Déclaration du Citoyen du Monde

Eh oui… 2019, et nous en sommes encore à devoir pousser notre petite voix sur les réseaux pour faire entendre notre inquiétude quant au monde que nous sommes en train de laisser à nos enfants. Je vous épargnerai la description de toutes les espèces qui disparaissent, et de ce qui pourrait nous attendre… Vous savez déjà pour la plupart ce qui nous pend au nez…

Face à ce constat, nous avons à mon avis trois options. 1) L’attitude défaitiste qui consiste à croire que plus rien ne pourra être fait pour changer la donne, et qu’il est déjà trop tard 2) Celle, passive, qui se limite à observer ce qui se déroule devant nos yeux tout en se déclarant impuissant à changer les choses, dépassés que nous pouvons nous sentir devant l’ampleur de la tâche 3) Il y a enfin une posture qui vise à prendre le taureau par les cornes et la poubelle de recyclage dans les mains pour se mettre au travail.

C’est aux partisans de cette dernière solution que je souhaite m’adresser aujourd’hui. Pour cela, j’ai élaboré une déclaration que j’ai nommée « Déclaration du Citoyen du Monde », simplement parce qu’au-delà des frontières se trouve une chaîne invisible qui nous relie tous et pourrait bien changer le monde. A défaut des politiques globales que nous attendons tous et qui tardent à s’imposer, je vous propose ici une approche certes plus modeste, mais sans doute plus efficace aussi. Voici le plan d’attaque…

D’abord, je vous invite à lire la déclaration ci-dessous. L’idée serait de vous l’approprier, en la modifiant ou en la complétant, de manière à ce qu’elle ressemble à ce que vous souhaitez, individuellement ou en famille, mettre en place pour changer votre petit bout de monde à vous. La logique veut en effet qu’on donne raison à Gandhi quand il déclarait qu’il fallait incarner le changement que l’on voulait voir apparaître dans le monde (Be the change you want to see in the world).

Une fois que votre version vous convient, je vous propose de l’imprimer, et de l’afficher en bonne place dans votre maison. Et pour finir (ou commencer !), l’idée est de mettre en pratique ces résolutions qui seront un peu les directions que vous voulez donner à votre façon de réintroduire l’écologie dans le quotidien. L’idée étant qu’à force d’être sollicités par des citoyens mobilisés tous ensemble dans un même but, les politiques finissent par y croire eux-mêmes et bougent dans le bon sens. De plus, ce sont vos enfants, pour qui vous êtes des exemples, qui changeront, et aussi vos voisins, vos collègues… La tâche d’huile faisant son boulot, vous pourriez bien être surpris de l’impact de vos actions minuscules à une échelle mondiale !

Vous êtes prêts ? Si c’est le cas, alors au travail !!!

DÉCLARATION DU CITOYEN DU MONDE

Je m’engage dans la présente déclaration à réaliser les actions suivantes, dans le but de faire de la planète un endroit où il fait bon vivre pour toutes les espèces vivantes et pour assurer un avenir à nos enfants:

PRENDRE SOIN DE L’AIR

. Chaque jour, dès que cela m’est possible, je délaisse ma voiture pour privilégier les transports doux qui n’émettent que peu ou pas de pollution, et me permettent d’être en meilleure santé (marche, vélo, trottinette, bus, métro, train…)

. Je privilégie les achats de produits locaux et limite mes achats par internet pour diminuer les effets du transport sur l’atmosphère

. Je limite l’utilisation du bois de chauffage

. Je plante des arbres dès que j’en ai la possibilité ou je soutiens des actions réalisant des projets de reforestation

PRENDRE SOIN DE LA TERRE

. Afin de limiter les déchets émis par mes achats et mes activités, je recycle le plus possible les matériaux que j’utilise et limite mes achats aux produits qui sont les plus écologiques, biodégradables ou n’utilisant que des emballages raisonnés en évitant le suremballage

. A la maison, j’utilise un composteur pour diminuer la taille de mes poubelles et exploiter le compost dans les jardins

. Je choisis des nettoyants simples (bicarbonate de soude, vinaigre…) et je bannis les pesticides de mon environnement

. Pour me vêtir, je réalise mes achats dans les ressourceries ou auprès de commerçants qui recyclent les matériaux ou garantissent des matériaux écologiques

. Je privilégie les contenants sains pour la nourriture et les boissons : métal, verre et contenants biodégradables

 PRENDRE SOIN DE L’EAU

. Lorsque je consomme de l’eau, je le fais avec parcimonie en éteignant le robinet dès que possible (brossage des dents, douche…)

. Dès que c’est possible, je récupère l’eau de pluie pour la réutiliser au jardin ou pour les sanitaires

. J’utilise des bouteilles en verre ou en métal pour ne plus avoir à acheter des bouteilles de plastique, et je choisis de ne plus utiliser de vaisselle jetable en plastique

. J’utilise des liquides biodégradables pour toutes mes activités (nettoyage, produits d’hygiène, etc.)

