La vie passionnante de l’étudiant en médecine…

Ben, avant de débuter sa carrière d'étudiant en médecine

Ben, avant de débuter sa carrière d’étudiant en médecine

Vue par la moitié (encore vivante) qui vit avec…

Après quelques mois d’études intensives et de statistiques (qui, rappelons le, sont comme les bikinis : ça cache l’essentiel mais ça donne des idées…), je suis à même de dresser un portrait relativement fidèle de cette espèce particulière qu’est l’étudiant en médecine. Il faut dire que cette variété d’ « humanis medica survivales » existe en colonies dont le nombre varie selon les gouvernements en place dans un endroit donné, endroit où ils peuvent être amenés à proliférer lorsque,  période de pénurie oblige, on entretient leurs caractéristiques génétiques afin de boucher les trous. Un vrai boulot de plombier, quand on y pense. Voici donc ce que j’ai pu relever de caractéristiques uniques et totalement spécifiques d’une espèce en voie de disparition. Car, quand on y pense, vu le régime auquel ils sont soumis pour répondre aux normes actuelles de productivité et de performances, leurs chances de survie dans le monde de brutes de l’hôpital sont bien inférieures à la moyenne des autres espèces…

Depuis le début officiel de mon observation, j’ai pu noter des comportements typiques de notre étudiant national. Parmi ceux-ci, la pratique intensive du « seat studying ». Comprendre un état stationnaire prolongé en vue d’ingurgiter une quantité faramineuse de connaissances dans des domaines aussi variés que la reproduction de bactéries dans des endroits aussi originaux que le dessous des ongles ou les méthodes de recrutement de cellules immunitaires ayant des noms à coucher dehors à grand renfort de cytokines…

Notre étudiant a aussi développé quelques manies adaptatives qui font de lui un pratiquant de face-de-bouc confirmé. Branché sur internet du petit matin aux longues heures de la nuit, pas un événement dans le monde étudiant ne lui échappe. Depuis les dernières beuveries ou blagues graveleuses des carabins qui font en sorte que leur réputation de chauds lapins ne s’effrite pas trop, jusqu’aux derniers coups tordus de profs estampillés comme « sadiques » par des hordes d’étudiants stressés. En même temps, cette technique a ses côtés ennuyeux, quand elle lui fait réaliser que la moitié de ses congénères bosse avec assiduité depuis 7h du mat un 25 décembre, et que juste pour cela, cela vaut la peine de se faire du mouron…

Et parlons en, de cette émulation qui agite les petits étudiants dès l’approche des partiels honnis… Voilà que notre étudiant se met à faire des statistiques précises sur le nombre de concurrents en train d’écumer les bibliothèques universitaires, ou de plancher sur les cours en dehors des heures de boulot syndicales… Et le voilà qui se shoote aux huiles essentielles et au chocolat noir à 71% pour essayer de gérer tant bien que mal une angoisse aussi envahissante qu’une vigne vierge sur un petit muret de pierre…

Outre internet et des stats intempestives sur les mœurs étudiatoires de ses coétudiants, Ben a aussi développé une habitude bien particulière en matière conversation.  Il ne s’agit plus de parler du courant, et des petits problèmes quotidiens. Non. Il faut désormais évoquer les sites de développement des ascaris (à grand renfort de photographies émétisantes à souhait), répondre à des questions angoissantes comme « c’est quoi au juste, les IgG1 ? », sans parler de ces théories sur les dernières trouvailles de la science quant à l’impérieuse nécessité de trouver des moyens efficaces de recycler les kilomètres de vers qui se sont parfois développés dans un organisme qui n’en demandait pas tant… Quand il ne s’agit pas carrément de devoir s’extasier sur le fait que certains parasites « font l’amour trois fois par jour » et de s’émerveiller sur le caractère prolifique de cette relation intense…

