La solitude improbable du rêveur

Je suis au milieu d’un bouquin que j’écris sur les rêves. Et pour cela, je rencontre des rêveurs. Pas des gens hors du commun, bizarres ou aux parcours aberrants. Non. Des personnes comme vous et moi, et qui ont pourtant ce petit quelque chose de différent. Qui savent entretenir des projets un peu fou dans un quotidien balisé. Des gens qui ne se laissent pas pourrir par les critiques ou les avis négatifs que d’aucuns pourraient avoir sur leurs projets. Des hommes et des femmes qui suivent leurs aspirations profondes et qui foncent, sautent, risquent et se lancent. Et puis parfois ressort cette remarque chez certains. Ce sentiment de solitude par rapport aux limites de ce qu’ils peuvent partager de leur doux délire avec les autres. Il n’est en effet pas si rare que les autres ne veuillent pas entendre les histoires des personnes qui sont trop éloignées de leur trajectoire personnelle, ou les récits jubilatoires de quelques rêveurs qui réalisent ce qu’eux-mêmes peinent à seulement envisager dans leur quotidien. C’est vrai : vivre une vie différente condamne parfois à un certain degré de solitude. Je me sens proche de cette analyse, avec toutes ces parenthèses incroyables que nous avons pu vivre en famille. On peut alors partager des bons moments, des joyeusetés, des légèretés passagères, mais les vrais échanges profonds, on les garde pour ceux qui peuvent les recevoir. Comme si le terme « extra terrestre » nous collait au visage, en filigrane. Alors qu’on n’a pas l’impression, au fond, d’être si différent. On a juste envie, besoin, de vivre une vie qui ait du sens à nos yeux. Mais le cercle invisible est là, qui n’est pas souvent franchi par d’autres qui ont des vies plus conventionnelles. C’est ainsi, c’est le jeu. N’empêche que ça fait diablement plaisir de recueillir les témoignages de ces personnes que je rencontre et qui ont un courage incroyable, celui de réaliser leurs rêves au quotidien. Trop hâte de vous les présenter !

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Deux mots, une chanson

L’enfance arrive, avec son lot de moments où l’enfant se forge des rêves sur-mesure à coup de chansons et d’histoires de lutins. Alors le petit chéri réclame jour après jour, heure après heure et même minute après minute la répétition sempiternelle d’un enregistrement de chanson enfantine. Il repasse inlassablement les mots, la musique qui le fait chanter. L’enfant grandit, et les airs se logent dans un coin du cœur. Il prend ce qui passe et se construit une mémoire des sons qui lui tient la tête hors de l’eau pendant les tempêtes. Et puis un beau jour, il passe des comptines aux chansons pour les grands. Se fraye un chemin dans la jungle des auteurs compositeurs qu’il faut déblayer à longueur d’écoute.

            Mon petit dernier est aujourd’hui suspendu aux lèvres de Grand Corps Malade. Lui qui n’a pas démontré trop de penchants musicaux depuis qu’il est petit, il tombe sous le charme. Dans la voiture, il couche son torse sur ses cuisses, tête en bas, et laisse les mots dévaler les notes de ses albums. Il savoure la voix grave et lente, mesurée et bienveillante. Une voix qui regarde avec amour ces scènes qu’il caresse sans se lasser. Et Laé se concentre, il ne perd aucune nuance, et demande à réécouter les musiques et les sons qu’il a désormais adoptés. Tout comme il pouvait demander, petit, à ce qu’on remette une dizaine de fois de suite la chanson de Léon le Hérisson ou Lulu la tortue.

            Il n’aura qu’à patienter un peu, et nous la lui offrirons, la musique. Chacun de nos enfants aura un lecteur de musique pour ses 15 ans. Un âge important pour découvrir les auteurs, et choisir ceux qui leur correspondront le mieux. Une porte ouverte sur le monde artistique et les émotions muettes.

Moi, j’ai le cœur qui se dilate d’observer cet éveil à une façon d’exprimer ce qui nous habite.

