Des mangues ? Des souvenirs…

J’ai craqué. Elles étaient là, sur l’étal, venaient d’Espagne (alors qu’on les trouve souvent depuis le bout du monde), bien dodues… J’ai pris les mangues, et les ai installées sur la table de la salle à manger, à la maison. Laé passe à côté, et me remercie. Cela faisait longtemps. La peau lisse, mangée d’un vert qui tire à l’orange. Plus que des fruits qui vont contribuer à notre apport sain de « 5 fruits et légumes par jour », ce sont de petits morceaux d’histoire qui se frayeront bientôt un passage dans nos palais ravis. C’est ainsi que nous vivons la suite de notre histoire. Car souvent, les gens qui connaissent notre chemin de vie nous demandent : « Ce n’est pas trop dur, de revenir en France ? D’être de retour sur la terre ferme ? ». Que non. Des aventures, bien que moins conventionnelles qu’un voyage en bateau, nous ont permis d’apprendre beaucoup, de cheminer puissamment, de découvrir encore ce pays incroyable qu’est la France. Mais il y a aussi les souvenirs, qui peuplent encore notre imaginaire, notre vécu.

Il arrive ainsi parfois que, durant la journée de travail, on échange Ben et moi au téléphone. Et tout à coup, l’un dit à l’autre : « Sais-tu où j’étais, ce matin ? A Grenade. Au mouillage face au coucher de soleil. » Et l’autre, invariablement, de répondre quelque chose comme : « C’est marrant, moi j’étais aux Iles Vierges, dans les Baths ». Le voyage continue, donc. Ce sont des flashs, des images, des moments de bonheur qui reviennent. Un peu à la manière de ces vieux qui ont encore leurs souvenirs pour vivre des aventures que leur corps leur refuse désormais. Si bien que ces mangues, ce sont des souvenirs vivants. Ben les découpera, comme il le faisait sur le bateau lorsque nous les ramassions au sol en Martinique, en Dominique ou ailleurs. Il en fera des dos de hérisson, pour que chacun puisse couper un petit cube bien dense de chair sucrée. Et on se délectera du fruit avec en tête ces moments de vie qui nous appartiendront toujours.

Déclaration

J’aime quand tu regardes un film émouvant, et que tu te mets à pleurer à chaudes larmes derrière tes lunettes embrumées. J’aime quand tu racontes qu’aux urgences pédiatriques, tu fais la tournée de tes petits patients pour un dernier câlin avant de partir. J’aime quand tu te lèves grognon et que tu accuses le monde de tourner à l’envers juste parce que tu n’as pas pris ton café. J’aime quand tu joues la provoc’ et que tout est prétexte à conflit parce que c’est ce qui t’amuse. J’aime te voir sourire de toutes tes dents parce que tu viens de faire une blague lourde et que tu en es fier. J’aime le regard qui te traverse le visage quand tu es à la barre d’un bateau qui file dans le vent. J’aime te voir développer des trésors de patience pour aider une personne âgée à sortir d’une voiture. J’aime quand tu appelles ton chien et que tu fourres tes mains dans son poil pour lui montrer que tu l’aimes. J’aime te voir féliciter un de tes fils, quand il vient de t’annoncer une petite victoire et que tu es heureux pour lui. J’aime te voir bricoler, et te passionner pour le montage d’une cabane pendant des heures. J’aime voir tes grandes mains caresser doucement la joue d’un tout petit bébé. J’aime ce poing que tu tiens contre ton menton quand tu réfléchis profondément. J’aime te voir dévorer des polars nuit et jour, quand tu es pris par l’histoire. J’aime quand tu te plains de te faire harceler par ton petit chien, et que tu cèdes toujours en le prenant sur tes genoux. J’aime t’entendre me raconter que la rando se termine bientôt, quand je sais qu’il reste encore 20 bornes à faire. J’aime savoir que tu es près de moi quand je me réveille. J’aime quand tu rentres d’une nuit de garde, épuisé mais ravi d’avoir soigné des gens. J’aime t’entendre évoquer que tu as calmé un enfant pour lui faire un soin en lui chantant la Reine des Neiges. J’aime écouter ta voix quand tu chantes à l’église où tu ne mets presque jamais les pieds. J’aime savoir qu’on a fait tout ce chemin ensemble. J’aime ton odeur et je l’aimerai toujours. J’aime quand une jolie fille te fait du gringue, et que tu t’en rends compte. J’aime tes fossettes, quand je dis des bêtises et que ça te fait marrer. J’aime savoir que tu existes. J’aime quand tu m’énerves, et que ça ne dure jamais. J’aime quand tu cuisines, rarement, et que tu mets les petits plats dans les grands avec une autosatisfaction manifeste. J’aime ce sens de l’accueil que tu cultives avec tout le monde. J’aime te voir bosser comme un fou et que ça te rende aussi heureux. J’aime ces marches sur la plage avec toi, quand il fait froid et qu’on est les seuls à braver le vent et à s’en délecter. J’aime chaque minute passée à tes côtés, et j’aimerais que ça dure encore longtemps. J’aime me rappeler que cela fait déjà 23 ans qu’on s’est rencontrés.

