elle

DSC_7415Elle se tient droite, dans son fauteuil d’hôpital. Un sourire, un peu triste et pourtant ouvert comme un livre qu’on laisserait à la plus belle page. Un sourire, et un regard. Un azur de regard direct, droit et sans détour. Un regard qui tranche dans le vivant pour en sortir le plus gracieux, et le plus aimant aussi. Un regard qui vous incite à vous regarder vous même avec un je-ne-sais-quoi de plus compatissant ou généreux.

Elle est infirmière. Elle a des enfants, plusieurs, et encore petits. Elle est un poil plus jeune que moi. Elle a aussi un mari, présent, trop amoureux sans doute. Trop parce qu’il a mal. Elle a aussi un cancer, qui ne devrait lui laisser que quelques semaines, quelques mois tout au plus. Elle est tellement belle, dans ce quotidien déchiré, décousu de mots qui s’envolent à tout vent sans savoir encore où se poser. Elle est belle comme un soir d’été, alors que les lucioles s’entêtent à faire des poussières d’étoiles dans les buissons de lauriers. Elle est belle sans s’en rendre compte, tout comme elle doit depuis toujours semer de l’amour à tous ceux qui la regardent vivre et qui doivent se nourrir sans le savoir de ce regard, de ces attentions gracieuses, de ces gestes épurés qu’elle ne retient même pas.

J’essaie de dormir, et n’y arrive pas. Soudain, je comprends d’un trait. Il faut que je vous parle d’elle. De ces larmes qui se sont échappées de mes yeux lorsque je l’ai évoquée à Ben. Alors même que je me targuais d’avoir su tenir les émotions bien loin quand j’étais dans sa chambre. Cette personne est précieuse entre toutes, extraordinaire, et pourtant va son chemin en silence et sans faire d’éclats. J’ai pleuré cette vie qui s’en va s’étiolant, et qui laissera un trait de lumière dans des quotidiens un peu trop sombres. Parce qu’elle a ce truc, cette gentillesse infinie et secrète, cette beauté indicible que l’on n’aperçoit que si rarement. Ou alors tard. Trop tard ? j’aime penser que cette personne, cet ange venu d’on ne sait où, laissera une marque, une fleur, à l’endroit où elle s’envolera. J’aime penser que ses enfants, son mari, ses parents seront changés à jamais par sa mort, mais un changement magnifique, une éclosion, un appel à devenir plus grand et plus léger aussi. J’aime savoir que ce regard là, même en se fermant, aura aidé une personne à être plus vivante.

Je vais peut-être arriver à dormir, à présent.

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4 réflexions au sujet de « elle »

  1. C’est une vie qui s’en va… ça n’en reste pas moins une vie, une vie qu’elle a reçue, par l’amour des autres, une vie qu’elle aura donnée, par amour pour les autres…
    Reste à souhaiter pour ceux qui restent qu’au-delà la douleur de la séparation, ils puissent ne garder que le souvenir des plus belles allées des chemins parcourus ensemble… Et là, encore, dans l’évocation de ces souvenirs-là, ce sera encore de la vie, encore de l’amour, transmis……..

  2. Une personne que j’ai aimée. Suzelle. Une artiste, avec la sensibilité d’une fragile fleur qui voyait beauté, merveilles et couleurs ou je ne voyais qu’un quotidien usé et triste. J’ai été à son chevet, je l’ai accompagnée vers la fin de cette vie, emportée dans la fleur de l’âge par le cancer. Souvenir impérissable, elle a changé ma vie et a fait de moi une meilleure personne. Comme cette belle âme que tu as rencontrée. Elles ne meurent jamais, dans nos mémoires et nos souvenirs heureux.

  3. Il y a des rencontres, ces personnes inspirantes, qui réchauffent nos coeurs, nous rassurent sur l’humanité, et nous aident à suivre notre route.

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