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Guerre à coups de plume

Cairn au sommet du mont Lozère

Je suis en train de lire un livre qui est un véritable maître d’écriture à mes yeux. Il est terriblement bien écrit, les mots sont choisis, érudits, précis. Les descriptions fouillées, les ambiances remarquablement rendues, impliquant les 5 sens, de sorte que l’on se sent voyager en lisant les mots. Pourtant, je n’éprouve aucune émotion en le lisant. Je ne parviens pas à me transporter dans le cœur des personnages. C’est un écueil que j’essaie à tout prix d’éviter dans l’écriture, et sans doute, je n’y parviens pas souvent. Pourtant, c’est à mon sens là que réside le vrai talent d’écriture. Car dans ce livre, tout est contrôlé, cadré, prévu. La vie ne bouge plus, cloîtrée qu’elle est sous la structure, le déroulement logique des chapitres, l’agencement chronologique des idées, des événements. Aucun des personnages n’a été autorisé à sortir du rôle qu’on lui avait assigné. Ce livre, c’est un peu comme un squelette sur lequel on aurait enlevé la moindre trace de chair. Il n’y a plus rien à ronger pour le lecteur que ces descriptions où l’âme n’a pas pu se réfugier, faute d’un abri assez accueillant.

            Personnellement, je n’apprécie rien tant que ces livres où la vie s’invite sans demander la permission. Je trouve que les meilleurs romans ont ce petit quelque chose de fou et d’incompréhensible qui échappe à l’intellect froid du roman « bien maîtrisé ». Même un polar savamment conçu (et où la structure, le déroulement de l’intrigue a une importance capitale) peut répondre à ce critère, pour peu que l’auteur accepte de laisser à ses personnages la bride sur le cou. Je l’imagine, moi, ce héros, se levant soudain de la page, brandissant un poing minuscule, furieux et révolté, à la face de l’écrivain qui voudrait le mettre sous cloche. Sautant près de la main de ce dieu de pacotille qui tente d’aller au bout de son histoire, tel un farfadet facétieux, je vois le petit personnage subtiliser la plume de l’inventeur effaré, et se mettre à promener sur la page lisse le stylo qui pour lui a la taille d’un jeune arbre. Histoire d’écrire la suite de son aventure, avec ses mots à lui. Des mots empruntés à la vie grouillante et imprévisible que l’on a chaque jour devant soi, sans pouvoir toujours en maîtriser le cours.

Il me semble que ce n’est qu’à ce prix que l’on trouve les bons mots pour conter un récit qui pourra vibrer d’une vie qui lui est propre. Il est impératif que la plume suive sa propre logique, et les personnages incarnent la vie qui est la leur dans l’intrigue à demi dévoilée par l’auteur. Ce n’est que lorsque l’auteur accepte ainsi de lâcher prise sur le destin de ses héros que ceux-ci accomplissent le mieux leur mission. Mener le lecteur en imaginaire, comme dans un pays magique où il va connaître un pan de vie authentique. Et puis, à tout prendre, j’ai parfois malgré tout connu cette perte de contrôle, et j’ai goûté avec bonheur à ce sentiment d’imprévisibilité merveilleuse où l’histoire s’échappe du cadre et gagne des rivages que l’on n’avait pas anticipés.

Finalement, ce livre dont je vais terminer la lecture est un excellent professeur d’écriture. Je me demande simplement à quoi ressemblerait l’histoire, si les personnages avaient eu leur mot à dire…  

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Sur les traces de Stevenson, 2ème essai!

Des moineaux pépient furieusement sous le toit en bois. Je frissonne à cause du vent qui tournoie autour de nous depuis le début de l’après midi, et tourmente les branches des résineux qui surplombent nos tentes.

Lac de Naussac sous le soleil de la Lozère

Nous sommes à Chasseradès, dans l’Allier, sur les traces de Robert Louis Stevenson. C’est une sorte de pèlerinage, pour une randonnée que nous avions tenté sans succès de faire il y a 3 ans. Nous avions pour cela loué un âne, histoire d’ajouter une touche un peu originale à ce périple qui répondait bien à notre amour des aventures un peu hors des sentiers battus. Mais la femme qui nous a loué l’âne avait sous-estimé les qualités de marcheurs des enfants, et n’avait pas cru que nous tiendrions les 20, 25 et parfois 30 km quotidiens que le sentier nous imposerait. Elle n’avait pas ferré son âne, et il a déclaré forfait 3 jours après le début de la balade, ce qui nous avait obligés à changer nos plans de vacances ! Mais nous n’avions pas oublié les lumières, les paysages et les odeurs glanés au fil de ces jours suspendus…Et puis, étant par nature assez têtus, nous avons voulu aller au bout de ce chemin qui s’était dérobé de façon aussi peu cérémonieuse à nos regards.