Comme un air de changement…

Depuis quelques semaines, une chose m’intrigue. Au travail, je vois des salariés qui s’enfoncent dans une dynamique qui les mène droit vers des problèmes de santé, des soucis familiaux, sans qu’ils semblent rien pouvoir faire pour arrêter le train qui les emporte. On dirait qu’ils sont prisonniers de leur propre logique, et que, même conscients de se faire une vie où ils ne respirent plus, ils éprouvent le besoin de poursuivre malgré tout. Cela en dépit de toute logique apparente. J’ai observé le même phénomène chez moi. Addict que je suis à l’activité, je remplissais ces derniers temps mes heures de tâches et de rendez-vous, tout en me plaignant du peu de temps qu’il me restait avec moi-même. Surtout, je m’étais mise à faire des shiatsus autant que je le pouvais, estimant que je devais m’entraîner. Mais par dessus tout, convaincue que cette pratique apporte bien être et soulagement, j’ai voulu accompagner des personnes proches de ces gestes qui libèrent et défont les nœuds que les émotions inscrivent dans le corps. Ce faisant, j’ai vécu un phénomène de vases communiquants que je n’avais pas anticipé ! Je donnais mon énergie, que je n’avais pourtant pas en quantités illimitées, à ces personnes qui vivaient des moments difficiles et chargés en émotions négatives. Chaque fois, je me suis retrouvée exsangue, avec des pensées pesantes et dénuées d’entrain. Que se passait-il donc ? Mon prof de shiatsu me l’a expliqué : j’avais absorbé toutes ces énergies, faute de savoir m’en protéger. Je vais donc apprendre à le faire, pour éviter de me retrouver épuisée ainsi. Mais ce que je retiens surtout, c’est cette nécessité que j’avais de changer de comportement, et le constat de ma propre incapacité à le faire. Mon corps me disait de me reposer et de me recharger en énergie, mais je continuais à disperser celle-ci pour faire perdurer ma petite logique mortifère !

Finalement, je crois qu’on a tous une appétence plus ou moins consciente pour des schémas parfois négatifs, mais rassurants car connus. Changer demande de secouer le filet des habitudes pour en voir sortir un « moi » différent, avec lequel on n’est pas sûr de vouloir s’accoquiner ! Changer signifie que l’on accepte, par ailleurs de reconnaître qu’on a peut-être tort de faire ce que l’on fait, et qu’il faut se mettre davantage en lien avec notre corps et ses besoins. Une preuve qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, et qu’il est important de redresser la barre, sous peine d’avoir un petit retour de réel 😉 La vie nous rattrape toujours, et ce qu’on lui impose, elle finit toujours par le tordre et nous le mettre sous le nez. Elle nous force à y voir plus clair. Libre à nous, ensuite, de changer… ou pas ! Dans mon cas, j’ai décidé d’écouter les signaux de plus en plus fort que mon corps envoyait. J’ai dit non à certains engagements, j’ai reporté ce qui pouvait l’être et priorisé différemment mes activités. J’ai remis au centre de mon temps les choses qui étaient les plus importantes à mes yeux, et j’ai tâché de me créer un environnement où je me sens bien.

