L’art et la manière de chasser les poules

Rose de porcelaine endimanchée

Rose de porcelaine endimanchée

Voici quelques jours que nous sommes à l’ilet Cabri. Nous y sommes revenus plusieurs fois ces derniers mois, et toujours avec autant de plaisir. C’est devenu notre petite maison secondaire, et le potier Ulrich, un peu notre pote !
La faune de l’île se résume à quelques espèces bien particulières : les cabris (on l’aura deviné), les poules, quelques chats, de nombreux pélicans, quelques faucons et des tas d’oiseaux des Antilles comme les sucriers. Et entre deux séances de poterie (c’est devenu une passion chez nos 3 petits cochons), les enfants ont développé un goût aigu pour la chasse ! Car comme la pêche est un loisir plus aléatoire et donc moins gratifiant à leurs yeux, ils ont tenté tant bien que mal de se rattraper ailleurs, les bougres ! Or, Ulrich essaie parfois de prendre une poule afin d’en limiter la prolifération sur l’île. Car ces petites bêtes chapardent la nourriture sur les tables, alors que les touristes en visite barbecutent tranquillement à côté…

Premier épisode de cette aventure : le piège en grillage ! Il s’agit d’un grillage posé sur un cadre de branches et bricolé par Ulrich. Les enfants le mettaient en équilibre sur une branche reliée à une ficelle, et attendaient patiemment qu’une poule vienne picorer les biscuits qu’ils avaient éparpillés dessous… Le guetteur devait alors tirer sur la ficelle pour faire retomber le piège sur le malheureux animal. Fous rire garantis ! Car quand ce n’était pas Laé qui venait toutes les deux minutes vérifier le système en faisant fuir les proies potentielles, c’était les cabris qui s’y faisaient prendre. À se demander si ces animaux n’ont pas un cerveau encore moins développé que celui de nos gallinacés préférées !!! Bref, on a donc attrapé un petit cabri qui s’est mis à hurler comme un nouveau né frustré quand on a essayé de le caresser, mais de poule, que nenni ! Si, une fois, Théo, bien patient et débarrassé de son frère trop assidu (j’ai nommé Laé), a réussi à en prendre une ! Bien fier de son coup, sauf que quand il s’est agi de tuer la bête, il s’est vite défilé…
On en était là dans les techniques de chasse quand, hier, les enfants ont changé leur fusil d’épaule (c’est presque le cas de le dire !). Ulrich leur a montré une autre technique avec laquelle il venait d’attraper une poulette la veille : un simple fil auquel il avait fait un petit nœud coulant. Le truc est tout bête : quand la poule vient picorer la nourriture qu’on a laissé pour elle, elle pose immanquablement la patte dans le nœud (élargi pour l’occasion). En voulant partir, elle ressert le nœud et ne peut plus repartir sans entraîner le fil… dûment tenu par les 3 moustiques ! Alors qu’à cela ne tienne ! On demande à Laé de se tenir tranquille (au besoin en l’amadouant avec des chipolatas grillées !), Théo fait du repérage pour rameuter les poulettes avec des airs d’indien à l’affût, et Sacha se planque avec le bout du fil dans la main avec une expression qu’il croit féroce sur son petit visage (c’est un peu comme essayer de rendre sadique une face de bisounours!). Au bout de quelques tentatives, ça prend ! Un magnifique coq se bloque la patte dans le fil, et Sacha exulte ! Quelle fierté se répand alors sur le visage de nos jeunes chasseurs ! C’est la classe internationale ! Je me demande d’ailleurs si ça pourrait pas figurer sur leur CV scolaire : « capable de chasser une poule sauvage avec un bout de ficelle », au même titre que « apte à démontrer qu’un carré a 4 angles droits ». Faudrait envisager d’écrire à l’éducation nationale, parce que je suis sûre que ça pourrait rapporter des points ou peut-être même leur faire sauter une classe, non ?

Finalement, on décide tous ensemble qu’on ne peut décidément pas priver le cheptel d’un si beau spécimen, et on s’apprête à le relâcher. Là-dessus, notre Ulrich national bondit, et nous demande la bête pour se faire un souper ! On accepte, naturellement, lui abandonnant alors la prise. Ni une ni deux, il l’emmène en arrière (notre petit ami Jules qui a 2 ans pourrait être un peu choqué de la chose) pour lui trancher la tête d’un coup de machette. Les enfants regardent, intéressés. Puis Ulrich dépiaute habilement le coq, le déshabillant de son épais plumage en un tournemain. Un peu comme le faisait mon grand oncle René, qui chassait les lapins à la tombée du jour sur l’île de Ré : il roulait super vite dans sa voiture, et les écrasait pour pouvoir les manger après. Sauf qu’une fois, il a freiné sur le bord de la fourrure, et l’animal (pauvre de lui !) s’est fait dépecé en une seconde sans avoir rien demandé !
En passant, petite leçon d’anatomie pour identifier le foie, les poumons, le cœur, le gésier et d’autres parties intéressantes et plus ou moins sanguinolentes (mais la science ne s’arrête pas à de tels détails scabreux !). On a là une bestiole prête à cuire ! Ce que les enfants feront pendant quelques heures, surveillant la cuisson sur le BBQ improvisé installé à côté. Finalement, Ulrich insistera pour que les enfants reviennent sur Lam avec ce trophée de coq grillé au BBQ. Mais franchement, il n’était pas mangeable car beaucoup trop sec… Et les enfants de déplorer ainsi le gaspillage d’un si bel animal que l’on aura même pas pu manger…
Ainsi, malgré leur jeune âge, ils ont déjà compris une leçon : tuer un animal sans le manger, ça a quelque chose d’indécent et d’inutile. Ça ne s’applique bien sûr pas à 100% des situations, mais dans notre cas, c’était assez évident. Ça m’a rappelé aussi un documentaire qui les avait révoltés au point qu’ils ne sont plus capables de le revoir. C’était un docu intitulé Océans, qui montrait la capture de requins dont on coupait les ailerons pour les vendre. L’horrible caractère de la chose, c’était quand ils relâchaient les requins dans la mer… Ces poissons n’étaient plus capables de survivre, et pourtant les pêcheurs les condamnaient à des jours et des jours d’agonie…

Enfin, pour consoler mes chasseurs déconfis, j’ai prévu le repas de demain… poulet rôti (dûment chassé au supermarché local!).

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