La vie passionnante de l’étudiant en médecine -2ème partie

Homme barbotant dans l'eau chaude, un an avant de plancher sur la bactério à gogo...

Homme barbotant dans l’eau chaude, un an avant de plancher sur la bactério à gogo…

Voilà. Cela fait déjà quelques semaines que Ben s’est remis de ses émotions lors des partiels (qu’il a tous eus!) et pourtant, je sens encore les effets de ce traitement spécial que lui ont réservé tous ces profs aguerris aux techniques d’évaluation les plus pointues…  Je prends le parti de vous raconter un peu comment s’est passée cette période si particulière qui concerne les révisions pour les partiels de l’étudiant en médecine de mon Ben de mari. Car il s’agit bien de quelque chose de spécial. Une sorte d’hibernation masochiste pendant laquelle mon homme s’est transformé à l’occasion en ours des cavernes jaloux du temps qu’il ne pouvait consacrer à l’étude de bactéries aux noms improbables ou des incidences sur le nombre de doigts d’un enfant né avec telle mutation sur le gène RB5214OP. Voici donc quelques petits moments choisis pour vous expliquer ce par quoi nous sommes passés pour aboutir à ces fameux partiels tant honnis par les étudiants en médecine.

 

Phase 1

Depuis le début de l’année, Ben se lance dans des études de ses cours, assistant avec une assiduité proche de l’état amoureux à tous les cours que ses profs donnent à la fac. Et de participer, de se faire un petit profil sur face de bouc pour faire des commentaires graveleux ou lancer des remarques douteuses dignes du carabins tout neuf qu’il est. Et de rester devant la fac à la sortie des cours pour discuter de questions existentielles relatives à l’hématopoïèse chez les singes amputés, et de refaire le système en suggérant la mise en place de commissions chargées d’organiser des stages de pratique en station de ski pour la saison d’hiver… Ça va vite, mais assez tranquillement quand même. Et ça avise avec une vague inquiétude ce putain de bouquin de microbio qu’il va falloir apprendre par cœur alors qu’on le lit à longueur de journée depuis 2 mois et qu’on se rappelle jamais rien… Il y a péril en la demeure !

 

Phase 2

On est à un peu moins de deux mois de l’échéance fatale. Ça commence à devenir sérieux, et Ben se lance dans des diatribes violentes quand on lui propose de venir trier le linge parce que faut pas déconner quand même : « j’ai un boulot de malade, pas le temps, démerdez-vous avec votre foutu linge » ! Et de virer le chat de sa table de travail en menaçant de le balancer par la fenêtre, parce qu’il l’emmerde à vouloir des câlins, non mais sans blague ! Je me dis qu’il commence à ressembler à une diva capricieuse, à moins qu’il ne s’agisse d’un serveur débordé dans un grand café parisien, mais je me trompe sans doute… Alors de guerre lasse, avec les enfants, on le range le foutu linge, et on prend Domi dans nos bras pour lui faire les caresses qui lui manquent (après lui avoir évité le grand saut dans le vide, parce qu’à 10 mètres du sol, ses chances de survie étaient réduites à peau de chagrin…).

 

Phase 3

Le temps passe si vite… Plus qu’un petit mois et on y sera. On est tranquille dans la maison calme en ce dimanche, et on entend des pas dans l’escalier : « merde ! J’y arriverai jamais !!! Je hais le monde et je chie sur l’hémato ». Ben déprime, part courir faire un semi marathon pour se défouler dans ce fatras de notions gigantesques qu’il doit ingurgiter avant la fin des révisions. Et de pester qu’il a pas assez bachoté, et qu’il va se planter c’est sûr!

Alors il s’agit pour nous de réaliser un boulot de coaching et d’écoute active considérable. On propose – presque toujours en vain – de faire sortir monsieur pour qu’il se change les idées. Lui se met à concevoir en secret des poupées vaudou qu’il pourrit d’aiguilles bien méchantes pour maudire ses profs et leurs détails impossibles à retenir sur les protéines impliquées dans le complément…  Côté alimentation, ça devient du gros n’importe quoi. Au menu, tout ce qui peut consoler le bonhomme est bon : gras, sucré, étouffe chrétien ou encore plats décadents à 10,000 calories-bouchée. On est rendus dans le pire du pire de l’alimentation, mais faut bien nourrir la solitude… Ça parle aussi d’éviscérer les scientifiques lamentables qui ont découvert les facteurs de coagulation et la liste des maladies auto immunes issues de telle déficience génétique… Franchement, à l’entendre, il aurait presque fallu euthanasier la plupart des chercheurs qui l’obligent aujourd’hui à apprendre par cœur toutes ces informations indigestes. Il pense aussi à envoyer des colis piégés à ces profs sadiques qu’il soupçonne de vouloir le plomber juste pour le plaisir en pondant des exams dégueus, mais – allez savoir pourquoi – il se retient de justesse.