PRENDRE SOIN DE SOI

. Chaque jour, je me réserve un moment à moi pour me ressourcer

. Je prends soin de mon corps et consomme des aliments sains et simples, tout en m’offrant de petits plaisirs de temps en temps

. Je me connecte à mon corps et me mets à son écoute pour avoir une vie plus équilibrée et lui permettre de se dépenser dans le sport

. Je m’accorde un petit plaisir par jour pour rayonner et faire profiter aux autres de ma joie de vivre

. Je réalise mes rêves et je me construis une vie où je me sens bien

. J’établis une relation harmonieuse avec moi-même, mes proches et ceux qui m’entourent pour prendre soin de l’écosystème dans lequel j’évolue

Au quotidien, je fais le choix de simplifier les achats, les possessions, les activités et mes relations avec les autres… Je me reconnecte à cette nature que je souhaite préserver. À chaque instant, je m’efforce de grandir et de me réaliser dans l’équilibre et l’harmonie.

Le monde a besoin des rêveurs pour construire un avenir où chacun a sa place. Chaque petit geste compte !

La source des choses qui te sont nécessaires

J’ignore s’il vous est déjà arrivé dans votre vie d’avoir un jour une phrase qui s’impose à vous. Une phrase venue de nulle part, et qui se répète en boucle sans qu’on sache pourquoi. Je dirais que cet assemblage de mots provient en fait de quelque part dans le ciel. Cela peut sembler bien ésotérique, mais c’est un peu ma croyance. Et pour ma part, j’ai déjà fait une telle expérience. Je ne me souviens pas du contexte. J’étais adolescente, je crois. Et cette phrase est tombée du ciel pour se déposer dans ma tête. Je ne l’ai pas comprise. « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ». Elle revient parfois me visiter, comme une vieille amie dont je ne me rappellerais jamais le nom. Et ce matin, en ouvrant le livre d’Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, elle est revenue se déposer dans mon esprit. Ce n’est pas un hasard. Je n’ai jamais vraiment cru à ce que l’on nomme hasard.

En réalité, je suis venue étudier le shiatsu par instinct, davantage que par réflexion. Une force me poussait à choisir cette voie pour pouvoir, comme j’avais besoin de le faire, accompagner les gens qui luttaient pour leur santé. C’est une approche par le toucher, qui me semblait indispensable. Lorsque j’ai fait du bénévolat en soins palliatifs, à l’hôpital de Maisonneuve de Montréal, j’avais alors décidé de devenir infirmière, tout en estimant que je ne pourrais y arriver que si je n’avais pas une peur panique de la mort. Il me fallait savoir si la mort, je pouvais l’affronter avec le malade. Accompagner ce dernier signifiait en effet pour moi aller au bout de ce qui l’attendait, en restant à ses côtés sans peur. Et je me souviendrai toujours de ce moment incroyable où je me suis posée à côté d’une femme qui devait mourir quelques heures plus tard. Spontanément, j’ai glissé ma main dans la sienne. Elle était allongée, les yeux fermés, sans plus de force pour les ouvrir ou pour communiquer. Et moi, debout près d’elle, lui tenant la main comme si c’était alors la chose la plus importante au monde. Après un long moment en silence, j’ai voulu partir, lâcher sa main. Elle m’a demandé de rester. Pas par la voix, elle n’en avait plus l’énergie. Mais elle m’a supplié du bout de ses doigts amaigris par la maladie. Une supplique silencieuse qui m’a fait rester un peu plus longtemps. Pour simplement être présente à ses côtés à ce moment là. J’en ai gardé la conviction que quelque chose se joue par le toucher, qui dépasse de loin les frontières du physique. Que le simple fait de toucher une personne permet d’accéder à une part invisible d’elle. Dès lors, devenue infirmière en réanimation, j’avais pris cette habitude de garder dans ma main celle de mon patient lorsqu’il devait subir une intervention douloureuse, pour l’encourager. C’était mon moyen de l’accompagner dans la souffrance. Les patients comateux, je leur parlais, et je les touchais pour qu’ils sachent que, même du fond de cette inconscience éloignée de tout, j’étais là.

Si bien que lorsque le shiatsu m’a tendu les bras, je m’y suis lovée avec la conscience que je rentrais à la maison. C’était logique, évident, imparable. De fait, en 2017, je venais d’apprendre vaguement en quoi consistait cette discipline. Mais mon idée était faite : ce serait le shiatsu, rien d’autre. Et au fil de mon apprentissage, je réalise combien cette approche est riche d’un enseignement qui semble encore totalement abscond. C’est en effet une mise en lumière de ces forces invisibles qui se jouent dans chaque contact à travers les champs magnétiques, les liens spirituels avec la terre. Cela peut vite ressembler à des théories un peu folles mais lorsqu’on en fait l’expérience, la vie prend un autre éclairage. Je ne cherche à convaincre personne. Je sais seulement que mon intention, lorsque je cherche à soulager quelqu’un d’une douleur, joue un rôle aussi important que la façon dont je pose mes mains sur lui. De la même façon, entrer dans le champ énergétique d’une personne mal intentionnée me donne aujourd’hui des sensations physiques très frappantes. C’est une chose dont, pendant longtemps, je n’ai pas su me protéger, faute d’arriver à décrypter ces signaux. A présent, je fuis ces personnes et dernièrement, alors que je faisais des shiatsus à la Foire de Sainté, j’ai ainsi réalisé un shiatsu en 5 minutes à une personne chez qui je sentais des énergies malsaines, pour pouvoir écourter au maximum ce contact. Un jour peut-être, je serai même capable de dire non !

