Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

Ça commence dans un battement de cœur. On va écouter ce bruit assourdissant au fil des pages, jusqu’au moment où il s’arrêtera, parce qu’on aura décidé qu’il devait s’arrêter. Et dans chaque mot, chaque phrase, le souffle de la vie. Car en lisant ce livre, chacun peut aller se glisser dans la peau intime du moindre personnage de cette histoire déchirante. C’est l’histoire d’un cœur, et de la poitrine d’où il partira pour aller se trouver une maison ailleurs. C’est l’histoire aussi de toutes les personnes qui auront fait battre ce cœur, lui auront donné la peur, l’amour, l’envie et le désir, le défi et l’ennui. Pas un seul moment de répit dans ces longues phrases où l’auteure mêle les odeurs, les bruits, les textures et les goûts. On se faufile dans une vie pour quelques lignes, quelques pages, et c’est une immersion totale, parfaite.

L’auteure, Maylis de Kerangal, opère ici un travail chirurgical, elle tranche dans le réel et met à vif. C’est une description presque d’un seul souffle d’un flot d’émotions terribles. La perte d’un enfant. Des patients et des vieux m’ont parfois dit que c’était le pire du pire qui pouvait arriver dans une existence. Mais l’auteure ne lâche pas, et distille ses mots, les envoie dans les murs de la conscience et ils tapent en faisant un boucan d’enfer. Le bruit d’un mot dur ou celui d’un chuchotement d’amour, mais le bruit continu de la vie qui dort sur la page ou qui se dresse, d’un coup, au fil d’une phrase interminable et galopante.

J’en suis ressortie sonnée. Étourdie par les images, les mots précis, poétiques, simples et sans apprêt. C’est un monde de réalisme qui s’adosse sans en avoir l’air à des abîmes de chants de souffrance, à des questionnements profonds et sans réponses.

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