La préparation fut pour le moins épique. En effet, il fallut décider comment transporter les kilos de bagage que nous devions transporter, sachant que nous comptions camper, comme la première fois. Il fallait bien remplacer l’âne ! On avait bien pensé à nos deux chiens pour remplir cet office, mais la taille de l’une (qui a la carrure menaçante d’un chihuahua anorexique) et la fragilité de l’autre (pourtant un solide golden mais aux articulations à préserver) nous en a dissuadés. Si bien que l’esprit fertile de Ben a tôt fait de nous inventer une solution tarabiscotée et qui nécessitait bien sûr l’exploitation de ses talents d’ingénieur. Il a donc pensé construire une charrette que l’on fixerait aux hanches du porteur, fabriquée à partir d’une structure de vélo d’enfant découpée. Mais cela nécessitait de la soudure, du matériel ad hoc, et des pneus d’une dimension spécifique. Un peu compliqué et cher pour un résultat pour le moins incertain ! Si bien que j’ai suggéré l’utilisation d’un service de portage de sacs, qui nous évitait tracas et dos en vrac. Finalement, il a brandi une botte secrète dont il est coutumier, pour nous inventer une solution sur mesure et pour le moins créative !

Chaque matin, une fois toutes les affaires pliées, nous remisons tous nos sacs dans notre voiture. Ben la conduit à notre prochain campement, et nous rejoint sur le chemin que nous avons pris en sens inverse. Mais il fait l’étape en courant, pour reprendre ensuite le même chemin en marchant avec nous. C’est imparable de simplicité et fichtrement pratique !

Nous réalisons donc notre petite transhumance confortablement, et avec de petites étapes qui nous permettent de goûter pleinement aux charmes de cette randonnée magnifique sur les traces de R.L. Stevenson. Des vacances à s’en mettre plein les mirettes, et que je vous recommande chaudement ! 

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Le point de vue de la nana qui a un mec étudiant, une veille de concours

La lumière au bout du chemin !

Il reste une petite semaine avant le début du concours… Et la vie de la famille est transformée par cette perspective, au point que je me pose quelques questions… Que faire en effet quand :

– j’arrive dans ma chambre à toute heure du jour et (presque) de la nuit et que j’entends une mélopée interminable décrivant des noms de pathologies barbares, avec leurs symptômes réjouissants et les traitements ad hoc,

– je prépare des repas veggie et que soudain déboule dans ma cuisine l’étudiant qui réclame repas cochons et greasy food pour soulager ses neurones en implosion,

– cela fait 3 mois que j’achète du café et que mon étudiant le boit en déclarant, matin après matin, qu’il faut vraiment qu’il arrête et arrive à se sevrer de sa petite drogue parce que sinon, cata le jour de l’examen, il risque de finir scotché aux toilettes

– je prévois des fruits pour le dessert, et il se jette sur les crèmes glacées

– il allume le chauffage parce qu’il fait 15 degrés dehors, et se mettrait presque la tête dans le frigo pour apprendre ses cours dès que le thermomètre dépasse les 25°C

– en guise de préliminaires, j’ai droit à une petite conférence en ligne on the bed sur les troubles de l’érection ou le cancer des voies urinaires…

– je le vois barrer chaque jour sur son mur les jours qui le séparent de son examen comme le prisonnier avant sa libération

– il ne répond plus qu’aux sms portant des questions existentielles telles que : «c’est quoi le putain de nom de l’anticorps monoclonal qu’on utilise pour le cancer du sein ?? »

– il vous prend dans ses bras, vous embrasse tendrement, puis vous regarde dans les yeux, rêveur, avant de hurler : « trastuzumab ! Evidemment ! » (réponse à la question précédente…) grrrr…

– il caresse son chien en se répétant les effets secondaires des antipsychotiques et se met à faire pareil sur le chat, qui, le chanceux, a quant à lui droit aux signes associés à l’apparition des mycoses vaginales

– il se réveille en sursaut la nuit parce qu’il vient de rêver qu’il arrivait à l’examen en retard et qu’on fermait les portes de l’amphi devant lui (et de pousser un hurlement de loup garou un soir de pleine lune)