Je constate aussi le pouvoir du mental sur l’expérience. D’anticiper négativement ou positivement un événement va influer sur l’expérience qu’on en aura, et même sur son déroulement. C’est la raison pour laquelle j’ai souvent invité mes enfants, lorsqu’ils appréhendaient un moment à venir, à imaginer le « scénario idéal », afin d’aligner des énergies dans un sens positif. Une partie du monde visible nous échappe. Quelle est cette force mystérieuse qui m’a soufflé un jour « Je suis la source des choses qui te sont nécessaires ? ». Je l’ignore, mais je commence à comprendre d’où elle vient. Je sais que des choses inexpliquées interviennent parfois. Une histoire émouvante m’est arrivée, que je raconterai un autre jour, auprès d’une amie dans le coma. Nos paroles, nos pensées ont le pouvoir de transformer le monde. Il n’y a qu’à voir les effets d’une Greta Thornberg sur toute une génération, sur les dirigeants du monde. Elle se fait l’écho d’une vision du monde, d’une volonté de changement qui résonne chez beaucoup d’entre nous. Les mots ont de l’importance. L’énergie que l’on utilise ou que l’on dépense aussi. Il est crucial de le réaliser aujourd’hui, pour pouvoir enfin prendre la mesure de notre pouvoir sur le monde. Il est temps d’utiliser cela pour le changer et en faire un endroit où chacun aura sa place. Je vous laisse, il faut que j’aille travailler 😉

Lâcher prise… et respirer, enfin !

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit. C’est la première fois depuis que ce blog existe… 10 ans déjà ! Auparavant, je mettais un point d’honneur à écrire chaque mois, ou au moins tous les 2 mois. Et là, non. Une catastrophe ? Sans doute pas. Pourtant, je n’aimais pas l’idée de ne pas être là pour mon propre rendez-vous. L’idée de lâcher une activité dans laquelle je m’étais jusque là investie. Quelque chose de l’ordre de la culpabilité me taraudait, inutilement. J’ai aussi depuis quelques temps lâché la méditation, que je pratiquais jusque là plus ou moins quotidiennement depuis une quinzaine d’année. Et l’écriture de mes livres, je l’ai aussi un peu laissée flotter. La pratique du yoga, qui s’est espacée. En fait, toutes ces disciplines, ces habitudes qui jusque-là me nourrissaient, sont devenues comme vides de sens. Un peu comme lorsqu’on fait de la bicyclette dans un paysage magnifique, mais sans se rendre compte de ce qui nous entoure, juste pour la simple habitude que l’on a prise de faire de la bicyclette parce que « c’est bon pour la santé ». C’est le genre de phrase à la con qui m’a souvent conduite à poser des gestes sans toujours avoir la bonne intention. Lorsque j’ai monté un atelier d’écriture l’automne dernier, je pensais vouloir transmettre ce que j’avais appris, et accompagner des personnes dans l’écriture parce que j’avais ce besoin d’enseigner, de partager. Mais finalement, j’ai réalisé que l’intention cachée derrière était un simple besoin de réassurance par rapport à mes talents supposés d’écrivaine. J’avais besoin de cette caution pour me donner le droit de continuer à écrire. Bien sûr, ce genre de manœuvre est voué à l’échec. Et quand j’en ai pris conscience, j’ai mis fin à l’atelier. J’attends pour en refaire d’avoir cette fois la bonne intention, qui sera tournée vers les participants et non vers mon besoin de sécurité… 

Toujours est-il que j’ai lâché des activités que j’avais fini par réaliser par habitude, par réflexe, ou pour m’assurer un cadre de fonctionnement rassurant, mais vide de sens. Cela ne me nourrissait plus, car l’intention n’était pas la bonne. Ecrire pour publier ne rime à rien pour moi, ou alors on pervertit l’écriture qui doit d’abord, selon moi, partir du plus profond de soi et, peut-être un jour, dans un 2èmetemps, toucher les autres. Je méditais, mais davantage avec l’intention d’être plus calme, plus posée. Et ce faisant, je m’interdisais ces retombées positives, car je ne lâchais pas prise sur le résultat. C’est comme de prétendre écrire un bouquin valable sans jamais écouter ce que les personnages peuvent avoir à dire sur ce qui va leur arriver : l’intrigue devient morte, sans saveur, tant elle est manipulée et cadrée par l’auteur. Cela me rappelle ainsi le roman d’une jeune écrivaine dont le but était la publication à tout prix. Elle avait travaillé sur son livre jour et nuit, en reprenant chaque phrase, mettant en cage le personnage à un point tel que son histoire était sèche, que la peau sur les os, et en l’occurrence aucun os émotionnel à ronger pour le lecteur. La grammaire, l’orthographe, la syntaxe étaient irréprochables, mais tellement policés qu’aucune vie ne pouvait s’infiltrer entre les lignes. Un roman mort en somme. J’en étais là. A tout vouloir contenir par la raison, le rationnel, le devoir et le contrôle, plus rien ne m’échappait, et ce faisant, tout m’a échappé. La vie ne circulait plus, prise qu’elle était dans ce tissu serré de contraintes qui faisait fuir la plus petite notion de plaisir. 