La vérité, c’est que ces petites stratégies fonctionnent plutôt bien ! Ce qui coûte le plus, en définitive, c’est la résistance au changement. Mais s’en rendre compte implique un certain recul, que nous ne nous autorisons pas toujours à avoir…

Julia’s secret

Ce n’est pas de Victoria, qu’il s’agit! C’est de Julia ! On quitte la lingerie, je vous emmène dans les bouquins. C’est mon petit jardin, mon domaine, mon royaume. Julia, c’est bien sûr mon amie invisible: Julia Cameron. Elle qui m’accompagne en écriture chaque fois que je pars en voyage au pays des mots. Vingt ans que l’on se fréquente, par livre interposé ! Dès que j’ai un coup de Trafalgar, que le doute m’étouffe, que la vie se met à avancer de traviole, la voilà qui débarque, avec ses encouragements et sa boîte à outils. J’ai plusieurs livres d’elle, en anglais ou en français selon qu’une traduction était disponible ou pas. Je me vautre dans ses phrases comme on se couche sur un canapé moelleux, une tasse de thé japonais à portée de bouche. Avec elle, pas besoin d’être maquillée, de paraître plus belle qu’on est, de prétendre être ce qu’on n’est pas. Je me contente de lire les mots et de reconnaître ce que j’ai besoin d’y voir. C’est aussi bête que ces phrases où elle fustige notre besoin de toujours mettre l’écriture sur un piédestal. Un excellent moyen, en vérité, de s’arrêter d’écrire ! Car la plume doit pouvoir traverser tous les temps, un peu comme le pèlerin sur le chemin. Elle doit arriver à se traîner sur la page par toutes les humeurs, tous les styles, tous les échecs. Écrire, comme une façon de respirer. C’est comme ça que je considère la chose. C’est pour cela que je monterai mon premier atelier d’écriture bientôt : pour faire circuler cette idée qu’écrire peut être un moyen d’exister, tout simplement. On écrit comme on se lave les dents ou comme on fait l’amour. C’est une forme de routine de l’esprit, d’apprentissage du cœur, qui se nourrit de mots, un jour après l’autre. Point besoin d’être un grand écrivain pour écrire. Juste le goût de se trouver au détour d’une phrase, d’un point virgule…

J’aime par dessus tout l’idée qu’écrire chaque jour revient à installer une hygiène personnelle pour soigner son âme. J’écris pour ne pas avoir à pleurer, ou alors pour pleurer en présence d’une compagnie bienveillante : celle de la page qui reçoit les mots. J’écris pour crier, hurler et insulter ce gars qui m’a mise en colère, des mots de silence que j’envoie en l’air pour envoyer un uppercut invisible à l’impudent. J’écris pour regarder passer le quotidien sous mes yeux, comme une musique sans notes et qui s’émerveille d’un pelage de chat ou d’une lumière sur les roses près de moi. Et chaque jour où je n’écris pas (même s’ils sont rares), quelque chose manque, une bougie ne s’est pas allumée quand il aurait fallu, une partie de moi reste endormie.

J’ai grand besoin de partager cet émerveillement quotidien. De proclamer haut et fort qu’écrire n’a rien de sorcier et peut changer une vie. J’ai toujours le cœur qui se serre un peu lorsque je rencontre des écrivains qui se galvanisent de « savoir » écrire. Comment peut-on ainsi se vanter de faire quelque chose qui est à la portée de chacun ? Car je trouve que, dès lors qu’on peut tenir un stylo, on « sait » écrire. Et encore, il est même arrivé que des personnes (comme Jean-Dominique Bauby, auteur du livre magnifique Le Scaphandre et le Papillon), atteintes du Locked In Syndrome, dictent des livres avec les paupières ! Un écrivain est juste quelqu’un qui écrit. Et cela ne lui donne qu’un droit : celui de se dire dans les mots. L’auteur est celui qui publie, quelles que peuvent être les raisons qui mènent l’éditeur à le publier, et parfois même indépendamment de son talent supposé.

