Cesser de vouloir

Pour commencer, laissez moi vous souhaiter une année formidable. Une année de changement radical, qui va vous permettre de vous sentir vibrer d’une autre manière, d’apporter du sens et de la joie dans un quotidien perdu peut-être dans un flot d’habitudes qui noie toute créativité. Je vous souhaite de trouver dans chaque instant un mouvement de vie à choyer et à cultiver. 

Et puis pour débuter les premières heures de cette nouvelle étape qui a démarré il y a quelques jours, je vous invite à parcourir un chemin inattendu peut-être. Celui du détachement. Ce détachement, comme l’acceptation, est une ode au lâcher prise et à l’écoute. J’ai ainsi découvert qu’à force de mettre ma vie au carré, avec des tas de rituels, de règles, de routines, j’étouffais le flot de créativité qui voulait s’y glisser. Levée tôt chaque matin, j’avais mon Miracle Morning pour moi, et j’en faisais une série de petites tâches qui, à force d’obligations, sont devenues mortes et sans saveur. Méditer, puis écrire, puis me laver, manger, et partir pour le boulot. À force de répétition et de vide de sens, tout a été perdu. J’ai desséché la portée de ces gestes qui peuvent par ailleurs apporter beaucoup. Il s’agissait de reprendre la main… en la gardant ouverte ! Depuis quelques semaines, j’abandonne les obligations. Je laisse aller. Je me laisse peindre. D’ailleurs, c’est presque désespérant pour ma famille de me voir ainsi, armée d’un rouleau et d’un pot de peinture, appliquer de la couleur sur tous les murs de la maison ! Mais je peins aussi des tableaux, et c’est infiniment gratifiant. Je lâche prise sur le résultat (je peins en quelques instants un paysage qui n’a aucune, strictement aucune, valeur artistique, mais j’en suis satisfaite comme si j’avais réalisé une Joconde minute !). J’écris sans savoir où je vais et je laisse le stylo décider de l’endroit où il se sentira le mieux. La destination n’a aucune importance. Je pars marcher, et je m’en vais un peu au hasard, là où mes pas se posent. J’ai décidé d’agir, sans contrôler l’issue de mes actions : je réalise un travail, et je m’oblige à laisser les autres réagir à leur guise, même si ces interventions sont hostiles ou négatives. Après tout, ces réactions leur appartiennent, et je les leur laisse, comme il faut laisser à César pour ce qui appartient à César. Ça bouillonne depuis quelques temps, dans la tête et dans le cœur. C’est concret, moins dans la tête que dans le corps. J’ai cessé de méditer pour intégrer la pleine conscience dans ma vie. Pour en faire un rempart contre la dictature de l’intellect. Celui qui impose ses vues, sans considération pour un corps pourtant indispensable au ressenti. Je fais de la place. J’élimine le superflu, je jette enfin de vieux trucs que je gardais pour le cas où (au grand bonheur de mes hommes, qui se désespéraient aussi de ma tendance à stocker les vieux machins!). Je fais ces deuils minuscules qui consistent à laisser aller de vieux schémas, des habitudes anciennes que l’on garde par insécurité primaire mais qui, au fond, se contentent d’obstruer le quotidien et finissent par en capter toute la lumière. A la benne, ces vieux cartons dont je voulais faire des tableaux. Plus question de perdre du temps et de l’énergie à encombrer la tête, le corps et le cœur avec des vieilleries qui ne sont même plus sentimentales et qui encombrent plus qu’elles ne libèrent. Je veux du neuf et du mal digéré, pour pouvoir être plus légère quand il faudra se lancer. Les limites s’effacent doucement, et de nouvelles façons d’envisager les choses et les personnes s’imposent. Plus de focalisation intempestive sur du résultat, je laisse le cœur faire ce qu’il a à faire, et je libère le reste. Il est temps de changer. De sentir. De se laisser vivre, une bonne fois pour toutes. De se faire un peu confiance et de se donner le pouvoir de changer.

C’est à cela que je veux que mon année 2019 ressemble. Alors pour conclure, je vous souhaite, en 2019, de changer. Profondément. Pour atteindre la personne que vous aspirez à devenir. Juste cela. Mais pas moins.

