« Saute, et le filet apparaîtra »

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Lam fait peau neuve en ce mois d’avril! J’espère que ses habits de printemps vous plairont! Vous trouverez notamment dans l’onglet « Archives » de quoi naviguer plus facilement pour trouver des posts publiés antérieurement. Bonne lecture!

Voilà que depuis quelques temps, je me surprends à épouser les idées d’un proche concernant des choix de vie futurs. Comme si je remettais dans ses mains la décision qui consiste à établir mon plan de vie pour les prochaines années. Comme si, finalement, je lui donnais les clés de ma maison intérieure pour qu’il puisse en organiser lui-même l’agencement avec la déco en prime…

Il serait facile, une fois que je réalise ce mouvement inconscient qui consiste ainsi à déléguer mes pouvoirs, que je me mette à dénigrer cette personne et à l’accuser de tous les maux. Facile de crier à la manipulation, à l’horreur de cette relation inégale où je me perds et me confonds avec le désir d’un autre individu. Mais si ce serait facile, ce serait aussi sacrément malhonnête. Car cette personne ne fait finalement que ce que je lui demande en silence. Elle cautionne simplement le fait que je ne me laisse pas le droit de prendre moi-même les grandes décisions qui me concernent. Elle joue le jeu, en quelque sorte, et s’expose sans le vouloir à ce que je lui fasse porter le chapeau si jamais il me prenait l’envie, après coup, de lui en vouloir pour ce rôle que je lui fais jouer m’en rendre compte.

En réalité, ne pas tenir compte de ses besoins profonds revient à être extrêmement violent, tant vis à vis de soi que vis à vis des autres. Mais d’où faire sortir ces visions, ces directions qui nous feront grandir? D’où viendraient ces élans créateurs d’un avenir qui nous portera au-delà de nous-mêmes?

J’ai le sentiment que l’art peut aider. L’art dessine dans l’air ces aspirations profondes qui nous animent. L’art nous prend par la main et nous emmène loin sur les sentiers invisibles d’un voyage où la destination est une présence à notre être, plein, entier, serein. Ce projet où l’âme deviendrait un silence, une respiration, un espace où se créer et se définir. J’ai un petit exemple tout prêt sous la main.

En cette fin d’après midi, je me demandais comment passer les quelques heures qui nous restaient de cette journée, en famille. J’ai cherché quelques secondes sur internet. Bingo! Au parc Sainte Radegonde (vous parlez d’un nom!), nous avons tous les 5 filé en vélo, histoire de nous nourrir d’une ambiance un peu différente. Dans ce parc avait lieu un événement autour du Japon. Des personnes venaient présenter quelques traditions de là-bas : on pouvait assister à une cérémonie du thé, faire des bouquets selon l’art complexe des ikebanas, réaliser soi-même des cerfs volants et faire de la calligraphie ou des esquisses à l’encre de Chine. Nous y voilà. J’ai sauté auprès du prof de peinture qui offrait à regarder ses tableaux mi ombre mi lumière sur des sujets nus et des danseurs envolés. Il m’a montré comment figurer des branches de bambou, et on a ri ensemble du résultat. Puis on a évoqué cet art de la peinture selon les Japonais. Ceux-ci considèrent ce mouvement comme un élan, c’est en tout cas ce que j’en ai compris. Un élan qui partirait du cœur, de l’âme, et se prolongerait dans le pinceau. Rien de plus remarquable. Et pour preuve, ces outils dont ils se servent pour peindre et qui ne laissent pas de place à l’erreur ni à une deuxième chance. Il s’agit d’effectuer un trait, de réaliser une esquisse, sur un papier qui boit l’encre noire et s’en repait sans possibilité de rattraper une goutte mal tombée ou un trait qui manquerait de vaillance. Il s’agit, surtout, de suivre un mouvement spirituel et profond, qui s’attache finalement peu à la forme donnée, mais beaucoup plus à l’énergie qui est déposée sur le papier de riz.

Quant à moi, que ce soit par le collage, l’aquarelle, la photographie ou tout autre medium, je considère l’art comme un révélateur de cet inconscient qui nous habite. Il est le signe qu’un lien existe entre le vivant et cet invisible qu’il côtoie sans cesse sans jamais parvenir à le toucher. Il habille les mots et le bruit d’un voile de silence qui découvre ce que l’on cache très loin au fond de soi. C’est une oreille tendue vers qui l’on est profondément. Et pas besoin de créer pour entendre enfin la voix qui murmure. Les musées, les œuvres déjà présentes sont des ponts qui relient les rives de notre inconscient à celles de notre conscience. Christophe André l’a bien compris, lui qui s’inspire de tableaux magnifiques dans son livre sur la méditation pour nous faire toucher du doigt les beautés de l’esprit qui médite (Méditer, jour après jour (2011) ed. L’Iconoclaste).

Alors voilà, je choisis désormais de donner le sens du vent à mon histoire personnelle, et ce faisant, mon cœur s’allège. Et comme de fait, les synchronies pleuvent depuis que j’ai décidé de bouger. Comme si l’univers, portant l’énergie que je suis prête à lui donner, choisissait de bouger avec moi. « Saute, et le filet apparaîtra ». Il faut croire profondément, désespérément dans cette phrase salvatrice. Et dans le même temps, j’observe autour de moi beaucoup de personnes qui hésitent, reculent, ou se laissent porter. Je ne suis pas sûre que, comme moi, ces respirations retenues et ces pas laissés en suspend les rendent heureuses. Je ne suis pas sûre qu’en s’empêchant, de façon consciente ou pas, de réaliser ces talents qu’elles portent en elles, elles se sentent grandir et s’épanouir. Les forces vives que l’on abrite sont très puissantes, et il est crucial de les laisser sortir et s’exprimer. À chacun de trouver le moyen, de donner la direction. Mais le monde serait sans doute plus beau, plus accueillant, si l’on choisissait de dessiner les ailes qui nous feront voler…

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Une réflexion au sujet de « « Saute, et le filet apparaîtra » »

  1. Pourquoi « croire désespérément »? C’est, me semble-t-il, la loi de la vie.
    Je pense que la vie est mouvement et, dès lors, est vivant ce qui évolue. Nous humains, nous sommes vivants dès lors que nous acceptons de lâcher prise et d’évoluer, portés par l’écoute de nous-mêmes et par les interpellations des situations et des rencontres
    Daddy

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