La vie en détours

OLYMPUS DIGITAL CAMERAIl arrive des moments où ce que l’on pensait savoir de soi tombe à terre dans un bruit mat. Il faut alors reconstruire l’image, repenser l’histoire qui nous définissait encore hier, rebondir. Il s’agit en effet de rebondir sur cette mythologie personnelle qui vient de prendre une forme nouvelle. Souvent, on pense qu’il est difficile de changer. Changer prend du temps. Mais parfois, ce temps se concentre en un tout petit moment, et c’est là que vient se préciser l’idée d’un choix de notre part. Là qu’intervient justement la petite volonté têtue qui veut qu’un événement a priori négatif se transforme. Devienne un élément de construction dans une histoire toute neuve qui s’habite et se réinvente soudain.

C’est un peu comme un jeu de piste, au fond, cette quête de soi tout au long de l’existence. On se cherche derrière le regard des autres, on aimerait se faire définir ainsi dans le jugement d’une personne extérieure à nous, comme si elle détenait les clés de notre maison intérieure mieux que nous-mêmes. Grossière, souffrante erreur. C’est nous et nous seuls qui avons le pouvoir de dire au monde, et d’abord à nous-mêmes, de quoi nous sommes faits. Seulement nous. La reconnaissance que l’on attend parfois désespérément de cet autre, c’est du centre de notre ventre, de notre cœur, qu’elle devrait jaillir. Cette compréhension s’installe parfois, s’impose rarement, se nie souvent et se perd dans les brumes d’une quête éprouvante et vouée à l’échec.

J’en suis là aujourd’hui. La vie me malmène, en apparence. Ce qu’elle apporte peut sembler désarçonnant, éprouvant. J’y vois une claque, un clin d’œil, une chance. Parfois, les risques que l’on ose pas prendre finissent par se pointer devant nous, poings sur les hanches, nous toisant du coin de l’œil avec un air de défi : « t’es cap ? ». J’ai envie, besoin, d’être cap. Le risque, c’est le mouvement. Quand le mouvement s’arrête, on est dans la mort, la dictature, l’autoritarisme et le perfectionnisme malsain. J’ai comme un besoin fort d’être un vecteur de mouvement, pour que la vie à travers moi se glisse et rayonne.

En yoga, il y a une posture que j’ai appris à aimer : la posture sur la tête. Les mains jointes au sol, les coudes écartés pour former un trépied avec les mains, on lance les jambes dans les airs dans un mouvement maîtrisé et on tient dans le souffle du ventre qui prend l’énergie de l’air. On est solide, imperturbable. Il m’a fallu des mois pour arriver à grimper ainsi comme une montagne tranquille. Des mois d’efforts, pour travailler sur les bons muscles qui permettent au corps de se tenir en l’air sans trop de travail. Mais surtout, faire cette posture m’a demandé des mois de travail intérieur pour passer le cap de la peur. Ce cap qui souvent anéanti l’essai et réduit en poussière le « et si ». J’ai dû balayer cette cendre pas mal pour affronter la peur. Celle de tomber, de me blesser, d’avoir la tête en bas. Mais cette posture, bien nommée « posture de la peur », elle permet justement de s’entraîner à se laisser bousculer par la vie, la tête en bas, sans perdre l’équilibre. C’est un fabuleux entraînement à aller plus loin, plus haut, tel un Icare, mais sans les ailes à faire fondre près du soleil. On gagne toujours quelque chose à essayer. Le pire, c’est l’absence de prise de risque. Mortifère destin, champ stérile où rien ne pousse.

Alors je vais m’appliquer une règle que j’aime répéter à l’envi à ceux que je sens parfois flancher : je vais tâcher de me faire confiance, et foncer. Oser, risquer, plonger dans le vide sans attendre que le filet apparaisse. Je deviens le filet, je choisis d’aller là où la vie souhaite m’amener, et on verra bien. J’en sortirai gagnante, de toute façon, si je sais apprendre. Quels que soient les événements qui viendront se déposer sur le chemin.

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