Depuis ce constat, je chemine. Je combats mes dragons intérieurs, ceux qui ont donné tout son pouvoir à ma baguette de contrôle. Je suis en train de jeter ladite baguette dans le courant de vie qui s’insinue depuis que j’essaie de lâcher prise sur tout ce que je voulais auparavant contrôler. Une vie de contrôle est invivable. D’abord pour soi, et surtout pour l’entourage, qui est sensé se conformer lui aussi aux diktats de la baguette. C’est étouffant et stérile, même si c’est la stratégie que la petite fille que j’étais avait choisi pour survivre. Mettons que je lui apprends désormais à utiliser le cœur pour avancer, et que la raison est appelé à son secours en cas de besoin, mais sans plus l’autoritarisme du contrôle à tout crin. Il s’agit pour moi de réaliser que la vie, dans ses aspects les plus créatifs et les plus sains, nous donne toujours les moyens de faire ce qui doit être fait pour grandir. Pour peu qu’on lui en donne l’occasion, et qu’on lui fasse suffisamment confiance pour trouver les réponses. J’ai tant lutté pour les forcer à naître, ces réponses, quand il aurait suffi de simplement écouter et observer ce qui se passait en moi… J’ignore si ce que j’écris vous parle, mais je lâche prise sur ce résultat aussi 😉 J’apprends à juste laisser advenir les événements, et à y prendre peu à peu les trésors que la vie dépose devant moi. Lâcher prise, ainsi, c’est trouver l’or dans le tas de feuilles que l’automne fait tomber de l’arbre. Et cet or pourra prendre des formes inattendues que je suis prête à accepter. 

Et puis, il faut bien l’admettre, cela demande tellement moins d’énergie de recevoir les cadeaux de la vie, plutôt que de la disperser à fureter dans tous les coins de la planète pour chercher ce qui se trouvait juste à côté… Rester immobile et prendre les cadeaux de la vie sans attendre davantage. C’est devenu ma quête. Et quand je serai prête à méditer pour les bonnes raisons, je le ferai de nouveau. Lâcher prise, c’est un moyen de permettre à la vie de circuler librement en soi. Des miracles s’accomplissent lorsqu’on accepte de jouer ce jeu là.

Ce qui importe vraiment

Il y a le vent qui souffle dehors et qui balaie les roses de tous côtés. La musique, lancinante, de ce film, La Fontaine, et ma mémoire qui revient sur les émotions suscitées quand je l’ai regardé. On y voit un chercheur tenter des expériences jour et nuit, à en perdre le sommeil et le goût de manger, sur des singes de laboratoire. Le but étant de trouver un moyen de guérir sa chérie contre le cancer qui la ronge, dans un coin de la tête. Et il s’agite en tous sens, se bat, se désespère, galvanisé par une petite victoire, assommé par une défaite. Près de lui, sa femme s’étiole. Elle perd doucement des facultés, sans un mot. Lui reste dans l’action, tandis qu’elle l’attire à lui pour lui souffler combien il est important d’être, aussi. Ce film m’a parlé dès la première fois. Moi qui suis immergée sans cesse dans un océan d’actions qui se cumulent, s’entremêlent et s’enchaînent. Comme si toute ma vie devait se définir ainsi, dans les gestes posés et les pas qui se succèdent le long du chemin. Le cœur soupire, qui n’a pas ce qu’il désire : des moments d’arrêt dans la course folle, juste la présence, une respiration qui se calme, le temps d’observer un brin d’herbe qui s’étire et rebondit paresseusement quand l’insecte s’envole. La femme finit par mourir, et l’autre, perdu dans sa quête, a oublié de profiter de ce qui lui restait : ce temps avec elle. Buté par la colère et le refus de la tristesse, il a enlevé à celle qu’il aimait plus que tout ce qui lui restait. Le bonheur, ce sont ces moments vrais et simples avec les personnes que l’on chérit. Le reste, ce n’est qu’un courant d’air dans une vie qui passe : le fric, le matériel, les petits projets pour passer le temps… Mais les moments où l’on est, voilà ce qui laisse une empreinte. Rien ne peut acheter cela que notre seule capacité à nous rendre présent à l’instant.

Et si tout était DÉJÀ parfait ?