– les réveils sont de plus en plus compliqués : il se réveillait d’un bond à 6h il y a 2 mois, le mois dernier, on a sorti une poulie pour le tirer du lit, et depuis quelques jours, j’hésite à louer la grue…

Vous l’aurez compris, l’étudiant en médecine à la veille de passer le concours de l’ECN n’est pas dans son état normal, et il est très légèrement obsédé par cette perspective rieuse et transcendante… Au point que les symptômes qu’il exhibe (petits tics nerveux semblables à des TOC, potomanie, addiction à la caféine et à la bouffe grasse et sucrée, petites sautes d’humeur, comportements hypomaniaques précédant des phases de déprime) peuvent me faire penser qu’il pourrait bien finir sous calmants sous peu ! Alors je le soigne à coups de bisous et on attend que ça lui passe en croisant les doigts pour qu’il finisse, comme il en a fait son défi personnel, premier dans sa catégorie d’âge, et surtout finaliste dans la première moitié de tous ceux qui feront le concours !

 

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La vie passionnante de l’étudiant en médecine, 2ème partie

Mon chéri est depuis 4 années membre de ce grand équipage formé par les étudiants en médecine. Le parcours est rude, semé d’embûches, au point que je les comparerais volontiers à un groupe de jeunes fous à l’assaut d’une cascade tumultueuse à bord de cano-rafts à moitié percés… Eh oui, car le voyage n’est pas de tout repos pour mon homme, qui vient de fêter glorieusement ses 45 automnes ! J’avais écrit un article voilà 4 ans sur ses conditions de vie d’étudiant (http://saltis.ca/lam/?p=1700), et le paysage a bien changé depuis, même si l’expérience est toujours aussi intense… Voici un petit aperçu de ce à quoi ressemblent ses journées, en quelques images prises sur le vif.

Sur un plan purement pratique, les stages se sont déroulés à Blois cette année, ce qui obligeait mon étudiant préféré à pédaler aux petites heures du matin jusqu’à la gare pour attraper son train. Le soir venu, il renouvelait l’expérience dans le sens inverse en se tirant la bourre avec ses collègues internes. Ce qui pouvait parfois, dans le simple but de s’assurer une victoire plus facile, mener ces derniers à multiplier ses tâches dans le service toute la journée pour épuiser le concurrent… Mais trêve de sadisme, il reste que les patients étaient encore régulièrement dupes sur ses capacités à cause de son âge. Et il fallait voir la tête du chef de clinique qu’il accompagnait dans la chambre de Monsieur B., lorsque ce dernier s’exclamait en voyant Ben: « Bonjour Docteur », et en accordant à peine un regard au supérieur hiérarchique qui trépignait douloureusement à côté. Une fois dans le service, il se mettait pourtant généralement les équipes dans la poche, et avait vite compris (on se demande pourquoi) qu’il fallait traiter les infirmières avec gentillesse et boîtes de chocolat !

Une fois rentré à la maison, pas question de se reposer trop longtemps… La petite cinquantaine de livres qu’il a dû acheter depuis 4 ans pourra nous servir à caler des tables branlantes pour les décennies à venir ! Entre l’urologie, la cardio, la LCA et la psy, il ne sait plus où donner de la tête. Une fois devant son bureau, c’est donc tout guilleret qu’il repart pour un tour de piste avec les dizaines de milliers de pages de cours à apprendre. Il maugrée que math sup math spé, à côté, c’était du pipi de chat, et s’est fait quelques poupées vaudou de ses collègues qui ont une mémoire photographique… Quand il en peut vraiment plus, il lui suffit de planter quelques aiguilles, et ça a le don de le soulager ! C’est comme l’acupuncture, mais à l’envers !

Il n’en oublie pas d’être présent pour ceux qu’il aime, et part faire à l’occasion de courtes balades en famille, quand il ne fait pas du soutien scolaire en maths pour les marmots qui apprécient le coup de main. Il sait tout faire, ce Ben !

