Le potentiel oublié

Voilà bien des années que je cherche la cause de comportements qui, s’ils sont inconscients, visent bien à casser mes efforts de sortir du giron d’habitudes et de croyances que je nourris depuis toujours. Un peu comme les sursauts du poisson qui veut voir plus loin et sort la tête de l’eau, sans comprendre que c’est dans cet élément liquide qu’il veut quitter qu’il pourra évoluer le plus heureux. On cherche sans cesse ailleurs la voie qui se trouve juste devant nous. Je voulais sortir de cet état d’aveuglement qui me gardait coupée du monde que je voulais rejoindre, avec tout ce passé que je traîne comme un boulet. Ce passé avec lequel j’étais brouillée, et que je rejetais depuis toujours. J’ai la chance d’avoir commencé un vrai travail d’exhumation avec une amie qui est aussi coach. Elle m’a aidée à regarder ces bouts de moi que je voulais détacher de mon avenir, arguant avec raison que ces morceaux de vie que j’arrachais avec douleur m’appartenaient aussi. Qu’ils avaient leur raison d’être, leur utilité. Ce faisant, je m’empêchais d’être pleine et entière, en accord avec ces personnages que j’ai endossés par le passé pour mieux survivre ou m’adapter.

L’erreur, c’est de croire que l’on peut réussir à se trouver et à se comprendre, en faisant abstraction de la personne que l’on a été et que l’on est, pour construire celle que l’on veut devenir. C’est en réalisant ce chemin de compréhension, en effectuant ce déshabillage en règle de croyances, de phrases toutes faites que l’on a répétées à l’envi sans toujours les comprendre, que l’on peut accéder à la partie la plus belle de soi. Je souffre d’être séparée du cheminement d’écriture auquel j’aspire, parce que je sens que je n’utilise pas encore le potentiel que je pense pouvoir y trouver. Et cette route que j’ai prise, accompagnée par mon amie, je la découvre finalement plus facile à emprunter que je ne l’avais imaginée. J’ai passé beaucoup de temps à croire que je devais me construire tout de neuf, changer tout et raser le paysage existant pour devenir une autre. Je réalise aujourd’hui que mon travail est simplement de mettre en accord ces parties de moi que je croyais ennemies et qui ne sont que des échos de celle que je suis. Il s’agit moins de raser le paysage que de partir de l’existant et d’en faire un jardin. En permaculture, les « adventices, ces plantes que l’on nomme « mauvaises herbes », sont en fait utiles et il convient d’en utiliser aussi les propriétés pour construire l’écosystème que nous cherchons à créer. « Nous sommes ce que nous répétons chaque jour », et ce nous est nourri par le compost de la personne que nous avons été, avec ses erreurs, ses réussites, ses manquements et ses victoires. Rien à refuser, dans cet héritage. Il faut tout prendre, et tout intégrer pour aspirer toucher du doigt un jour ce potentiel, cette puissance que chacun de nous portons. C’est par cette réconciliation que nous pouvons prétendre exploiter toute la complexité et la richesse de ce vécu dont nous sommes dépositaires. Reconnaître notre faillibilité, cette fragilité essentielle, c’est faire un pas vers ces trésors que nous abritons et que, trop souvent, nous hésitons à utiliser. J’ai vu des personnes y arriver, et souvent elles le faisaient parce qu’elles avaient été mises à nu par des épreuves qui les avaient laissées parfois exsangues. Mais la résilience avec laquelle elles avaient pu faire face leur avait donné la force de surmonter la peur de devenir elles-mêmes, profondément, et sans arrière pensée. C’est précisément là qu’elles étaient devenues puissantes, et qu’elles avaient pu créer et développer des projets magnifiques, pour elles et pour les autres. Souvent, la maladie permet ce travail de dénuement essentiel, mais il n’est pas indispensable d’en passer par là pour accéder à ce que Guy Corneau appelait le meilleur de soi-même… Je vous souhaite de parvenir doucement à devenir vous-mêmes.

Merci à toi, Christine

(Visited 43 times, 1 visits today)