 

Phase 4

Voici les fêtes ! En bon élève méritant, il se sacrifie, le Ben et refuse de nous accompagner dans la famille pour fêter dignement. Il ne s’autorise qu’un petit foie gras pour Noël et crache presque sur le champagne : « bosserai moins bien demain, fais chier… ». Pas le temps de rigoler, il se remet au boulot un 1er janvier, la mort dans l’âme, et, un rien sadique, poste des questions qui tuent sur face de bouc ce jour là pour bien faire culpabiliser ceux qui s’étaient innocemment accordé une journée de repos. Je pense très fort à l’emmener à confesse pour ce mauvais coup bas, mais je me retiens in extremis, de peur de le couper dans son élan vertueux d’étudiant modèle. Naturellement, avec le régime alimentaire mentionné plus haut, une petite couche isolante se fait jour sur son svelte corps, et qu’il attaque à grands coups de vélo d’appartement rageurs. Alors plutôt que la bouffe, c’est sur la caféine qu’il se défoule. Je pense alors – en bonne infirmière que je suis – à lui patenter un système de perfusion en intraveineuse à  base de caféine pure. Sans doute un peu extrême, mais beaucoup plus efficace pour tenir en éveil son esprit rétif et qui se détourne volontiers de ses devoirs pour se gausser d’une connerie puisée sur internet…

 

Phase 5

Nous y voilà. On est plus qu’à 3 jours du début des épreuves fatidiques. La tension est palpable, et Ben n’est plus parlable. Il se comporte avec des tressautements de pile électrique et se déplace comme un robot, allant de son bureau aux toilettes en passant par la case “je-remplis-ma-tasse-de-café-dans-la-cuisine-et-je-veux-parler-à-personne”. Il s’en veut de ne pas avoir assez bossé (c’est vrai qu’à raison de 12 à 15h de boulot par jour, il a vraiment rien foutu, c’est ridicule…) et tourne en rond quand il pète trop les plombs en répétant qu’il est complètement taré d’avoir repris les études… Il ressemble de plus en plus à une fille en pleine tempête hormonale, le genre qui a des règles surpuissantes et un syndrome prémenstruel géant. À moins qu’il ne se shoote aux corticoïdes en secret…

Le plus drôle c’est qu’il me répète que je devrais des études de médecine, « je suis sûr que t’adorerais ». Mais moi, juste à le voir comme ça, allez savoir pourquoi, j’ai pas envie… Il devient hystérique quand on lui propose de venir manger à table des aliments sains et normaux, et se met soudain à piquer un fou rire en écoutant une vidéo sur son ordinateur. Il faut dire que cette espèce particulière formée par les étudiants en médecine a une créativité à toute épreuve. Parmi ceux qui se lâchent le plus, on compte un petit nombre d’originaux qui tuent l’angoisse et le stress à coup de vidéos qu’ils mettent sur internet : on les voit dans de petites mises en scènes défoulantes pour exprimer le ras le bol de devoir étudier à ce point et aussi longtemps. Il y en a un qui se filme en train de lire l’énoncé d’une question tirée d’une annale de l’an dernier, puis se mettre à s’arracher les cheveux de la tête un par un parce qu’il a rien pigé! Un autre se met à danser comme un fou, crier et courir partout dans sa chambre. Un troisième à mimer le jour J de l’examen en s’imaginant frais comme un gardon et sur les starting blocks (je soupçonne celui là d’avoir carburé aux amphétamines avant de se filmer…). Bref, la tension est à son comble, et notre Ben national n’en mène pas large. J’hésite presque à l’assommer et à lui faire avaler de force des barbituriques, histoire qu’il se repose au moins avant les derniers miles. Mais je ne le fais pas, il risquerait d’y laisser les derniers neurones qui subsistent dans cette bataille intellectuelle qui est sur le point de s’achever.

 

Dernière phase : les exams.

Il faut voir comment Ben revient de chaque journée, se torturant pour savoir pourquoi il a coché la réponse c) à la question 525 alors que c’était la b) la bonne !!! Et de maudire le foutu prof qui les a chambrés et leur a pondu des questions dégueulasses avec un sadisme que même un psychopathe frustré n’aurait pas pu avoir… Et après les épreuves, c’est la débandade. Tout le monde se retrouve, fait la fête, beugle à qui veut l’entendre que ces exams étaient pourris et qu’on ne les y reprendra plus, qu’on en a rien à péter de la couleur utilisée pour identifier telle bactérie et que tous les immunologistes du monde peuvent bien cramer en enfer, y aura pas un étudiant en médecine pour les ranimer dans une unité de grands brûlés…

Franchement, en tant qu’épouse digne et valeureuse d’étudiant en médecine, je me sens un peu fatiguée de ce rythme de fou. C’est vrai, quoi, j’ai bossé encore plus que lui, juste à tenter de lui remonter le moral, de le nourrir, de lui prodiguer des conseils diététiques qu’il n’a jamais suivis, de lui préparer des tasses de café et de lui frotter le dos quand il se sentait déprimé !! Allons, bravo Ben, t’as bien fait ça !

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2 réflexions au sujet de « La vie passionnante de l’étudiant en médecine -2ème partie »

  1. Le salue le courage et la détermination de Ben.
    Je compati avec le reste de la famille.

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