Pour l’apprentissage, il a quelques recettes. Une bonne petite chanson bien tonitruante d’ACDC ou d’un groupe de heavy metal, et il est capable d’étudier des heures durant à son bureau. Le problème : toujours cette bonne vieille vessie qui le rappelle à l’ordre… J’ai bien proposé de lui installer une sonde urinaire, mais allez savoir pourquoi, l’idée ne lui souriait pas trop… Son truc pour garder la forme : le sport à donf. C’est là que sa pratique confine au génie et qu’il m’impressionne le plus. Trois fois par jour, il quitte ses cours pour faire de la muscu et des abdos. Et puis il faut le voir, dès potron minet (comprendre 6h30 du matin), habillé de sa tenue de course tout terrain, et flanqué de nos deux chiens, parcourir les rues de la Riche pour son footing quotidien. Avec un tel attelage, il a fière allure : le gros chien blond, le petit bâtard noir, et sa tenue fluo de coureur étudiant… 42km par semaine ces derniers temps, il assure, le bonhomme ! Car le secret de sa longévité estudiantine tient aussi à ce régime.

 Aujourd’hui, nous sommes à deux semaines du but ultime de tout externe en médecine : le fameux ECN : examen de classement national… Cette merveille de stress empacté dans un questionnaire à choix multiples qui s’étire sur 3 petits jours et couvre au moins 33 matières, 362 items et des centaines de milliers de pages de savoir dans des disciplines aussi pointues que complexes… Mon Ben bondissant de la rentrée universitaire de 2013 est devenu un esclave du bureau, enchaîné qu’il est à son objet fétiche lorsqu’il tourne inlassablement les pages de ses référentiels, comme pour se les injecter en perfusion et qu’ils fassent un peu partie de lui. Ah, si l’on pouvait ainsi s’imprégner d’un savoir et se l’imprimer dans le code génétique…

La vie quotidienne de mon étudiant est donc lassante de prévisibilité : fiches à réviser à voix haute, concours blancs à réaliser, épreuves d’entraînement sur internet (2h de réponses à des questions), corrections dans la foulée (6h de conférence en ligne) et je vous passe les cris de découragement pour la réponse qui passe à côté du diagnostic attendu, les soupirs de lassitude après 12h de travail acharné, les mains tordues par le stress, les exclamations de colère quand les questions sont vicieuses ou mal posées… J’ai noté d’ailleurs un élargissement de son vocabulaire quant aux noms d’oiseaux dont il peut affubler les professeurs créatifs qui ont pondu les QCM tordus auxquels il doit répondre !

            Ce qui m’épate surtout, c’est sa capacité à saisir la moindre occasion de réviser. On lui parle d’accident vasculaire cérébral, et le voilà qui analyse: « AVC dû à un ACFA causant une ischémie au niveau de l’ACMG selon l’IRM, patient Glasgow 7 qui nécessite une thrombolyse puisqu’on est dans la fenêtre des 4h30, sera mis sur anticoagulant et thrombolytique… Il est devenu bilingue français-médic, je vous dis ! Plus qu’à lui souhaiter bonne chance, et vogue la galère !

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L’heure d’or

Montréal. Une lueur naissante me fait ouvrir les yeux. La chambre est petite, j’en connais chaque bout de mur, chaque lumière cachée. Les objets se découvrent à mesure que la lampe intensifie la clarté qui illumine la pièce. Je saute du lit. Il est 5h30. C’est parfait, cela me laisse du temps. J’enfile une polaire, et faufile mes pieds dans des chaussons pour ne pas sentir le froid du parquet dans le couloir. Je referme la porte de la chambre doucement. Il ne faut pas que quiconque dans la maison se réveille. Doucement, je vais dans la cuisine. Le chat Elie me salue en frottant son pelage contre ma jambe. Je me penche pour le caresser brièvement, et fais ensuite couler l’eau filtrée dans la bouilloire. Pendant qu’elle chauffe, je me dirige vers le salon. Je prends sur la table de la salle à manger, sans la débrancher, la grande lampe de luminothérapie, que je place en équilibre sur le canapé. J’installe les coussins. Entendant le « clic » de la bouilloire qui annonce qu’elle a terminé son travail, je repars vers la cuisine pour y préparer mon thé. Un thé vert japonais. Un de ces nectars parfumés aux odeurs d’épinard frais, de petit pois et de foin qui me font chavirer les sens. La tasse est enfin prête. J’attrape mon cahier dans un tiroir de la commode, avec le stylo, et je dépose le tout sur un tabouret près du canapé. Je m’installe, emmitouflée sous une grosse couverture de laine chaude. J’ai pris soin de mettre le chauffage en route, mais il fait un froid glacial ce matin. 25°C sous zéro. Dehors, les lampadaires de la rue éclairent d’une faible lueur orange la neige qui tombe depuis la veille en gros flocons. Je la regarde tomber avec ravissement, avant d’allumer la grande lumière qui trône face à moi sur le canapé. J’aime cet instant suspendu où le silence prend sa place et s’impose. La vie s’immobilise et je retiens mon souffle. Je prends la tasse et me réchauffe les mains à sa chaleur. L’odeur du thé diffuse en moi une sensation de plénitude et tous mes muscles se détendent. Après quelques instants, je m’installe pour écrire, et Elie vient ronronner près de mon oreille en s’allongeant de tout son long sur le haut du canapé. Il veillera sur mes pages.