J’ai une amie clairvoyante, qui ne manque pas une occasion de me lancer des défis ou des phrases choc qu’elle envoie dans l’air pour voir comment je vais pouvoir les attraper. La dernière date de cet après-midi. « Et si tu imaginais que, finalement, tu étais déjà bien, que ce que tu fais, c’est assez, que tout est déjà parfait dans la personne que tu es, dans ce que tu réalises… Et bien cette phrase, elle m’est rentrée dedans. L’émotion qu’elle a suscitée a été immédiate. 

Et si on jouait à « tout est déjà là, on est déjà les personnes parfaites que l’on souhaite devenir » ? Cela me donne le tournis. De penser que je peux être « assez ». Car quand on y réfléchit deux minutes, voilà une phrase qui peut faire toute la différence. Je me prends à rêver d’une vie où tout se place, comme par magie, et rien n’a plus besoin d’être justifié, gagné, mérité. Où chacun a sa place, sans avoir besoin de lutter pour qu’elle soit reconnue. Cette reconnaissance, c’est nous-même qui pouvons nous l’accorder. Et c’est elle qui change tout. Le regard que l’on pose sur soi a le pouvoir de nous enfermer, ou de nous libérer. Et il ne dépend pas des autres, même si on leur fait souvent jouer ce rôle de geôliers ou de libérateurs. Nous sommes l’oiseau dans la cage, la porte est ouverte, mais on la voit fermée… Peut-être qu’il est temps de se réveiller. De voir le beau, en soi et dans les autres. D’apercevoir l’inachevé, d’accepter les erreurs, les errements, les trébuchements. De tomber et de se relever chaque fois plus sage, plus éprouvé, plus humain. Je repense à cette phrase, « je peux croire que j’ai déjà tout, que tout est déjà parfait », et j’ai le vertige. En même temps, je sens que c’est à ma portée. Et ça me fait du bien de simplement réaliser que c’est possible, de vivre avec cette conviction. Je vous souhaite de faire le chemin, et d’accepter d’être la personne que vous êtes profondément. Sans avoir rien à payer, prouver, mériter pour cela. 

Cesser de vouloir

Pour commencer, laissez moi vous souhaiter une année formidable. Une année de changement radical, qui va vous permettre de vous sentir vibrer d’une autre manière, d’apporter du sens et de la joie dans un quotidien perdu peut-être dans un flot d’habitudes qui noie toute créativité. Je vous souhaite de trouver dans chaque instant un mouvement de vie à choyer et à cultiver. 

Et puis pour débuter les premières heures de cette nouvelle étape qui a démarré il y a quelques jours, je vous invite à parcourir un chemin inattendu peut-être. Celui du détachement. Ce détachement, comme l’acceptation, est une ode au lâcher prise et à l’écoute. J’ai ainsi découvert qu’à force de mettre ma vie au carré, avec des tas de rituels, de règles, de routines, j’étouffais le flot de créativité qui voulait s’y glisser. Levée tôt chaque matin, j’avais mon Miracle Morning pour moi, et j’en faisais une série de petites tâches qui, à force d’obligations, sont devenues mortes et sans saveur. Méditer, puis écrire, puis me laver, manger, et partir pour le boulot. À force de répétition et de vide de sens, tout a été perdu. J’ai desséché la portée de ces gestes qui peuvent par ailleurs apporter beaucoup. Il s’agissait de reprendre la main… en la gardant ouverte ! Depuis quelques semaines, j’abandonne les obligations. Je laisse aller. Je me laisse peindre. D’ailleurs, c’est presque désespérant pour ma famille de me voir ainsi, armée d’un rouleau et d’un pot de peinture, appliquer de la couleur sur tous les murs de la maison ! Mais je peins aussi des tableaux, et c’est infiniment gratifiant. Je lâche prise sur le résultat (je peins en quelques instants un paysage qui n’a aucune, strictement aucune, valeur artistique, mais j’en suis satisfaite comme si j’avais réalisé une Joconde minute !). J’écris sans savoir où je vais et je laisse le stylo décider de l’endroit où il se sentira le mieux. La destination n’a aucune importance. Je pars marcher, et je m’en vais un peu au hasard, là où mes pas se posent. J’ai décidé d’agir, sans contrôler l’issue de mes actions : je réalise un travail, et je m’oblige à laisser les autres réagir à leur guise, même si ces interventions sont hostiles ou négatives. Après tout, ces réactions leur appartiennent, et je les leur laisse, comme il faut laisser à César pour ce qui appartient à César. Ça bouillonne depuis quelques temps, dans la tête et dans le cœur. C’est concret, moins dans la tête que dans le corps. J’ai cessé de méditer pour intégrer la pleine conscience dans ma vie. Pour en faire un rempart contre la dictature de l’intellect. Celui qui impose ses vues, sans considération pour un corps pourtant indispensable au ressenti. Je fais de la place. J’élimine le superflu, je jette enfin de vieux trucs que je gardais pour le cas où (au grand bonheur de mes hommes, qui se désespéraient aussi de ma tendance à stocker les vieux machins!). Je fais ces deuils minuscules qui consistent à laisser aller de vieux schémas, des habitudes anciennes que l’on garde par insécurité primaire mais qui, au fond, se contentent d’obstruer le quotidien et finissent par en capter toute la lumière. A la benne, ces vieux cartons dont je voulais faire des tableaux. Plus question de perdre du temps et de l’énergie à encombrer la tête, le corps et le cœur avec des vieilleries qui ne sont même plus sentimentales et qui encombrent plus qu’elles ne libèrent. Je veux du neuf et du mal digéré, pour pouvoir être plus légère quand il faudra se lancer. Les limites s’effacent doucement, et de nouvelles façons d’envisager les choses et les personnes s’imposent. Plus de focalisation intempestive sur du résultat, je laisse le cœur faire ce qu’il a à faire, et je libère le reste. Il est temps de changer. De sentir. De se laisser vivre, une bonne fois pour toutes. De se faire un peu confiance et de se donner le pouvoir de changer.