Le potentiel oublié

Voilà bien des années que je cherche la cause de comportements qui, s’ils sont inconscients, visent bien à casser mes efforts de sortir du giron d’habitudes et de croyances que je nourris depuis toujours. Un peu comme les sursauts du poisson qui veut voir plus loin et sort la tête de l’eau, sans comprendre que c’est dans cet élément liquide qu’il veut quitter qu’il pourra évoluer le plus heureux. On cherche sans cesse ailleurs la voie qui se trouve juste devant nous. Je voulais sortir de cet état d’aveuglement qui me gardait coupée du monde que je voulais rejoindre, avec tout ce passé que je traîne comme un boulet. Ce passé avec lequel j’étais brouillée, et que je rejetais depuis toujours. J’ai la chance d’avoir commencé un vrai travail d’exhumation avec une amie qui est aussi coach. Elle m’a aidée à regarder ces bouts de moi que je voulais détacher de mon avenir, arguant avec raison que ces morceaux de vie que j’arrachais avec douleur m’appartenaient aussi. Qu’ils avaient leur raison d’être, leur utilité. Ce faisant, je m’empêchais d’être pleine et entière, en accord avec ces personnages que j’ai endossés par le passé pour mieux survivre ou m’adapter.

L’erreur, c’est de croire que l’on peut réussir à se trouver et à se comprendre, en faisant abstraction de la personne que l’on a été et que l’on est, pour construire celle que l’on veut devenir. C’est en réalisant ce chemin de compréhension, en effectuant ce déshabillage en règle de croyances, de phrases toutes faites que l’on a répétées à l’envi sans toujours les comprendre, que l’on peut accéder à la partie la plus belle de soi. Je souffre d’être séparée du cheminement d’écriture auquel j’aspire, parce que je sens que je n’utilise pas encore le potentiel que je pense pouvoir y trouver. Et cette route que j’ai prise, accompagnée par mon amie, je la découvre finalement plus facile à emprunter que je ne l’avais imaginée. J’ai passé beaucoup de temps à croire que je devais me construire tout de neuf, changer tout et raser le paysage existant pour devenir une autre. Je réalise aujourd’hui que mon travail est simplement de mettre en accord ces parties de moi que je croyais ennemies et qui ne sont que des échos de celle que je suis. Il s’agit moins de raser le paysage que de partir de l’existant et d’en faire un jardin. En permaculture, les « adventices, ces plantes que l’on nomme « mauvaises herbes », sont en fait utiles et il convient d’en utiliser aussi les propriétés pour construire l’écosystème que nous cherchons à créer. « Nous sommes ce que nous répétons chaque jour », et ce nous est nourri par le compost de la personne que nous avons été, avec ses erreurs, ses réussites, ses manquements et ses victoires. Rien à refuser, dans cet héritage. Il faut tout prendre, et tout intégrer pour aspirer toucher du doigt un jour ce potentiel, cette puissance que chacun de nous portons. C’est par cette réconciliation que nous pouvons prétendre exploiter toute la complexité et la richesse de ce vécu dont nous sommes dépositaires. Reconnaître notre faillibilité, cette fragilité essentielle, c’est faire un pas vers ces trésors que nous abritons et que, trop souvent, nous hésitons à utiliser. J’ai vu des personnes y arriver, et souvent elles le faisaient parce qu’elles avaient été mises à nu par des épreuves qui les avaient laissées parfois exsangues. Mais la résilience avec laquelle elles avaient pu faire face leur avait donné la force de surmonter la peur de devenir elles-mêmes, profondément, et sans arrière pensée. C’est précisément là qu’elles étaient devenues puissantes, et qu’elles avaient pu créer et développer des projets magnifiques, pour elles et pour les autres. Souvent, la maladie permet ce travail de dénuement essentiel, mais il n’est pas indispensable d’en passer par là pour accéder à ce que Guy Corneau appelait le meilleur de soi-même… Je vous souhaite de parvenir doucement à devenir vous-mêmes.