Chaque matin, c’est la même routine, développée depuis Montréal. Vacances comprises. Il m’a fallu ces heures volées au temps, à la vie de famille et à un quotidien endiablé pour survivre entière et sans trop de heurts durant de longues années. Si un marmot montrait le nez avant l’heure fatidique (7h, c’était ma limite), je répondais en grognant qu’il aille se recoucher. Ce qu’il faisait sans se faire prier, heureux d’échapper à une sorcière qui n’aurait pas manqué de le transformer en citrouille. J’ai gardé ces habitudes de calme au réveil. Je me lève juste un poil moins tôt… Mais ces moments me sont devenus indispensables. Une véritable respiration, comme une garante de la qualité de la journée qui s’annonce. Écriture sur thé vert, méditation, silence et quiétude d’avant le jour… Il paraît que d’autres s’adonnent à ce genre de vie de l’aube naissante, et qu’on appelle cela un « miracle morning ». C’est pour moi simplement une façon de me rappeler que je suis une personne, dénuée de tout rôle et de toute attente, juste avant d’enfiler mes vêtements de mère, d’épouse et de femme.

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Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

Ça commence dans un battement de cœur. On va écouter ce bruit assourdissant au fil des pages, jusqu’au moment où il s’arrêtera, parce qu’on aura décidé qu’il devait s’arrêter. Et dans chaque mot, chaque phrase, le souffle de la vie. Car en lisant ce livre, chacun peut aller se glisser dans la peau intime du moindre personnage de cette histoire déchirante. C’est l’histoire d’un cœur, et de la poitrine d’où il partira pour aller se trouver une maison ailleurs. C’est l’histoire aussi de toutes les personnes qui auront fait battre ce cœur, lui auront donné la peur, l’amour, l’envie et le désir, le défi et l’ennui. Pas un seul moment de répit dans ces longues phrases où l’auteure mêle les odeurs, les bruits, les textures et les goûts. On se faufile dans une vie pour quelques lignes, quelques pages, et c’est une immersion totale, parfaite.

L’auteure, Maylis de Kerangal, opère ici un travail chirurgical, elle tranche dans le réel et met à vif. C’est une description presque d’un seul souffle d’un flot d’émotions terribles. La perte d’un enfant. Des patients et des vieux m’ont parfois dit que c’était le pire du pire qui pouvait arriver dans une existence. Mais l’auteure ne lâche pas, et distille ses mots, les envoie dans les murs de la conscience et ils tapent en faisant un boucan d’enfer. Le bruit d’un mot dur ou celui d’un chuchotement d’amour, mais le bruit continu de la vie qui dort sur la page ou qui se dresse, d’un coup, au fil d’une phrase interminable et galopante.

J’en suis ressortie sonnée. Étourdie par les images, les mots précis, poétiques, simples et sans apprêt. C’est un monde de réalisme qui s’adosse sans en avoir l’air à des abîmes de chants de souffrance, à des questionnements profonds et sans réponses.

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Quand FB n’évoquait chez moi que Fabrique à Doudou

Vous arrive-t-il, à vous les utilisateurs d’internet, de repenser à vos débuts dans le domaine numérico-attractif ? Si vous avez moins de trente ans, il est probable que non. Il est même certain que papa et maman vous auront doté d’une tablette dès le berceau, coincé entre le doudou, le bib et la girafe qui fait pouic pouic. Vous ne réalisez pas alors le bol que ça a pu être pour vous de grandir, innocemment illuminé par les lumières du grand réseau, sans avoir jamais eu à apprendre comment fonctionnait ce truc bizarroïde pour tous les autres… Les vieux ! Nous qui avons grandi à une époque où, pour téléphoner, il fallait décrocher le combiné d’un vieux machin en plastique relié à un cordon tirbouchonné à mort. Et faire le numéro à appeler à partir d’un cadran à trous, composer patiemment chaque numéro, attendre que le cadran revienne à sa base pour recommencer… Et encore ! C’était déjà moderne, par rapport à l’époque où Fernand Raynaud hurlait : « J’voudrais l’vingt deux, à Asnières ! ».

