Le mystère Ikéa

Lampe ikea relookée par mes soins tendres et maniaques...

Lampe ikea relookée par mes soins tendres et maniaques…

Me voilà confortablement assise dans un fauteuil que je reluquais depuis plusieurs mois sans oser espérer poser mon postérieur dessus avant les calendes grecques… Il se trouve que les calendes grecques ayant de l’avance, j’ai finalement reçu ledit fauteuil, cadeau de mon homme qui s’est sacrifié pour cette occasion. La notion de sacrifice est, je vous l’accorde, très personnelle. Elle est grandement fonction de l’approche utilisée par la gente masculine aux abords de ce célèbre magasin que l’on nomme communément Ikea.

Attendu que Ben s’était donc donné pour mission de m’offrir mon cadeau d’anniversaire, j’avais arrêté avec lui la date d’hier pour l’acquisition tant attendue. Et j’avais profité de l’occasion offerte pour charger un peu plus mon panier à souhait et ramener du même coup une ou deux autres étagères et trois bricoles qui manquaient encore à notre panoplie du parfait arrivant dans un nouveau pays. Nous voilà partis, Ben la pensée fixée à ses cours de pharmaco qu’il devait retrouver au plus vite dès notre retour, et moi, imaginant avec des frissons de bonheur de pouvoir écrire mes pages du matin sur un siège digne de ce nom en remplacement de feu mon canapé chéri de Montréal…

 

À peine arrivés dans ledit temple de l’ameublement cheap et bon goût, Ben se rue (il n’y a aucun autre mot) vers le bistro (un grand mot pour le petit comptoir sagement ikéaisé et la caisse enregistreuse dépourvue de vendeuse) pour acheter à grands coups d’euros un café… ma foi offert par la précieuse chaine. Bon point pour Ikea. Mais l’ennui, c’est que les effets sont de courte durée. Bientôt, une voix suave nous informe que le magasin est officiellement ouvert. On tourne donc la tête vers l’escalier qui mène à l’étage et on avise avec un effarement incontrôlé la marée humaine qui se meut vers la tonne de meubles savamment disposés en un labyrinthe dantesque. C’est donc au milieu de cette foule que nous commençons notre recherche. Recherche bien spécifique par ailleurs ; il s’agit en effet de détecter les références sur les étiquettes des meubles que j’ai repérés au cours des dernières semaines sur internet. J’avise donc d’abord les formes du meuble recherché dans les innombrables rayons qui défilent devant mes yeux. Ensuite, il faut confirmer qu’il s’agit bien du bon article en essayant tant bien que mal de prononcer le nom à coucher dehors qu’ils ont inventé pour baptiser le meuble en question… Puis noter la référence à 10 chiffres. Puis le numéro de l’allée et enfin la place dans le stock à l’étage en dessous. Ouf ! Pendant ce passionnant travail d’investigation qui se déroule au milieu du bruit ambiant du petit million de chalands qui nous entoure, mon chéri rumine, il fulmine et approche dangereusement du moment où il va péter sa durite. Petit moteur prévisible, sa durite finit par péter, au grand dam de quelques vendeuses qui entendent depuis leur comptoir des « font chier, à Ikéa, pas moyen de trouver les trucs qu’on cherche », « c’est vraiment une boîte de m…, ils se disent écolos et en fait, que dalle, c’est des super pollueurs, gang d’hypocrites », « tu te dépêches, Fanny, j’ai vraiment pas que ça à faire !! », « quand je pense au temps qu’on perd ici, c’est dément… » et autres joyeusetés qui me mettent de bonne humeur dans cette course poursuite (car on s’imagine que les meubles, c’est statique, mais venir à Ikéa un samedi matin revient presque à leur courir après, en terme de calories dépensées…). Pas moyen de faire taire le bonhomme, quant à afficher un sourire de circonstance en tâchant tant bien que mal de garder la tête haute… le défi est de taille !! Cette expérience s’avère d’emblée un exercice de méditation pour méditants confirmés, et je dois manquer de pratique, car mon stressomètre approche dangereusement de ses limites supérieures !