Dans sa vie, la propreté de son environnement occupe une place toute relative, et qui le fait bougonner à chaque passage d’aspirateur qui vient le détourner de ses nobles activités intellectuelles. Côté alimentation, j’ai noté un goût prononcé pour le gras et le sucré (voir plus bas), qui dénote une propension à s’adonner à des comportements régressifs certains. Je pense d’ailleurs opérer sous peu sur lui une analyse sanguine pour déceler des traces de l’hormone de grossesse, étant confrontée depuis quelques semaines à des phénomènes de rages alimentaires et d’envies subites aussi originales que le besoin d’ingurgiter des litres de coca diet quelques minutes, ou encore de vider une demi douzaine de boîtes de pâté sur une pile de tartines de pain haute comme un écran plat 12 pouces…

Voici donc une petite photographie de ce que j’ai pu observer brièvement en quelques semaines à partir d’observations prises sur le vif à la maison. Il reste que j’ai appréhendé certaines caractéristiques, présentes et surtout futures, dont mon étudiant préféré devra se prévaloir s’il veut continuer à concourir avec ses petits copains dans le joyeux monde de l’hôpital. Cette description se base autant sur des réalités étudiées sur le terrain, que sur des études projectives dont je vous livre les résultats, en exclusivité pour vous tout seuls !!

Voici donc les caractéristiques de l’étudiant en médecine qui veut survivre jusqu’à la fin de ses études…

Caractéristiques physiques

D’emblée, la sélection génétique dont ils font preuve à l’entrée de leurs études démontre clairement le soin avec lequel cet élevage est effectué. Tout a donc été pensé pour permettre un niveau optimum de performance. L’étudiant en médecine dispose donc d’une vessie extensible (on a repris pour cela les modèles dont sont naturellement dotées les infirmières) afin de permettre un temps presque indéfini en position stationnaire ou assise sans escales urinaires. Indispensable pour faire la queue au RU quand les premières années sont de sortie, quand l’accouchement de Mme M. se prolonge au-delà des délais prescrits et raisonnables (non mais franchement, 72h pour pondre un môme, c’est pas humain !), ou bien quand le chef de clinique R. tient au milieu du couloir une conférence improvisée sur la réalisation d’une opération de fortune pour la résection d’un anus dans lequel un patient a malencontreusement introduit un airbus A320 en modèle réduit (eh oui, tout de même, y a des limites !).

Outre la vessie, l’étudiant en médecine qui se respecte est doté d’un système digestif muni d’un sphincter oesophagien particulier, qui est commandé à volonté par son détenteur. En cas de besoin, l’étudiant peut alors s’éviter des pertes alimentaires intempestives par une simple contraction opportune. Très utile lors d’opérations chirurgicales peu ragoutantes, quand l’étudiant doit se pencher pour observer les beautés cachées d’un genou sanguinolent dans lequel on va insérer à grands coups de marteau une prothèse, ou celles, plus subtiles encore, d’un abdomen éventré dans lequel on s’apprête à nettoyer un abcès géant…

Côté cœur, le défi est tout autre. Il s’agit en effet de conjuguer les effets du café à haute dose, des entrainements de cardio bike (pour lesquels la particularité précédente liée à l’estomac prend une dimension toute spéciale), les annonces que les exams auront finalement lieu avec une semaine d’avance, des problèmes d’ordinateur qui bousillent 4 jours de boulot et d’autres événements stressants que l’étudiant ne manquera pas de devoir surmonter au cours de sa pénible carrière. Mis à rude épreuve, son cœur est un athlète entrainé qui se nourrira des années durant de gras (eh oui, ça c’est le phénomène « tartine aux rillettes sur lit de foie de volaille et garniture au beurre»), de sucre (genre « bouchées de ferrero rochers en robe de chocolat au lait et pluie de smarties ») et de toutes ces petites choses compensatoires dont l’étudiant raffole et dont – ne nous le cachons pas – il a furieusement besoin pour continuer à fonctionner.

