Partir, c’est mourir un peu

Quand on est poursuivi par ses rêves...

Quand on est poursuivi par ses rêves…

Ben et moi sommes en train de rédiger un livre à 4 mains. Un bouquin pour  répondre à toutes ces personnes qui nous submergent de questions depuis des années par rapport à notre voyage en bateau. Ces gens là sont de tous horizons, de tous âges, et comme tout un chacun, ils rêvent. Rêver est une composante si essentielle à la vie. Une amie avait joliment surnommé Ben « La machine à rêver », tant cette activité de « pelleteux de nuage » (en bon québécois) lui colle à la peau ! Bref, les personnes qui se montraient si curieuses de notre projet avaient un point en commun : elles rêvaient. D’une autre vie, de projets de fous, d’un ailleurs qui saurait les accueillir comme aucun autre endroit jusque là… Alors depuis 2 ans, la plume à la main, j’écris. Ben s’est joint à moi pour rendre ce livre digeste, complet, pratique, un accompagnant valable dans les projets de fou que sont les voyages en voilier, en famille, en couple ou même tout seul.

Dans ce livre, nous avons inclus tout à la fin une rubrique spéciale sur l’après-voyage. Cet aspect d’un départ est fondamental, même s’il évoque déjà le retour. Cette étape peut parfois s’envisager après des années de navigation, mais nous avons toujours pensé qu’elle devait trouver sa place avant même que le vent ne s’engouffre dans les voiles. On a en effet trop entendu d’histoires de marins, ou de familles de marins, qui peinent à s’adapter à leur retour à terre. Des récits d’échecs, de dépression allant parfois même jusqu’au suicide. Et oui, la vie sur l’eau ne laisse pas indemne, même si tout le monde ne va pas jusqu’à ces extrémités désespérées, heureusement. Alors il faut prendre le problème à bras le corps, et savoir où l’on s’en va avant même de quitter le plancher des vaches. Ce choix est d’autant plus important si l’on a des enfants à bord. Leur avenir est parfois fonction des endroits où ils feront leurs études, de l’accès qu’ils auront à un enseignement de qualité. Bref, c’était à nos yeux une question incontournable.

Avant de partir, nous savions plus ce que nous ne voulions pas que ce nous souhaitions pour l’après tour du monde. Et finalement, l’été dernier, une idée a germé dans la tête de Ben. L’avenir nous dira si ce nouveau projet verra le jour et dans quelles conditions. Toujours est-il que nous avons pris le parti de nous lancer dans l’aventure. Et, comme dans la famille on ne fait jamais rien à moitié, il a fallu faire le choix d’arrêter le train en route, et faire le deuil de ce tour du monde qui nous avait occupé une bonne dizaine d’années à terre ! Pas simple ! Car si l’on exclut les histoires d’ego qui ont pu se greffer sur cette décision assez drastique, il est facile de reconnaître par ailleurs le caractère frustrant d’une expérience qu’on ne mène pas à son terme. Oui, nous choisissons de ne pas aller au bout de ce trip de bateau outre Pacifique. Un truc à assumer que nous digérons encore depuis quelques semaines.

 

Pourquoi partir ainsi dans une autre direction ? Pourquoi choisir de s’installer dans un pays que nous ne reconnaissons plus, pour l’avoir quitté il y a si longtemps et dans des conditions économiques et sociales si différentes ? Le projet qui nous anime, d’abord. Même s’il n’est pas encore possible de mettre des mots dessus, il est assez fou pour motiver ce changement de vie. Ensuite, les enfants. Théo a grandi plus vite que nous ne nous y attendions. Il réclame des amis, une chambre à lui, une routine plus stable et…des profs moins sévères 😉 (il soupire régulièrement : « vivement que je retourne à l’école » !). Au point que cela lui pèse d’être sur l’eau et que l’on sent comme il exulte dès qu’il rencontre des enfants de son âge. Une demande si légitime… Et puis les 3 marmots ont besoin de connaître la France, ce pays dont ils sont issus et dans lequel ils n’ont pourtant jamais vécu. On leur a tellement décrit les paysages, les régions, la gastronomie, les gens… Ils veulent visiter les musées, faire les randos à vélo dans des paysages fabuleux qu’ils n’ont vu qu’en photo, voir les vieilles pierres (celles qui n’existent pas en Amérique du Nord), rencontrer enfin cette famille étendue qu’ils n’ont que rarement rencontrée…

Pour toutes ces raisons et tant d’autres, nous allons donc diriger l’étrave de Lam vers un horizon surmonté d’un coq ! C’est pourquoi, même la mort dans l’âme (Lam ?), nous avons décidé de mettre notre bateau en vente. Il sera donc l’été prochain (en juin, a priori) dans une marina de l’ouest de la France (sans doute La Rochelle). Nous avons posté sur le blog une vidéo qui présente Lam, ainsi qu’une liste de toutes ses caractéristiques, pour ceux que cela intéresserait. Il est prêt à naviguer et à avaler tous les milles que ses futurs propriétaires voudront bien lui donner! Et nous recherchons encore quelques équipiers pour nous accompagner lors de la traversée de l’Atlantique.

J’ai le cœur un peu serré de le quitter, ce beau bateau qui a porté tant de souvenirs magiques. En même temps, je me sens galvanisée par les nouveaux défis qui nous attendent. Je suis aussi particulièrement heureuse de pouvoir offrir aux enfants une autre vie, dans un environnement qui ne manquera pas de les faire grandir, et de leur permettre de côtoyer une famille qu’ils n’ont que trop peu connue jusque là. Surtout, mon chum va peut-être pouvoir réaliser un vieux rêve et cela, c’est précieux comme l’eau en plein désert. Cela n’a pas de prix. J’ai donc, une fois de plus depuis que j’ai rencontré Ben, l’impression qu’une autre vie commence. On dit que les chats ont 7 vies, je n’ai pas compté celles que j’avais accumulées jusque là, mais je pense pouvoir leur faire concurrence ! Que de choses à raconter à Saint Pierre quand je ferai sa connaissance ! Donc, partir, c’est mourir un peu. Mourir à une ancienne vie. Bonjour donc à la suivante. C’est comme le truc de la porte qui se ferme : il y en a toujours une autre qui s’ouvre dans le même temps ! Et puis je commence sérieusement à fantasmer sur des toilettes sans pompe à main  !

(Visited 6 times, 1 visits today)

2 réflexions au sujet de « Partir, c’est mourir un peu »

  1. Que du bonheur dans cette nouvelle vie qui vous ouvrira ses bras, vous fera découvrir de nouvelles et de belles aventures. Nous reprendrons où vous laisserai, nous poursuivrons votre chemin… xxx

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *