Apprendre le métier de maman en faisant la guerre aux bibittes

Petite bibitte mignonne

Petite bibitte mignonne

Pour commencer, vous pouvez faire un tour dans le coin des enfants pour lire les deux dernières rédactions de Théo et Sacha!

 

Nous voici terriens pour quelques jours! C’était prévu: on devait laisser Ben sur Lam, skipper pour un séjour de deux semaines, (charter oblige : les clients louaient tout le bateau), tandis que nous devions louer à terre. Me voici donc, flanquée de mes trois marmots, habitant un sous sol à Ste Anne dans un F3 au lieu du F4 à l’étage promis (dégât des eaux de dernière minute…). Bon, contre mauvaise fortune…

Et de fait, super bon cœur !!! Les enfants, depuis notre arrivée, sont tellement excités d’être de nouveau à terre que je ne parviens pas à les calmer ! L’idée de les shooter au Ritalin me chatouille, je l’avoue, mais je me retiens ! Ils sont HEUREUX de tout : les toilettes qui se vident d’un coup de pouce, l’eau courante que l’on peut laisser couler quand on prend sa douche (le luxe total !), le fait d’ouvrir une porte et, Ô joie, de pouvoir aller dehors sans devoir imiter Jésus (ie marcher sur l’eau)… Les sources de bonheur semblent intarissables ! À se demander comment ils ont fait pour tenir si longtemps. Bon, ça c’était hier, surtout.

Car ce matin, ils ont un peu déchanté. Surtout moi, qui ai failli avoir une crise cardiaque en pleine séance de devoirs. Sacha, au milieu d’une page de fraction à décomposer, se lève soudain en poussant un hurlement. D’emblée, je tente de trouver ce qu’il a et tout y passe : il vient de voir passer un dragon par la fenêtre/il s’est fait bouffer l’orteil par une salamandre dévoreuse de chair humaine/il a ENFIN trouvé le résultat de son exercice/son chevalier d’émeraude préféré lui est apparu pour faire une prédiction sur la prochaine guerre interstellaire/il a entendu ronfler son frère… Que nenni ! Le petit chéri a bondi de sa chaise pour échapper à un tueur sanguinaire: une araignée d’une taille ma foi, tout ce qu’il y a d’honorable ! 3cm au garrot, mais surtout, un bon 15cm de diamètre ! Le genre mygale, mais de type anorexique (les pattes sont bien velues, mais assez minces comparées à sa cousine terrifiante). Alors moi, je calcule à une vitesse folle dans ma tête, tout en cherchant une savate assez puissante pour avoir raison de la bestiole. Je me remémore tout ce que j’ai appris jusqu’ici pour devenir maman, et que j’ai dû faire toute seule, sans jamais avoir de cours là-dessus. Je me rappelle de ces essais en cuisine ratés (avec la fumée noire qui se dégage de la poêle délaissée), des couches enfilées à l’envers, ou alors à l’endroit, mais trop tard (le petit saligaud a pissé au moment où j’allais refermer le truc), de ces séances d’allaitement en plein air, en marchant, et par -10 degrés dans la forêt (ça a faim tout le temps, ces morveux là !). Me reviennent aussi en mémoire ces moments interminables passés à nourrir de petites bouches minuscules avalant des quantités improbables de purée, dont un pourcentage non négligeable finissait par terre, de même que ces heures occupées à habiller des nourrissons furieux de se faire emballer comme des paquets parce qu’il fait -59 degrés dehors… Toutes ces choses indispensables qui font qu’une maman est une maman et qu’elle a besoin de savoir pour survivre à ce métier ingrat qu’on enseigne nulle part ailleurs qu’à l’école de la vie. Sans oublier les symptômes de la varicelle, les moyens de moucher un nouveau né, et les trucs infaillibles pour nettoyer une plaie sans provoquer de hurlements. Pour cela non plus, pas de mode d’emploi. Bref, j’en suis là dans mes réflexions, savate à la main (Théo me l’a dégottée en un rien de temps), quand je réalise que rien, jusque là, ne m’a préparée à ce que je m’apprête à faire. Partir à la chasse aux araignées, jouer mon Indiana Jones version féminine, parce qu’aucun de mes affreux ne veut m’aider, trop couards et hurlant dans tous les coins, perchés qu’ils sont sur des chaises de peur de se faire dévorer par le pauvre insecte qui se planque près de la table. Je réalise aussi que là non plus, pas de manuel d’utilisation de ladite savate, et que, une fois de plus, je suis dans la plus totale solitude de ma vie de maman. Je m’avance courageusement et (ce qui est désastreux pour mon karma), j’écrabouille l’arachnide qui a osé déranger Sacha dans ses réflexions fractionnaires. Vu la taille de la bête, j’ai pas trop de scrupules quand même. Je voyais mal mon sommeil rester récupérateur avec un tel monstre dans la baraque !