C’est à cela que je veux que mon année 2019 ressemble. Alors pour conclure, je vous souhaite, en 2019, de changer. Profondément. Pour atteindre la personne que vous aspirez à devenir. Juste cela. Mais pas moins.

Le potentiel oublié

Voilà bien des années que je cherche la cause de comportements qui, s’ils sont inconscients, visent bien à casser mes efforts de sortir du giron d’habitudes et de croyances que je nourris depuis toujours. Un peu comme les sursauts du poisson qui veut voir plus loin et sort la tête de l’eau, sans comprendre que c’est dans cet élément liquide qu’il veut quitter qu’il pourra évoluer le plus heureux. On cherche sans cesse ailleurs la voie qui se trouve juste devant nous. Je voulais sortir de cet état d’aveuglement qui me gardait coupée du monde que je voulais rejoindre, avec tout ce passé que je traîne comme un boulet. Ce passé avec lequel j’étais brouillée, et que je rejetais depuis toujours. J’ai la chance d’avoir commencé un vrai travail d’exhumation avec une amie qui est aussi coach. Elle m’a aidée à regarder ces bouts de moi que je voulais détacher de mon avenir, arguant avec raison que ces morceaux de vie que j’arrachais avec douleur m’appartenaient aussi. Qu’ils avaient leur raison d’être, leur utilité. Ce faisant, je m’empêchais d’être pleine et entière, en accord avec ces personnages que j’ai endossés par le passé pour mieux survivre ou m’adapter.

L’erreur, c’est de croire que l’on peut réussir à se trouver et à se comprendre, en faisant abstraction de la personne que l’on a été et que l’on est, pour construire celle que l’on veut devenir. C’est en réalisant ce chemin de compréhension, en effectuant ce déshabillage en règle de croyances, de phrases toutes faites que l’on a répétées à l’envi sans toujours les comprendre, que l’on peut accéder à la partie la plus belle de soi. Je souffre d’être séparée du cheminement d’écriture auquel j’aspire, parce que je sens que je n’utilise pas encore le potentiel que je pense pouvoir y trouver. Et cette route que j’ai prise, accompagnée par mon amie, je la découvre finalement plus facile à emprunter que je ne l’avais imaginée. J’ai passé beaucoup de temps à croire que je devais me construire tout de neuf, changer tout et raser le paysage existant pour devenir une autre. Je réalise aujourd’hui que mon travail est simplement de mettre en accord ces parties de moi que je croyais ennemies et qui ne sont que des échos de celle que je suis. Il s’agit moins de raser le paysage que de partir de l’existant et d’en faire un jardin. En permaculture, les « adventices, ces plantes que l’on nomme « mauvaises herbes », sont en fait utiles et il convient d’en utiliser aussi les propriétés pour construire l’écosystème que nous cherchons à créer. « Nous sommes ce que nous répétons chaque jour », et ce nous est nourri par le compost de la personne que nous avons été, avec ses erreurs, ses réussites, ses manquements et ses victoires. Rien à refuser, dans cet héritage. Il faut tout prendre, et tout intégrer pour aspirer toucher du doigt un jour ce potentiel, cette puissance que chacun de nous portons. C’est par cette réconciliation que nous pouvons prétendre exploiter toute la complexité et la richesse de ce vécu dont nous sommes dépositaires. Reconnaître notre faillibilité, cette fragilité essentielle, c’est faire un pas vers ces trésors que nous abritons et que, trop souvent, nous hésitons à utiliser. J’ai vu des personnes y arriver, et souvent elles le faisaient parce qu’elles avaient été mises à nu par des épreuves qui les avaient laissées parfois exsangues. Mais la résilience avec laquelle elles avaient pu faire face leur avait donné la force de surmonter la peur de devenir elles-mêmes, profondément, et sans arrière pensée. C’est précisément là qu’elles étaient devenues puissantes, et qu’elles avaient pu créer et développer des projets magnifiques, pour elles et pour les autres. Souvent, la maladie permet ce travail de dénuement essentiel, mais il n’est pas indispensable d’en passer par là pour accéder à ce que Guy Corneau appelait le meilleur de soi-même… Je vous souhaite de parvenir doucement à devenir vous-mêmes.