Merci à toi, Christine

Comme un air de changement…

Depuis quelques semaines, une chose m’intrigue. Au travail, je vois des salariés qui s’enfoncent dans une dynamique qui les mène droit vers des problèmes de santé, des soucis familiaux, sans qu’ils semblent rien pouvoir faire pour arrêter le train qui les emporte. On dirait qu’ils sont prisonniers de leur propre logique, et que, même conscients de se faire une vie où ils ne respirent plus, ils éprouvent le besoin de poursuivre malgré tout. Cela en dépit de toute logique apparente. J’ai observé le même phénomène chez moi. Addict que je suis à l’activité, je remplissais ces derniers temps mes heures de tâches et de rendez-vous, tout en me plaignant du peu de temps qu’il me restait avec moi-même. Surtout, je m’étais mise à faire des shiatsus autant que je le pouvais, estimant que je devais m’entraîner. Mais par dessus tout, convaincue que cette pratique apporte bien être et soulagement, j’ai voulu accompagner des personnes proches de ces gestes qui libèrent et défont les nœuds que les émotions inscrivent dans le corps. Ce faisant, j’ai vécu un phénomène de vases communiquants que je n’avais pas anticipé ! Je donnais mon énergie, que je n’avais pourtant pas en quantités illimitées, à ces personnes qui vivaient des moments difficiles et chargés en émotions négatives. Chaque fois, je me suis retrouvée exsangue, avec des pensées pesantes et dénuées d’entrain. Que se passait-il donc ? Mon prof de shiatsu me l’a expliqué : j’avais absorbé toutes ces énergies, faute de savoir m’en protéger. Je vais donc apprendre à le faire, pour éviter de me retrouver épuisée ainsi. Mais ce que je retiens surtout, c’est cette nécessité que j’avais de changer de comportement, et le constat de ma propre incapacité à le faire. Mon corps me disait de me reposer et de me recharger en énergie, mais je continuais à disperser celle-ci pour faire perdurer ma petite logique mortifère !

Finalement, je crois qu’on a tous une appétence plus ou moins consciente pour des schémas parfois négatifs, mais rassurants car connus. Changer demande de secouer le filet des habitudes pour en voir sortir un « moi » différent, avec lequel on n’est pas sûr de vouloir s’accoquiner ! Changer signifie que l’on accepte, par ailleurs de reconnaître qu’on a peut-être tort de faire ce que l’on fait, et qu’il faut se mettre davantage en lien avec notre corps et ses besoins. Une preuve qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, et qu’il est important de redresser la barre, sous peine d’avoir un petit retour de réel 😉 La vie nous rattrape toujours, et ce qu’on lui impose, elle finit toujours par le tordre et nous le mettre sous le nez. Elle nous force à y voir plus clair. Libre à nous, ensuite, de changer… ou pas ! Dans mon cas, j’ai décidé d’écouter les signaux de plus en plus fort que mon corps envoyait. J’ai dit non à certains engagements, j’ai reporté ce qui pouvait l’être et priorisé différemment mes activités. J’ai remis au centre de mon temps les choses qui étaient les plus importantes à mes yeux, et j’ai tâché de me créer un environnement où je me sens bien.

La vérité, c’est que ces petites stratégies fonctionnent plutôt bien ! Ce qui coûte le plus, en définitive, c’est la résistance au changement. Mais s’en rendre compte implique un certain recul, que nous ne nous autorisons pas toujours à avoir…

Une solitude

Aujourd’hui, j’ai envie d’évoquer la solitude. Celle que l’on cultive ou celle que l’on fuit.