Bon. Moi je me rappelle. Les débuts, ça a été une véritable épreuve, pour moi. À côté de ça, passer le permis place de l’Etoile une veille de Noël, c’était du gâteau ! Je me souviens que quand j’ai dû me mettre à taper des trucs à l’ordinateur, c’était pour les études. Avant ça, je me contentais d’une vraie machine à écrire. L’objet génial qui fait un bruit jouissif quand on appuyait sur les touches. Surtout, le mieux c’était le retour à la ligne, avec le cylindre qui revenait faire un petit « schling » rassurant, preuve qu’on avançait. Et il fallait mettre du blanc sur les coquilles et effacer patiemment les erreurs.

Bref, les études. Voilà qu’on nous demandait de remettre des travaux tapés à l’ordinateur. Déjà, accéder à la salle des ordis, c’était un exploit tant il y en avait peu. Et puis le plus stressant, c’était de taper, et puis d’appuyer sur une touche sans faire gaffe, et là, JACKPOT ! (mon fils Sacha, il dirait : STRIKE !). Parce que le texte, il avait disparu on ne sait pas où, s’était évadé dans des labyrinthes du code binaire, et c’était l’horreur parce qu’on en avait besoin, du texte qu’on venait de mettre 3 heures à taper, et que là, c’était foutu !

Bon. Et ces fois où on avait réussi à ne pas avoir les doigts trop baladeurs sur le clavier, et qu’on avait pu écrire le texte SANS erreurs et SANS le faire disparaître d’un coup de baguette magique (MAIS IL EST PLANQUÉ OÙ DANS CE FOUTU ORDI LE MEC QUI S’AMUSE À ME BOUFFER MES MANUSCRITS ???), eh bien il fallait gérer l’impression… Et là encore… Pas gagné ! Il fallait bien sélectionner les bons critères sur les bons menus (boîte de dialogue, ça s’appelle, et pour l’impression, ça se passe où déjà ???). Il est 16h45 et vous devez rendre le doc à 17h, et il y a Tartempion qui imprime juste avant vous un truc et ça prend des plombes, et ça y est, vous trouvez le bon menu, et vous cliquez « OK » et ça part !!! La victoire est totale !!! Sauf que. Sauf que vous n’avez pas bien paramétré la mise en page, et que vos feuilles, elles s’impriment à 50% sur la fin de la page, et vous, vous êtes proches de l’explosion, que la cocotte minute de maman à côté, c’est tout juste bon à réchauffer les pâtes… Il faut tout recommencer, et vous venez de gâcher 3 kg de papiers, soit le 1/10ème d’un pin de 6 ans, et il est 16h56…

On a appris, certes, mais à la dure… Il a fallu se coltiner des heures d’apprentissage, de ratages, et de boulettes qui ont été tout, sauf écologiques. Franchement, quand je vois mes mômes surfer sur internet comme ils boufferaient une glace à la vanille, ça me colle un peu de frustration sous la caboche… Je me dis qu’on a dû, à notre insu, leur intégrer dans le code génétique l’apprentissage de l’ordi, alors même qu’on a pu rigoler de leurs gadins quand ils ont appris à faire du vélo. Enfin un truc qu’on n’a pas encore réussi à leur injecter dans le code génétique, na !

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La peur et autres piétinements

Citation

Et voilà ! Je me suis mise hors service côté blog pour le dernier sprint avant l’envoi de mon dernier manuscrit ! Maintenant, tout est bouclé, imprimé et envoyé, alors je refais surface doucement…

Je voulais partager avec vous un petit texte que je trouve éclairant. Vous y trouverez peut-être de quoi nourrir vos élans. Moi, ça me fait du bien de lire tout ça, car je suis en pleine crise de doute (ça me ramène toujours à la magnifique chanson de Grand Corps Malade : Jour de doute).

 

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.

C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, talentueux et merveilleux ? ».

En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre et vivre petit ne rend pas service au monde.

L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de l’Univers qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus.

Elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

 

Marianne Williamson

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