le don de le soulager ! C’est comme l’acupuncture, mais à l’envers !

Il n’en oublie pas d’être présent pour ceux qu’il aime, et part faire à l’occasion de courtes balades en famille, quand il ne fait pas du soutien scolaire en maths pour les marmots qui apprécient le coup de main. Il sait tout faire, ce Ben !

Pour l’apprentissage, il a quelques recettes. Une bonne petite chanson bien tonitruante d’ACDC ou d’un groupe de heavy metal, et il est capable d’étudier des heures durant à son bureau. Le problème : toujours cette bonne vieille vessie qui le rappelle à l’ordre… J’ai bien proposé de lui installer une sonde urinaire, mais allez savoir pourquoi, l’idée ne lui souriait pas trop… Son truc pour garder la forme : le sport à donf. C’est là que sa pratique confine au génie et qu’il m’impressionne le plus. Trois fois par jour, il quitte ses cours pour faire de la muscu et des abdos. Et puis il faut le voir, dès potron minet (comprendre 6h30 du matin), habillé de sa tenue de course tout terrain, et flanqué de nos deux chiens, parcourir les rues de la Riche pour son footing quotidien. Avec un tel attelage, il a fière allure : le gros chien blond, le petit bâtard noir, et sa tenue fluo de coureur étudiant… 42km par semaine ces derniers temps, il assure, le bonhomme ! Car le secret de sa longévité estudiantine tient aussi à ce régime.

 Aujourd’hui, nous sommes à deux semaines du but ultime de tout externe en médecine : le fameux ECN : examen de classement national… Cette merveille de stress empacté dans un questionnaire à choix multiples qui s’étire sur 3 petits jours et couvre au moins 33 matières, 362 items et des centaines de milliers de pages de savoir dans des disciplines aussi pointues que complexes… Mon Ben bondissant de la rentrée universitaire de 2013 est devenu un esclave du bureau, enchaîné qu’il est à son objet fétiche lorsqu’il tourne inlassablement les pages de ses référentiels, comme pour se les injecter en perfusion et qu’ils fassent un peu partie de lui. Ah, si l’on pouvait ainsi s’imprégner d’un savoir et se l’imprimer dans le code génétique…

La vie quotidienne de mon étudiant est donc lassante de prévisibilité : fiches à réviser à voix haute, concours blancs à réaliser, épreuves d’entraînement sur internet (2h de réponses à des questions), corrections dans la foulée (6h de conférence en ligne) et je vous passe les cris de découragement pour la réponse qui passe à côté du diagnostic attendu, les soupirs de lassitude après 12h de travail acharné, les mains tordues par le stress, les exclamations de colère quand les questions sont vicieuses ou mal posées… J’ai noté d’ailleurs un élargissement de son vocabulaire quant aux noms d’oiseaux dont il peut affubler les professeurs créatifs qui ont pondu les QCM tordus auxquels il doit répondre !

            Ce qui m’épate surtout, c’est sa capacité à saisir la moindre occasion de réviser. On lui parle d’accident vasculaire cérébral, et le voilà qui analyse: « AVC dû à un ACFA causant une ischémie au niveau de l’ACMG selon l’IRM, patient Glasgow 7 qui nécessite une thrombolyse puisqu’on est dans la fenêtre des 4h30, sera mis sur anticoagulant et thrombolytique… Il est devenu bilingue français-médic, je vous dis ! Plus qu’à lui souhaiter bonne chance, et vogue la galère !

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