Certains jours, il y a la solitude pesante qui laisse penser que nous sommes coupés des autres. C’est lorsque le doute s’invite et se répand comme un poison. Je pense alors à quel point je suis différente, inatteignable, ou pas assez… ceci ou cela. Le doute dresse comme une barrière entre les autres et moi, et pas moyen dans l’instant de réduire cette distance, quand j’aurais tant besoin d’une main tendue. Tellement envie que quelqu’un se penche sur ma douleur et veuille bien la porter avec moi, juste le temps de quelques minutes. On a le sentiment alors que personne ne pourra comprendre, ou que les autres n’ont pas le temps, que cela ne sert à rien et qu’il est vain de chercher à se mettre en lien…  

Il y a aussi des fois où la solitude est ce baume bienfaisant que l’on invite chez soi pour se ressourcer un peu. C’est souvent ainsi que je conçois les moments que je passe seule. Loin de m’effrayer, cette solitude m’attire terriblement, pour les promesses qu’elle me fait de pouvoir renouer avec moi-même. J’ai besoin d’elle pour apprendre à me recentrer, comme lorsque je m’assois le matin pour méditer. C’est alors le silence de la pensée, qui se pose dans le repos calme, shamata. C’est là que j’apprends à écouter.

Ecrire est une autre façon de le faire. Car l’écriture est un acte solitaire, même lorsqu’elle est pratiquée en groupe. J’ai ainsi le souvenir d’un atelier d’écriture que j’avais fait à Montréal, par un WE froid d’hiver. Nous écrivions dans une petite salle, et chacun s’était réfugié dans un coin de la pièce pour s’isoler. J’ai connu là des moments d’une intensité émotionnelle incroyable, à revenir sur ma propre histoire par les mots que je choisissais de coucher sur le papier. J’ai pleuré tant et plus, durant 2 jours, et j’étais seule avec moi-même tout ce temps, malgré la présence bienveillante des autres participants. C’est une solitude qui me plaît et me répare. Elle offre la possibilité de se mettre à l’écoute de soi et de ce qui nous porte, de ce qui nous blesse et de ce qui nous touche. On se met alors au diapason de la vie intérieure qui nous traverse, et cela permet de vivre davantage en cohérence avec la personne que nous sommes profondément. Les choix qui découlent de cette écoute seront tournés vers le nord que nous indique le cœur.

Une autre solitude est celle que je peux cultiver lors d’échappées hors du réseau amical et affectif connu. J’affectionne particulièrement ces moments où je pars, une fois par an, construire ailleurs un moment présent différent, hors de mes repères habituels. Il faut alors que je me rende disponible pour des expériences inédites, en dehors de ce que j’ai l’habitude de faire ou de voir. Je m’en vais marcher seule, ou je loge dans une petite ville que je ne connais pas. J’évite sciemment les rencontres un peu trop poussées, qui dépassent le « bonjour, bonsoir ». Je suis dans ma bulle, et j’ouvre mes yeux à des paysages étonnants. Un peu comme lorsque je voyage en train, un casque sur les oreilles pour écouter de la musique, le nez pointé vers les paysages derrière la fenêtre. Je laisse les pensées faire leurs divagations, me laissant dépourvue de désirs ou de souhaits. Simplement connectée à ce moment qui passe. Cette solitude, c’est un peu retrouver le sens du gratuit. On fait feu de tout bois, et l’on ramasse des petits bouts de quotidien, des miettes de vie, là où elles sont tombées. Sans chercher à faire autre chose que les toucher du bout des mains et s’immerger dans un présent qui ne demande rien. On respire, et sans être dans l’échange, on sent pourtant à quel point on fait partie du tout. C’est l’Universel qui se mêle à ces moments minuscules et nous relie alors au grand tout.

La solitude n’est finalement jamais que relative. Elle est discrètement liée à notre perception, celle qui nous laisse croire que nous sommes isolés des autres, ou au contraire reliés indissociablement à eux. Qui nous fait penser que nous n’avons de valeur qu’en lien avec ceux qui nous aiment ou pas, ou bien que cette valeur n’est pas fonction d’un état particulier. Nous pouvons aussi bien, dans ce cas, considérer que nous sommes une partie du tout, quel que soit notre caractère, notre vie, et nos choix. Et alors peu importe que les gens gravitent autour de nous ou pas, nous sommes intégrés à cette humanité jusqu’à la fin des temps.