 

Ignorant les critiques acerbes de mon chéri qui me suit malgré tout dans les allées, à son corps défendant (à prendre au sens propre et sale… ou figuré), je finis par descendre d’un étage avec toutes mes références… C’est là que débute notre deuxième mission : chercher les mini articles disséminés un peu partout dans ce bric à brac pour les amener aux caisses, sans oublier les meubles de plusieurs tonnes qu’il va falloir traîner jusqu’au véhicule (misère, encore un truc qu’il va falloir organiser !) que nous devrons louer pour rentrer autrement qu’à pied. Bref, je reluque, je scanne à une vitesse affolante tout ce qui figure sur ma liste, je fais des choix cornéliens en quelques secondes, une vraie consommatrice professionnelle. Et sélectionnant dans mon attirail de femme l’option « je fais la sourde oreille», je persiste à ne pas répondre au déballage d’arguments négatifs énumérés par Ben, jamais en manque de reproches dans ce type d’occasion. Soudain, à mon indescriptible stupéfaction, je le vois qui s’engage sans prévenir dans une allée ! Et de commenter la couleur de ce truc qu’il aimerait bien qu’on achète : « depuis le temps qu’on se traîne sans pouvoir ranger ci ou ça » !! Ma parole, il se prend au jeu, le bougre !!! On aura tout vu ! Je pense l’espace de quelques secondes à contacter le service de presse d’Ikea, histoire qu’ils filment la scène pour monter une campagne de pub. Voilà qui en plus nous rapporterait de quoi financer les achats de la journée ! Mais je me retiens : on a sa dignité, tout de même… Bref, nous avançons sûrement vers la sortie, et mon homme est du coup plus aimable, chargé qu’il est par lui-même de dégotter les bonnes affaires qui traînent au meilleur prix. Bon, on arrive au moment émouvant où je dois récupérer mon précieux fauteuil. Je vibre d’angoisse à l’idée qu’ils n’aient plus la bonne couleur… Et voilà ! Paf ! Que des fauteuils gris, rien de bleu à l’horizon, ma vie est FOUTUE ! Je tombe à bras raccourcis sur un pauvre vendeur qui n’en demandait pas tant. « il est où, mon fauteuil de rêve couleur ‘ciel-au-crépuscule-sur-la-mer’ ? ». Le bonhomme répond benoîtement qu’il faut commander l’article à l’étage au dessus (j’aurais dû me douter qu’il n’y en aurait pas de facile !) et qu’alors, j’aurai peut-être une chance de finir ma vie dans la félicité la plus totale (enfin ça, c’est moi qui rajoute). Je cours donc, comme si justement ma vie en dépendait, et je saute sur une vendeuse (déjà occupée par une autre cliente par ailleurs) pour avoir gain de cause. Puissantes minutes que je passe à ruminer en me disant que si on tarde trop à passer aux caisses, on pourra pas réserver un camion, on devra donc mendier un lift à des amis débordés, ou alors on finira par voler un âne dans un champ pour ramener nos pauvres  meubles en charrette… Bref, ça va devenir compliqué et ça, c’est pas dans mon programme. Alors je fulmine en silence, jusqu’à ce que l’autre cliente (quelle casse pied sans cœur, celle-là !) se fasse la malle. Bon. Article commandé. Vendeuse sympa. Stressomètre en chute libre. Course jusqu’aux caisses. Emballage du petit million d’articles achetés. On finit dans un énorme camion, passage éclair au point vert du coin pour finir en beauté avec en prime un composteur énorme qu’on aurait eu du mal à ramener à pied, et retour à la case départ. On entrepose le tout dans la maison, et Ben, tellement soulagé d’avoir fini, en oublie de beugler qu’il doit maintenant ramener le camion dans ce magasin adoré qui s’appelle encore… Ikea. Magasin tellement célèbre, en passant, qu’il existe dans le dictionnaire du correcteur orthographique de mon ordinateur, qui me signale gentiment que ça ne prend pas d’accent sur le « e »… Et voilà. Ma vie a changé depuis quelques jours, et c’est bien grâce à cette échoppe pour meubles cheap !

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