Toujours est-il que l’araignée n’était que la partie émergée de l’iceberg de bibittes qui peuplent la maison. Avec les grands gagnants de cette foire aux bestioles immondes : les cafards ! Ceux-ci ont pris notre maison pour la station balnéaire à la mode, et les enfants les découvrent en si grand nombre que leur vue ne les affole même plus (comme quoi, on s’habitue à tout !). Mais dans leur grande ingratitude, ils me laissent toujours gérer le truc (comme si j’avais un diplôme es-bibitticide) et je dois me coltiner les chasses aux cafards dans tous les coins de l’appart. Le bon côté de la chose, c’est que ce dernier est nickel ! On va quand même pas leur filer à bouffer, à ces saletés là ! Alors on a mis en place un blocus qui vise (en vain, je le sais, la guerre est perdue d’avance) à affamer les troupes. Et je découvre qu’il est possible de mettre une quantité incroyable de trucs au frigo pour éviter la visite de nos charmants locataires : le sucre, les pommes de terre, le miel, la semoule et même les céréales ! N’empêche, dans cette guerre sans merci, j’en suis à 5 cafards à zéro. J’ai songé à mettre un tableau avec des scores, mais je me suis rendue compte que c’était assez inégal, comme bataille. N’empêche, ils vont voir de quel bois je me chauffe. Je me vois déjà ajouter une ligne longue comme le bras à mon CV de maman : « capable de livrer une guerre féroce à toute une série de bibittes armée d’une paire de tongs rose». Et comme expérience, je mettrais : « a passé deux semaines dans un appartement humide en rez de jardin en Martinique ». Franchement, si après ça je me fais pas élever une stèle par mes enfants après ma mort…

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7 réflexions au sujet de « Apprendre le métier de maman en faisant la guerre aux bibittes »

  1. Vite le retour sur LAM!!! Et vive la vie en mer! Merci de ce « témoignage », dans la grisaille de notre journée ici dans la latitude nordique, ça fait du bien!

  2. Ah comme je te comprends …!

    Quand on pense que dans ce pays les mygales s’appellent des matoutous falaises …

    Bon courage avec tes bibittes !!!

  3. Bonjour les terriens, Fanny cela me fait penser à nos discustions sur mon maschisme et ton féminisme.
    Imagine toi avec un skipper dans le sous sol et je t’entends d’ici crier:  » BEHENNNN… » et benoit de répondre : « c’est quoi l’problème? » s’ensuit un exposé sur la force de propulsion de l’arachnée en question et sur sa capacité d’agression par démonstration mathématique pour ensuite la finir à la perceuse comme un malheureux lambi.

    grosses bises à tous

    le dd qui retrouve la forme

  4. C’est là que tu m’avais proposé d’aller vous rejoindre? Triste de n’avoir pas pu venir vous voir, mais oh combien heureuse d’avoir manqué de vacances et d’argent car là je dois dire que j’aurais sans perdu mon flegme petit-britannique 😉

    bises et aussi bonne chance avec mes amies à 8 yeux.

  5. Dédé, la perceuse, j’y ai bien pensé, mais elles sont trop rapides, ces araignées!!!

  6. Pour toi, Anne, j’aurais fait une véritable chasse à la bibitte, extermination totale!!! Alors bon, on se rattrapera en France pour la visite, je ferai le ménage spécialement!

  7. bien contente de t’avoir amené un peu de soleil, Sophie, même s’il est dur à voir depuis notre sous sol 😉

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