Un ange passe…

Le soleil s’invite dans le jardin, et les mots de Grand Corps Malade sur ma page. Je me laisse happer par le flot des événements qui débarquent dans l’existence sans que le temps les arrête. J’ai envie de calme, de repos, de paix. C’est fou comme on se fait envahir par les successions de moments sans toujours savoir calmer cette incessante cascade. Le temps coule entre nos mains jointes, dans le geste dérisoire qui nous pousse à le retenir. Je me dis que cette volonté que nous avons, et qui trop souvent se heurte à des habitudes trop bien ancrées, la maladie vient parfois y mettre bon ordre. Car nous avons quelquefois trop peur de chambouler ce que l’on connaît, et seul, le mal a dit qu’il était temps de s’arrêter. Comme si c’était la seule solution. Il faut alors prendre le message, et si ce qui nous tombe dessus nous plaque dans le quotidien d’une chambre, d’une maison ou d’un appartement, c’est que le repos nécessaire vient de loin, et qu’il a attendu longtemps pour s’inviter chez nous… Il est possible de faire autrement. De ralentir sciemment, même si l’exercice est celui du funambule sur son fil, qui requiert concentration et volonté, audace et courage, et puis aussi un poil d’inconscience. Les miracle morning sont là pour ça, mais eux-mêmes sont par moment trop lourds à suivre, matin après matin. Il faudrait simplement s’autoriser à s’agenouiller devant une fourmi qui s’active, prendre vingt minutes pour regarder la mésange qui fait son nid, se promener sans jeter l’œil sur la montre… Cela paraît si simple, et c’est pourtant un véritable travail, une bataille sans merci contre la course du temps qui s’affole. Aux armes, citoyens ! Battez-vous pour préserver les moments suspendus, ceux où la vie respire sans même se soucier de survivre, les temps où la nature sourit et le corps s’étire.

Journée de la Femme !

Une offrande fleurie de Sacha

Je dédie ce post à toutes ces femmes qui…

Prennent dans leurs bras pour consoler ou sécher des larmes

Tendent la main vers un enfant, un vieux, une peine d’amour

Cuisinent des années durant pour ceux qu’elles aiment

Pleurent quand elles voient les hommes faire la guerre

Rient et sont belles juste comme ça, sans maquillage

Sont amoureuses et le crient dans la nuit

S’émerveillent d’un lever de soleil et connaissent le nom des fleurs

S’énervent au volant, pour en rire ensuite bien fort

Subissent de la violence, et taisent chaque jour les coups reçus

Sourient quand on leur offre des fleurs

S’agenouillent sur le sol froid des églises

Aiment leurs enfants sans jamais rien en attendre

S’étiolent dans des métiers usants par amour des gens

Se battent pour l’harmonie, la paix et le bonheur

Nettoient, rangent et font place nette, pour que leur monde soit un peu plus beau

Arrosent une plante et la regardent pousser chaque matin

S’affairent à la journée longue et s’arrêtent, fatiguées mais contentes

Dansent sous une pluie battante et ruissellent joyeusement

Ont la rage au cœur quand elles voient que rien ne change

Font danser des doigts timides sur la joue d’un nouveau né en pleurant

Ont le cœur serré de voir des mères souffrir à l’autre bout du monde

Peinent à s’enfuir, par peur de blesser

S’éteignent doucement, dans un soupir et sans un bruit

Sont passionnées, faillibles, exubérantes et vivantes, touchées et émouvantes…

Joie qui s’échappe se partage

On évoque souvent, lorsque l’on vieillit, les personnes toxiques qu’il faut laisser derrière soi. Ces personnes qui ne vous aiment pas, qui ne se soucient pas de votre bonheur, ou que votre joie menace tout simplement. Soit. C’est un travail à faire, de laisser partir et de ne plus s’employer à plaire à ceux qui ne veulent rien savoir de nous.

Mais quid des autres ? Comment trouver et s’attacher à ceux qui sauront se réjouir avec nous de nos victoires, de nos bonnes nouvelles ? Car ces personnes là, dans la vie positive que l’on se souhaite peut-être, une petite vie toute jolie et pimpante, elles ont une importance capitale. Il ne faut non seulement pas les oublier, mais les reconnaître dans le réseau d’amis plus ou moins proches, plus ou moins chers, que nous avons sans doute.