L’appareil respiratoire est lui aussi une merveille de perfectionnement, offrant des coupures inspiratoires opportunistes en cas d’échappements involontaires issus de couches de patients pédiatriques, ou encore lors d’examens de chairs putréfiées lorsqu’il s’agit de découper scrupuleusement les tissus de quelque macchabée dans une morgue obscure.

Sur le plan musculo-squelettique, notre étudiant peut survivre à des pressions importantes comme lorsque, assailli par un patient psychiatrique, il doit empêcher la chaise roulante que celui-ci vient de lui envoyer par la voie des airs de lui défoncer le thorax. Devenu un as des sprints « intra couloirs » qui sont désormais son lot quotidien, il sait ainsi rattraper les médecins qui doivent répondre à cette question existentielle relative au maintien de la sonde urinaire de Monsieur G. qui vient de se l’arracher violemment après avoir déclaré qu’il préférait encore « se faire couper les roubignoles plutôt que de garder 3mn de plus ce tube de merde». Pour terminer, il est doté d’un système interne anti escarres qui lui permet de rester assis sur une chaise pour passer au travers de tout le cours d’immuno sans se bouger les fesses (un défi possible en raison de la vessie extensible mentionnée plus haut).

            Qualités morales

Outre ces qualités physiques indéniables, l’étudiant en médecine peut se prévaloir d’autres attributs fondamentaux qui font que, sans ces derniers, il ne serait pas ce qu’il est.

L’éthique étant au cœur de ses préoccupations, il n’a de cesse de redéfinir le cadre de soins qu’il compte appliquer dans son métier. Ainsi, il passe des heures à se demander avec sérieux et compassion s’il doit ou non demander à l’infirmière si la tâche sur la radio est bien un abcès, ou bien s’il s’agit d’un cachou que le patient avait dans la poche au moment du cliché. Enfin, c’est bien à l’infirmière qu’il compte le demander, par peur de se faire dévisser la tronche au cas où le chef de clinique entendrait la question qui le torture… Et puis il y a ces situations cliniques inextricables qui vous forgent un homme (ou une femme) quand déboule cette patiente qui veut que vous lui donniez des conseils sur les moyens de fabriquer des filles parce que « après 14 garçons, vous comprenez, je fatigue un peu… ».

Voilà donc en quelques mots ce qui définit notre quotidien depuis septembre. Il faut savoir que, malgré ce portrait quelque peu rebutant à certains aspects, notre étudiant national, non content de s’adapter en tous points à ce qui lui est demandé, en redemande encore et nage dans ses études mieux qu’un dauphin dans un troupeau de maquereaux…

De quoi lui faire momentanément passer l’envie de serrer les écoutes et de mettre le cap sur un autre océan du globe…

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2 réflexions au sujet de « La vie passionnante de l’étudiant en médecine… »

  1. Joyeux Noël à toute la belle famille,
    Merci à Fanny pour cette description de la carrière estudiantine de Benoît. Il faut vraiment de la volonté pour retourner sur les bancs. De la fac. Nous lui souhaitons de persévérer dans la réalisation de son rêve.
    Et toi Fanny, que de viens-tu? Et nos lutins? Nous espérons vous revoir bientôt et vous souhaitons que 2014 soit une année de joie, de bonheur, de santé et de succès.
    Que deviennent Lae, Sacha et Théo ? Que de beaux moments passés en leur compagnie. Embrasse-les très fort pour nous.
    Transmets ces mêmes vœux à tes parents dont nous gardons un beau souvenir.
    Bienvenus à tous à Montréal qui est enterrée sous la neige qui nous a forcé d’acquérir une souffleuse et qui grelotte à -20 c. Mais toute la famille sera là pour le souper. Et alors, la chaleur de Noël nous enveloppera tous.
    Au plaisir de te lire à nouveau
    Imelda et Louise

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