Sous les pavois, les livres


Lorsque l’on arrive là, c’est impressionnant la profusion de personnes, de choses et de bateaux à voir. Il faut slalomer entre les visiteurs pour se déplacer, et se faire un chemin entre les stands pour avancer. Des cris de mouette dérangent le ciel par moment, et concurrencent le brouhaha des conversations un peu partout. L’air est iodé, le vent se balade entre les tentes et dérangent les cheveux. Dans les bassins, les bateaux sont alignés sagement le long de quais qui ont été installés en damier pour faciliter la circulation. Sourires de circonstance sur le visage des hôtesses qui accueillent pour les bateaux les plus dispendieux. On visite les autres sans salamalecs et c’est plus simple aussi. Partout, les gens discutent, écoutent les argumentaires, échangent entre marins sans toujours se connaître. La voile est un liant naturel qui fédère les amoureux de la mer. Lesquels ne se privent jamais d’un conseil, d’une opinion et d’un truc à partager pour en apprendre un peu plus et ramener des idées nouvelles à bord de leur bateau chéri.

J’arrive dans ce grand déballage d’articles pour la mer, de gens qui se pressent sur les stands, et rejoins mon propre port d’attache. L’éditeur, Franck, m’y accueille avec Ghislaine, et je sens qu’on m’a fait une petite place, ici, et que je vais m’y sentir bien. D’autres auteurs sont arrivés, nous sympathisons, et l’ambiance est bon enfant, chaleureuse et enlevée. On dirait que je retrouve un groupe de potes, alors même que je n’ai jamais rencontré certains ! On partage sur nos expériences, le passé et le futur, dans la bonne humeur et l’humour.

Les chalands arrivent au stand, entre deux conversations. Ils s’arrêtent le long des rangées de livres, en prennent un qui les accroche, l’ouvrent et le feuillettent. On sent l’odeur de graillon qui vient du resto de derrière, et les parfums de frites s’envolent avec le vent qui s’insinue sur le salon par moment, pour faire danser les pavois. Une femme s’approche, suivie de celui qui doit être son conjoint. Elle est blonde, assez petite, un joli minois avec des traits fins, un regard bleu gris direct et sans détours. Elle prend mon livre, sur une table qui déborde sur l’allée, et en lit la quatrième de couv’. Je m’approche, la questionne sur d’éventuels projets de bateau. Bingo ! Elle est la femme parfaite pour ce livre. Car le projet existe, le marin est tout à fait enthousiaste et motivé, mais elle, c’est avec hésitation et peur qu’elle suit. Sans être tout à fait sûre de vouloir suivre. Dans ces cas là, j’essaie de répondre aux questions avec simplicité et précision. De communiquer tranquillement la joie que cela a été pour moi de me dépasser, de vivre ces moments incroyables vécus sur l’eau. Mais surtout, j’écoute. La trouille tenace, les questions sur l’après bateau, sur le fait d’embarquer des enfants, sur l’obligation de laisser derrière soi ceux qui restent à terre et que l’on peine à quitter.

Chaque fois, je me retrouve dans ces inquiétudes, et je trouve passionnants ces échanges sur ce qui, au bout du compte, nous retient toujours de réaliser les choses folles qui nous habitent ou que l’on hésite à réaliser parce qu’elles semblent tellement plus grandes que nous. Chaque fois aussi, je partage sur ce besoin de se dépasser qui nous fait grandir, dans la vie. Sur le fait que ne pas toujours tout contrôler peut être une bénédiction. Et surtout sur cette certitude que les peurs qui nous étreignent, pour naturelles qu’elles soient, ne doivent jamais nous empêcher d’avancer. Je plaide parfois longuement sur l’importance de quitter sa zone de confort pour vivre plus intensément. Car se cantonner à ce que l’on connaît revient à vivre en pointillés, ou à s’imposer une existence floue et sans réels objectifs. Avoir un conjoint passionné de mer est une chance, et il faut pouvoir s’appuyer dessus pour décoller. Même si je garde toujours des réserves si ledit marin n’est pas réaliste par rapport à ses capacités, est un trompe la mort ou risque d’embarquer sa femme dans des projets bancals. Je n’en ai heureusement rencontré aucun au salon. Alors elle repart avec mon livre, avec l’envie manifeste d’en savoir plus et de dorloter ce projet ou en tout cas de lui faire une place un peu plus grande, peut-être.

Une autre arrive devant le stand, avec laquelle j’entame assez rapidement une discussion. Une jeune femme dans la trentaine toute neuve et qui annonce tout de go que non, pas de marin en vue. Mais une envie terrible de partir en mer, sans savoir encore trop de quelle façon. Qui aimerait faire un changement de vie radical et lâcher le boulot pour quelques mois, voire quelques années. Il s’agit de vivre ce qu’elle porte en elle, et de le faire le plus tôt possible: elle est prête ! Pour d’autres, qui arrivent en couple, l’histoire est différente. Ils sont à la retraite, et partiront d’ici deux ans. Le bateau est acheté, ils se préparent avant de larguer les amarres. Encore un projet tenace et qui les mènera loin. Et je sens la joie qu’ils ont à parler de leur histoire, de ces rêves qu’ils cultivent depuis longtemps et pour lesquels ils ont investi de concert autant d’énergie… A un autre moment, je discute avec une femme qui hésite et exprime des peurs profondes, et une autre se joint à notre petit groupe : celle-ci parle de son projet de partir avec enthousiasme. Un troisième couple s’approche, qui est déjà parti. J’en profite pour lancer à ces derniers une perche qu’ils attrapent au vol, et les voilà qui expliquent aux autres comment ils ont vécu leur voyage, quels obstacles ils ont eu à surmonter, décrivant les moments magiques dont ils ont le souvenir…

Je dois vous avouer une chose. J’ai adoré faire ces rencontres. J’ai aussi tellement aimé que cette lectrice du blog soit venue me saluer, me dire qu’elle venait d’acheter Femme(s) à la mer, et qu’elle pensait partir avec son homme d’ici quelques années ! Vous êtes tous la raison d’être de ce coin de lecture qu’est le blog, et de vous rencontrer en vrai, c’est comme de saluer de vieux amis ! Je me suis sentie aussi touchée par les expériences que l’on a bien voulu partager avec moi, par les doutes que l’on s’est permis d’exprimer, par les questions qui ont fusé durant ces trois jours de salon. Ces partages m’ont nourrie, et je ressens une gratitude immense vis à vis de ceux qui ont accepté d’échanger sur des sujets aussi intimes et compliqués parfois pour eux. Merci aussi à Franck et Ghislaine de leur accueil bienveillant, et aux écrivains dont j’ai apprécié la compagnie, l’humanité, et la gentillesse. You made my day !

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2 réflexions au sujet de « Sous les pavois, les livres »

  1. Bonjour Fanny,
    Notre rencontre devant le stand de ton livre, m’a enchantée! Vous revoir tous les deux, nous a ramené au début de notre propre aventure. Depuis, je n’ai plus que cette envie en moi : Partir et découvrir cette vie nouvelle. Retrouver notre Kermotu au Marin et prendre enfin le large! Le temps me paraît bien long et interminable. Alors, je relis ton blog et vos aventures que je fais miennes pour quelques temps…
    Continues à nous faire si bien rêver et bon vent pour la suite de ta nouvelle vie.
    Florence

  2. Alors bonne visite sur le blog, et à vous d’écrire l’histoire de Kermotu bien vite!

    Merci pour ce petit mot, et bon vent…
    Fanny

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