Je parle ici de gens qui nous entourent et qui savent s’émerveiller et se réjouir pour les autres. Ces hommes et ces femmes qui sont suffisamment à l’aise dans leur vie pour faire de la place aux victoires des autres. Un petit trésor d’amis qui se découvrent parfois dans les joies impromptues que l’on ne peut s’empêcher de partager autour de soi et qui viennent rire avec nous des sourires que l’existence nous envoie soudain. Ces personnes là sont précieuses, qui dansent avec nous lorsqu’on a le cœur qui déborde de gratitude et qu’on a besoin de le crier à tous vents. Et c’est souvent celles-là qui seront les mieux à même de nous tenir la main, lorsque l’horizon se noircira comme il le fait toujours à un moment ou à un autre.

L’énergie circule, l’amour se partage, et les personnes bienveillantes, quand on met la main dessus, il est important de le réaliser et de chérir leur présence.

La solitude improbable du rêveur

Je suis au milieu d’un bouquin que j’écris sur les rêves. Et pour cela, je rencontre des rêveurs. Pas des gens hors du commun, bizarres ou aux parcours aberrants. Non. Des personnes comme vous et moi, et qui ont pourtant ce petit quelque chose de différent. Qui savent entretenir des projets un peu fou dans un quotidien balisé. Des gens qui ne se laissent pas pourrir par les critiques ou les avis négatifs que d’aucuns pourraient avoir sur leurs projets. Des hommes et des femmes qui suivent leurs aspirations profondes et qui foncent, sautent, risquent et se lancent. Et puis parfois ressort cette remarque chez certains. Ce sentiment de solitude par rapport aux limites de ce qu’ils peuvent partager de leur doux délire avec les autres. Il n’est en effet pas si rare que les autres ne veuillent pas entendre les histoires des personnes qui sont trop éloignées de leur trajectoire personnelle, ou les récits jubilatoires de quelques rêveurs qui réalisent ce qu’eux-mêmes peinent à seulement envisager dans leur quotidien. C’est vrai : vivre une vie différente condamne parfois à un certain degré de solitude. Je me sens proche de cette analyse, avec toutes ces parenthèses incroyables que nous avons pu vivre en famille. On peut alors partager des bons moments, des joyeusetés, des légèretés passagères, mais les vrais échanges profonds, on les garde pour ceux qui peuvent les recevoir. Comme si le terme « extra terrestre » nous collait au visage, en filigrane. Alors qu’on n’a pas l’impression, au fond, d’être si différent. On a juste envie, besoin, de vivre une vie qui ait du sens à nos yeux. Mais le cercle invisible est là, qui n’est pas souvent franchi par d’autres qui ont des vies plus conventionnelles. C’est ainsi, c’est le jeu. N’empêche que ça fait diablement plaisir de recueillir les témoignages de ces personnes que je rencontre et qui ont un courage incroyable, celui de réaliser leurs rêves au quotidien. Trop hâte de vous les présenter !

L’heure d’or

Montréal. Une lueur naissante me fait ouvrir les yeux. La chambre est petite, j’en connais chaque bout de mur, chaque lumière cachée. Les objets se découvrent à mesure que la lampe intensifie la clarté qui illumine la pièce. Je saute du lit. Il est 5h30. C’est parfait, cela me laisse du temps. J’enfile une polaire, et faufile mes pieds dans des chaussons pour ne pas sentir le froid du parquet dans le couloir. Je referme la porte de la chambre doucement. Il ne faut pas que quiconque dans la maison se réveille. Doucement, je vais dans la cuisine. Le chat Elie me salue en frottant son pelage contre ma jambe. Je me penche pour le caresser brièvement, et fais ensuite couler l’eau filtrée dans la bouilloire. Pendant qu’elle chauffe, je me dirige vers le salon. Je prends sur la table de la salle à manger, sans la débrancher, la grande lampe de luminothérapie, que je place en équilibre sur le canapé. J’installe les coussins. Entendant le « clic » de la bouilloire qui annonce qu’elle a terminé son travail, je repars vers la cuisine pour y préparer mon thé. Un thé vert japonais. Un de ces nectars parfumés aux odeurs d’épinard frais, de petit pois et de foin qui me font chavirer les sens. La tasse est enfin prête. J’attrape mon cahier dans un tiroir de la commode, avec le stylo, et je dépose le tout sur un tabouret près du canapé. Je m’installe, emmitouflée sous une grosse couverture de laine chaude. J’ai pris soin de mettre le chauffage en route, mais il fait un froid glacial ce matin. 25°C sous zéro. Dehors, les lampadaires de la rue éclairent d’une faible lueur orange la neige qui tombe depuis la veille en gros flocons. Je la regarde tomber avec ravissement, avant d’allumer la grande lumière qui trône face à moi sur le canapé. J’aime cet instant suspendu où le silence prend sa place et s’impose. La vie s’immobilise et je retiens mon souffle. Je prends la tasse et me réchauffe les mains à sa chaleur. L’odeur du thé diffuse en moi une sensation de plénitude et tous mes muscles se détendent. Après quelques instants, je m’installe pour écrire, et Elie vient ronronner près de mon oreille en s’allongeant de tout son long sur le haut du canapé. Il veillera sur mes pages.