Dans les ateliers d’écriture que je compte animer, chacun sera égal à son voisin sur la partition de l’écriture. Chaque note apportera le son requis au morceau écrit par le groupe. Simplement, on apprendra à mettre l’écriture à sa place : au centre de la vie, et non dans celui d’un ego ou sur un bureau d’éditeur. Il me ferait plaisir d’ouvrir ainsi quelques fenêtres à ceux qui pensent qu’ils n’ont le droit écrire que des chefs d’œuvre, ou bien ne pas écrire du tout.  Adopter l’écriture comme une petite habitude de plus et qui apportera tellement au quotidien, voilà qui pourrait tout changer. Voilà ce que je me propose d’aider un groupe à découvrir. Pour qu’écrire devienne une respiration, un mouvement qui ne demande rien à personne mais qui constitue un moyen de vivre autrement. Plus heureux.

 

Plus que 2 jours !

Profitez du lancement de Tricots, Flingues et Bras Cassés: vous avez jusqu’à vendredi pour l’obtenir gratuitement en format électronique !!! Un bon moyen de passer l’été en riant un peu, sous les parasols ou les cocotiers 😉

Et la version brochée sortira dans les prochains jours, pour ceux qui préfèrent feuilleter les bouquins plutôt que les lire sur une liseuse. 

Bonne lecture!

Nouveau né à l’horizon !

Grande nouvelle à tous ceux qui ont suivi les péripéties de mon dernier roman, et à tous ceux qui aimeraient le lire ! J’ai décidé de publier Tricots, Flingues et Bras cassés d’ici quelques semaines sur Kindle. Un choix qui me permettra peut-être d’avoir la satisfaction de faire marrer des lecteurs ! Je vous tiens au jus, et vous souhaite un joyeux premier mai !

PS je vous promets une 1ère de couv à tomber par terre, grâce au talent de l’illustratrice qui s’est chargée de faire les dessins de mon bébé: Félicie Krikler !

Salon des Curieux Voyageurs

Bonjour à tous ! Pour ceux qui sont dans la région de Saint Etienne, je serai au salon des Curieux Voyageurs qui s’y tiendra du 9 au 11 mars prochain, au stand de la Librairie de Paris. Ce sera l’occasion de signer quelques bouquins, mais surtout de rencontrer ceux d’entre vous qui ont des projets de voyage 😉

Au plaisir de vous voir à cette occasion !

merci

Merci à cette personne des éditions Grrr…Art qui m’a écrit ce petit mot manuscrit si encourageant sur le roman que je lui avais envoyé. C’est un baume sur mon coeur, après des mois de réponses négatives. Et même s’il ne peut pas le publier, ce livre, il m’a donné de l’énergie pour terminer celui que je suis en train d’écrire. Et puis un 2ème merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour leur retour extra et Ô combien constructif et positif, ce sont des plumes supplémentaires sur mes ailes de vent !

Questions/réponses

Bonjour à tous ! 

Etant donné les nombreuses questions que l’on me pose lorsque je rencontre des lecteurs de mon dernier livre sur la voile, j’ai ajouté une rubrique Questions/Réponses dans l’onglet Rubrique Livres. L’idée est que vous partagiez vos questions, et aussi vos expériences concernant la vie en mer, la navigation, mais aussi les voyages que vous comptez faire ou que vous avez faits: sur mer, sur terre et même dans les airs ! 

N’hésitez pas à me faire parvenir le tout dans un commentaire sur un article, et je me ferai un plaisir d’alimenter la rubrique !