Ces rêveurs qui nous inspirent…

Nous nous étions installés sur les fauteuils de l’immense salle. Autour de nous, près de 700 personnes réunies, endimanchées et heureuses. Nous venions célébrer les étudiants, aspirants internes, qui allaient recevoir ce soi-là leur diplôme, entourés de leurs proches. Un titre de médecin obtenu de haute lutte, après quatre années de travail acharné, de déceptions lorsque les notes n’étaient pas à la hauteur des espoirs, de nuits blanches passées à veiller sur les patients, de confrontation avec la maladie et la mort… Ben s’était assis sur le fauteuil en tissu rouge, un rien fébrile, regardant de tous côtés pour noter la présence des uns, saluer de la tête quelques autres… Autour de nous, une agitation palpable dans l’attente de cet événement qui consacre et reconnaît l’ardeur mise dans les études les plus exigeantes qui soient. Les discours arrivent enfin, laissant vite la place à ce grand ballet des étudiants qui défilent alors, un à un, sur la scène. Chacun reçoit l’écharpe et le diplôme qui célèbrent la fin de ces six années d’étude qui précèdent l’internat. On lit la fierté, l’émotion de se voir ainsi reconnu avant d’entamer ces moments délicats où il faudra appliquer et approfondir les connaissances reçues jusque là. Je regarde chacun et j’admire la ténacité, la détermination qui a poussé chacun à poursuivre malgré la difficulté de ce parcours semé d’embûches.

Le tour de Ben arrive finalement. Il se lève, nerveux, pour se diriger près de la scène. Quand son nom est prononcé, il s’élance sur l’escalier, grimpe rapidement les marches qui le conduisent vers les professeurs qui l’attendent en souriant. Et dans la foule s’élève soudain une clameur. C’est une véritable ovation qui envahit la salle, certains étudiants se mettent debout, et j’ai le cœur qui se dilate. Tous ces étudiants savent que le parcours de Ben a été marqué par une détermination sans faille durant 4 années. Chacun se souvient qu’en dépit de son âge, du fait qu’il a étudié tout en prenant soin de nos enfants et de moi, il est arrivé au but qu’il s’était fixé. Et il a tenu bon, avec le sourire et l’envie de se dépasser pour les patients, mais aussi pour ses collègues étudiants et ses professeurs. Ce soir-là, dans la salle de spectacle, je ressens cette reconnaissance des efforts accomplis au service d’une vie cohérente et qui a du sens. Ben a su inspirer de nombreux étudiants et leur a donné peut-être la preuve que réaliser ses rêves est possible si on y met le cœur et le travail nécessaires.

Après la cérémonie, Ben n’en revient toujours pas de ces témoignages d’amitié, de ces expressions admiratives qui ponctuent les conversations qu’il a avec ses collègues et leurs familles. Et moi je rends ici hommage à mon chéri, si déterminé et attentionné, et pour qui ce témoignage d’amitié et d’admiration m’a semblé largement mérité. Je souhaite aussi saluer ici ses collègues étudiants. De jeunes esprits qui fleurissent doucement et dont les interrogations, la quête de sens et l’ouverture m’impressionnent. Chaque étudiant avec lequel j’ai pu parler m’a épatée par l’intelligence avec laquelle il raisonne sur la vie et sur les autres. Des personnes brillantes qui feront des médecins attentionnés, dotés d’une approche humaine et bienveillante hors du commun. Des personnes que je vous souhaite de côtoyer, ou par qui je vous souhaite d’être soigné, et qui je l’espère nourriront pour eux des rêves ambitieux à réaliser.

(Visited 181 times, 1 visits today)

La solitude improbable du rêveur

Je suis au milieu d’un bouquin que j’écris sur les rêves. Et pour cela, je rencontre des rêveurs. Pas des gens hors du commun, bizarres ou aux parcours aberrants. Non. Des personnes comme vous et moi, et qui ont pourtant ce petit quelque chose de différent. Qui savent entretenir des projets un peu fou dans un quotidien balisé. Des gens qui ne se laissent pas pourrir par les critiques ou les avis négatifs que d’aucuns pourraient avoir sur leurs projets. Des hommes et des femmes qui suivent leurs aspirations profondes et qui foncent, sautent, risquent et se lancent. Et puis parfois ressort cette remarque chez certains. Ce sentiment de solitude par rapport aux limites de ce qu’ils peuvent partager de leur doux délire avec les autres. Il n’est en effet pas si rare que les autres ne veuillent pas entendre les histoires des personnes qui sont trop éloignées de leur trajectoire personnelle, ou les récits jubilatoires de quelques rêveurs qui réalisent ce qu’eux-mêmes peinent à seulement envisager dans leur quotidien. C’est vrai : vivre une vie différente condamne parfois à un certain degré de solitude. Je me sens proche de cette analyse, avec toutes ces parenthèses incroyables que nous avons pu vivre en famille. On peut alors partager des bons moments, des joyeusetés, des légèretés passagères, mais les vrais échanges profonds, on les garde pour ceux qui peuvent les recevoir. Comme si le terme « extra terrestre » nous collait au visage, en filigrane. Alors qu’on n’a pas l’impression, au fond, d’être si différent. On a juste envie, besoin, de vivre une vie qui ait du sens à nos yeux. Mais le cercle invisible est là, qui n’est pas souvent franchi par d’autres qui ont des vies plus conventionnelles. C’est ainsi, c’est le jeu. N’empêche que ça fait diablement plaisir de recueillir les témoignages de ces personnes que je rencontre et qui ont un courage incroyable, celui de réaliser leurs rêves au quotidien. Trop hâte de vous les présenter !

(Visited 20 times, 1 visits today)