Merci à toi, Christine

Comme un air de changement…

Depuis quelques semaines, une chose m’intrigue. Au travail, je vois des salariés qui s’enfoncent dans une dynamique qui les mène droit vers des problèmes de santé, des soucis familiaux, sans qu’ils semblent rien pouvoir faire pour arrêter le train qui les emporte. On dirait qu’ils sont prisonniers de leur propre logique, et que, même conscients de se faire une vie où ils ne respirent plus, ils éprouvent le besoin de poursuivre malgré tout. Cela en dépit de toute logique apparente. J’ai observé le même phénomène chez moi. Addict que je suis à l’activité, je remplissais ces derniers temps mes heures de tâches et de rendez-vous, tout en me plaignant du peu de temps qu’il me restait avec moi-même. Surtout, je m’étais mise à faire des shiatsus autant que je le pouvais, estimant que je devais m’entraîner. Mais par dessus tout, convaincue que cette pratique apporte bien être et soulagement, j’ai voulu accompagner des personnes proches de ces gestes qui libèrent et défont les nœuds que les émotions inscrivent dans le corps. Ce faisant, j’ai vécu un phénomène de vases communiquants que je n’avais pas anticipé ! Je donnais mon énergie, que je n’avais pourtant pas en quantités illimitées, à ces personnes qui vivaient des moments difficiles et chargés en émotions négatives. Chaque fois, je me suis retrouvée exsangue, avec des pensées pesantes et dénuées d’entrain. Que se passait-il donc ? Mon prof de shiatsu me l’a expliqué : j’avais absorbé toutes ces énergies, faute de savoir m’en protéger. Je vais donc apprendre à le faire, pour éviter de me retrouver épuisée ainsi. Mais ce que je retiens surtout, c’est cette nécessité que j’avais de changer de comportement, et le constat de ma propre incapacité à le faire. Mon corps me disait de me reposer et de me recharger en énergie, mais je continuais à disperser celle-ci pour faire perdurer ma petite logique mortifère !

Finalement, je crois qu’on a tous une appétence plus ou moins consciente pour des schémas parfois négatifs, mais rassurants car connus. Changer demande de secouer le filet des habitudes pour en voir sortir un « moi » différent, avec lequel on n’est pas sûr de vouloir s’accoquiner ! Changer signifie que l’on accepte, par ailleurs de reconnaître qu’on a peut-être tort de faire ce que l’on fait, et qu’il faut se mettre davantage en lien avec notre corps et ses besoins. Une preuve qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, et qu’il est important de redresser la barre, sous peine d’avoir un petit retour de réel 😉 La vie nous rattrape toujours, et ce qu’on lui impose, elle finit toujours par le tordre et nous le mettre sous le nez. Elle nous force à y voir plus clair. Libre à nous, ensuite, de changer… ou pas ! Dans mon cas, j’ai décidé d’écouter les signaux de plus en plus fort que mon corps envoyait. J’ai dit non à certains engagements, j’ai reporté ce qui pouvait l’être et priorisé différemment mes activités. J’ai remis au centre de mon temps les choses qui étaient les plus importantes à mes yeux, et j’ai tâché de me créer un environnement où je me sens bien.

La vérité, c’est que ces petites stratégies fonctionnent plutôt bien ! Ce qui coûte le plus, en définitive, c’est la résistance au changement. Mais s’en rendre compte implique un certain recul, que nous ne nous autorisons pas toujours à avoir…

Une solitude

Aujourd’hui, j’ai envie d’évoquer la solitude. Celle que l’on cultive ou celle que l’on fuit.

Certains jours, il y a la solitude pesante qui laisse penser que nous sommes coupés des autres. C’est lorsque le doute s’invite et se répand comme un poison. Je pense alors à quel point je suis différente, inatteignable, ou pas assez… ceci ou cela. Le doute dresse comme une barrière entre les autres et moi, et pas moyen dans l’instant de réduire cette distance, quand j’aurais tant besoin d’une main tendue. Tellement envie que quelqu’un se penche sur ma douleur et veuille bien la porter avec moi, juste le temps de quelques minutes. On a le sentiment alors que personne ne pourra comprendre, ou que les autres n’ont pas le temps, que cela ne sert à rien et qu’il est vain de chercher à se mettre en lien…  

Il y a aussi des fois où la solitude est ce baume bienfaisant que l’on invite chez soi pour se ressourcer un peu. C’est souvent ainsi que je conçois les moments que je passe seule. Loin de m’effrayer, cette solitude m’attire terriblement, pour les promesses qu’elle me fait de pouvoir renouer avec moi-même. J’ai besoin d’elle pour apprendre à me recentrer, comme lorsque je m’assois le matin pour méditer. C’est alors le silence de la pensée, qui se pose dans le repos calme, shamata. C’est là que j’apprends à écouter.