Chaque matin, c’est la même routine, développée depuis Montréal. Vacances comprises. Il m’a fallu ces heures volées au temps, à la vie de famille et à un quotidien endiablé pour survivre entière et sans trop de heurts durant de longues années. Si un marmot montrait le nez avant l’heure fatidique (7h, c’était ma limite), je répondais en grognant qu’il aille se recoucher. Ce qu’il faisait sans se faire prier, heureux d’échapper à une sorcière qui n’aurait pas manqué de le transformer en citrouille. J’ai gardé ces habitudes de calme au réveil. Je me lève juste un poil moins tôt… Mais ces moments me sont devenus indispensables. Une véritable respiration, comme une garante de la qualité de la journée qui s’annonce. Écriture sur thé vert, méditation, silence et quiétude d’avant le jour… Il paraît que d’autres s’adonnent à ce genre de vie de l’aube naissante, et qu’on appelle cela un « miracle morning ». C’est pour moi simplement une façon de me rappeler que je suis une personne, dénuée de tout rôle et de toute attente, juste avant d’enfiler mes vêtements de mère, d’épouse et de femme.

Les maux pour le dire

Il arrive que des lecteurs de mes livres me disent qu’ils se retrouvent dans mes écrits. Pour d’autres, ce sera le blog, quand certains articles les renvoient à des choses qui les touchent personnellement. À l’inverse, certains lecteurs n’aimeront pas le style des articles du blog, comme d’autres seront peu sensibles à ce que j’ai écrit dans mes livres. Tout dépend de la tournure d’esprit, de l’humeur du moment, des affinités littéraires… Mais c’est finalement sans importance. J’estime légitime et même sain que chaque personne puise ce dont il a besoin dans les mots que je dispose sur la page, et qu’il se les approprie au fil de ses envies, selon ce qui lui parle ou le connecte à lui-même. C’est le jeu. Et j’avoue faire de même avec les livres ou les textes des autres, que j’épluche ou dont je me nourris au quotidien.

            J’ai envie aujourd’hui d’évoquer ces écrits qui déchirent parfois la vie en deux. Lorsque les mots rejoignent les mouvements de l’âme, et qu’ils parviennent à trouver le chemin de la lumière au sein d’un parcours sombre et sinueux. J’en suis là, depuis ces quelques mois que je cherche à me réinventer dans un quotidien qui ne me ressemblait plus. Il me fallait redonner de la couleur à des journées qui avaient pris des teintes délavées, comme ces vieilles photographies mangées par le temps et qui pâlissent au fil des jours. Et j’avoue avoir mis la main sur quelques bouquins, ou des bouts d’articles qui m’ont touchée au cœur. C’est comme une petite musique qui se met à chuchoter, soudain, à la lecture de quelques mots, d’une phrase, glanés ici et là.