Ecrire est une autre façon de le faire. Car l’écriture est un acte solitaire, même lorsqu’elle est pratiquée en groupe. J’ai ainsi le souvenir d’un atelier d’écriture que j’avais fait à Montréal, par un WE froid d’hiver. Nous écrivions dans une petite salle, et chacun s’était réfugié dans un coin de la pièce pour s’isoler. J’ai connu là des moments d’une intensité émotionnelle incroyable, à revenir sur ma propre histoire par les mots que je choisissais de coucher sur le papier. J’ai pleuré tant et plus, durant 2 jours, et j’étais seule avec moi-même tout ce temps, malgré la présence bienveillante des autres participants. C’est une solitude qui me plaît et me répare. Elle offre la possibilité de se mettre à l’écoute de soi et de ce qui nous porte, de ce qui nous blesse et de ce qui nous touche. On se met alors au diapason de la vie intérieure qui nous traverse, et cela permet de vivre davantage en cohérence avec la personne que nous sommes profondément. Les choix qui découlent de cette écoute seront tournés vers le nord que nous indique le cœur.

Une autre solitude est celle que je peux cultiver lors d’échappées hors du réseau amical et affectif connu. J’affectionne particulièrement ces moments où je pars, une fois par an, construire ailleurs un moment présent différent, hors de mes repères habituels. Il faut alors que je me rende disponible pour des expériences inédites, en dehors de ce que j’ai l’habitude de faire ou de voir. Je m’en vais marcher seule, ou je loge dans une petite ville que je ne connais pas. J’évite sciemment les rencontres un peu trop poussées, qui dépassent le « bonjour, bonsoir ». Je suis dans ma bulle, et j’ouvre mes yeux à des paysages étonnants. Un peu comme lorsque je voyage en train, un casque sur les oreilles pour écouter de la musique, le nez pointé vers les paysages derrière la fenêtre. Je laisse les pensées faire leurs divagations, me laissant dépourvue de désirs ou de souhaits. Simplement connectée à ce moment qui passe. Cette solitude, c’est un peu retrouver le sens du gratuit. On fait feu de tout bois, et l’on ramasse des petits bouts de quotidien, des miettes de vie, là où elles sont tombées. Sans chercher à faire autre chose que les toucher du bout des mains et s’immerger dans un présent qui ne demande rien. On respire, et sans être dans l’échange, on sent pourtant à quel point on fait partie du tout. C’est l’Universel qui se mêle à ces moments minuscules et nous relie alors au grand tout.

La solitude n’est finalement jamais que relative. Elle est discrètement liée à notre perception, celle qui nous laisse croire que nous sommes isolés des autres, ou au contraire reliés indissociablement à eux. Qui nous fait penser que nous n’avons de valeur qu’en lien avec ceux qui nous aiment ou pas, ou bien que cette valeur n’est pas fonction d’un état particulier. Nous pouvons aussi bien, dans ce cas, considérer que nous sommes une partie du tout, quel que soit notre caractère, notre vie, et nos choix. Et alors peu importe que les gens gravitent autour de nous ou pas, nous sommes intégrés à cette humanité jusqu’à la fin des temps.

Un ange passe…

Le soleil s’invite dans le jardin, et les mots de Grand Corps Malade sur ma page. Je me laisse happer par le flot des événements qui débarquent dans l’existence sans que le temps les arrête. J’ai envie de calme, de repos, de paix. C’est fou comme on se fait envahir par les successions de moments sans toujours savoir calmer cette incessante cascade. Le temps coule entre nos mains jointes, dans le geste dérisoire qui nous pousse à le retenir. Je me dis que cette volonté que nous avons, et qui trop souvent se heurte à des habitudes trop bien ancrées, la maladie vient parfois y mettre bon ordre. Car nous avons quelquefois trop peur de chambouler ce que l’on connaît, et seul, le mal a dit qu’il était temps de s’arrêter. Comme si c’était la seule solution. Il faut alors prendre le message, et si ce qui nous tombe dessus nous plaque dans le quotidien d’une chambre, d’une maison ou d’un appartement, c’est que le repos nécessaire vient de loin, et qu’il a attendu longtemps pour s’inviter chez nous… Il est possible de faire autrement. De ralentir sciemment, même si l’exercice est celui du funambule sur son fil, qui requiert concentration et volonté, audace et courage, et puis aussi un poil d’inconscience. Les miracle morning sont là pour ça, mais eux-mêmes sont par moment trop lourds à suivre, matin après matin. Il faudrait simplement s’autoriser à s’agenouiller devant une fourmi qui s’active, prendre vingt minutes pour regarder la mésange qui fait son nid, se promener sans jeter l’œil sur la montre… Cela paraît si simple, et c’est pourtant un véritable travail, une bataille sans merci contre la course du temps qui s’affole. Aux armes, citoyens ! Battez-vous pour préserver les moments suspendus, ceux où la vie respire sans même se soucier de survivre, les temps où la nature sourit et le corps s’étire.