Le magazine Happinez m’inspire ainsi souvent des rêveries instantanées, ou bien alors je saisis mon stylo et me mets à souligner frénétiquement certains passages qui me parlent. Quand ce ne sont pas ces livres, achetés il y a parfois des années, et qui m’appellent un jour. Le jour où il FAUT que je lise l’ouvrage. Car je crois à ce pouvoir de synchronie des livres : il y a toujours un bon moment pour cueillir un bouquin. Comme pour un fruit : avant, c’est trop tôt, et après, trop tard. Il faut que le livre soit lu au moment où vous serez assez attentif pour y prendre ce qui vous parlera au moment de sa lecture. Si l’on est ouvert à ce chant, la lecture transporte et devient une danse de l’âme avec les mots. Pour soigner les maux. Pour porter la souffrance, ou faire un peu rire le cœur. Mais il y a un temps pour le faire. En ce qui me concerne, j’attends toujours le bon moment, l’appel du livre. Je passe devant la bibliothèque, et j’écoute. Il arrive que je me trompe : je lis alors quelques pages ou chapitres, mais ça ne fonctionne pas, je repose le livre… Mais quand c’est le temps, quel bonheur ! Comme si l’ouvrage entrait en résonance avec ce que je vis dans le moment. C’est là que quelque chose se passe. Un peu comme quand on rencontre une personne avec qui ça clique, un moment suspendu, une soirée hors du temps…

Et ces rencontres sont indispensables pour tenir le coup quand la vie nous amène à la croisée des chemins. Car parfois, il faut tout changer, sous peine de laisser son existence s’étioler dans un soupir interminable où plus rien ne bouge. Parfois, il faut prendre son courage à deux mains, et laver le passé de tous les discours déformants, dévalorisants et humiliés qui ont jalonné un parcours qui nous a laissé exsangue. Parfois, il faut fermer le livre et inventer tout de neuf. Parfois, il faut sauter dans le vide, et croire bien fort que plus bas se trouve le filet qui nous récupèrera, nous et notre folle envie de vivre pour de vrai.

Changer fait peur. Et puis cela fait mal aussi. Pour preuve, cet événement fondateur et terrible qu’est la naissance. Sortir la tête dans le monde est douloureux, autant pour la mère que pour l’enfant. Mais il est des changements qui sont incontournables, pour peu qu’on veuille bien s’accorder, le temps de l’existence, une vie qui nous ressemble. Le bonheur est à ce prix. Et pour certains d’entre nous, ce bonheur est conditionné par notre capacité à prendre un chemin inusité. Il faut alors réaliser que, pour avancer, nous devrons nous engager dans des voies qui vont à l’encontre des valeurs écrasantes qui s’imposent à la majorité. Dans les livres, aussi, se trouvent ces histoires de parcours atypiques et salvateurs qui décrivent d’autres choix. Vivre de peu. Oser beaucoup. Faire sans le confort d’un futur prévisible et balisé. On réalise qu’on n’a plus rien à perdre, et que ce rien là, il faut le laisser aller pour vivre pleinement. Quand on ne se contente plus de simplement laisser les jours se dérouler sans surprises, sans questions. Quand juste toucher le chèque de paie à la fin du mois ne suffit plus. Il faut alors oser s’opposer.

On me dit souvent que mes enfants sont bien élevés. C’est possible. Je ne suis pas bon juge. Ce qui m’importe, en fait, ce n’est pas de savoir qu’ils sont capables d’aider à débarrasser la table ou de dire merci. C’est qu’ils soient heureux. Qu’ils sachent se tenir debout, même quand la vie les retournera ou les malmènera violemment. C’est le chemin que je leur propose, en ne me contentant pas d’un futur prévisible et encadré par des échéances. Il me semble que je pourrai savoir si j’ai bien fait mon boulot de maman quand je les aurai vus chercher par eux-mêmes de quoi sera tissé leur propre bonheur. Et recommencer chaque jour cette quête pour changer le motif du tissu selon les besoins qui seront les leurs, au fil d’une vie que je leur souhaite pleine et intensément mouvante. En attendant, je les regarde grandir. Et m’efforce, un jour après l’autre, d’être fidèle à moi-même dans les gestes du quotidien. La force de l’exemple est plus puissante que le plus lisse des discours.