Emmanuel Lepage, le magicien aux doigts d’or

Planche issue du livre Voyage aux îles de la Désolation d’Emmanuel Lepage
(ed. Futuropolis, 2011)

J’ouvre le livre. Ça fleure bon le neuf. Pages de qualité, épaisses, brillantes. Les images, contrastes en noir et blanc, ou les couleurs tantôt passées, tantôt flambantes. Je me laisse porter. J’entre en images comme on le fait en religion. Emmanuel Le page, je l’ai découvert il y a un mois. Quand mon cousin m’a offert une de ses BD. Un printemps à Tchernobyl (ed. Futuropolis, 2012). Et là, dans son Voyage aux îles de la Désolation(ed. Futuropolis, 2011), l’aventure est encore plus intense. Vibrante. Discrète et sauvage. Alors pour vous raconter tout ça, je vous laisse mettre en musique de fond les chansons de ce cher Yann Tiersen, de l’album Eusa. Je trouve que ces mots mis en note s’accordent parfaitement aux paysages désolés des fenêtres ouvertes par Emmanuel dans son œuvre (le mot est juste). Voyage aux îles de la désolation. Comme dans tous ses livres, on y entre par la petite porte. Celle d’un quotidien balayé par un coup de crayon juste, épuré, et terriblement précis. Emmanuel décore chaque planche de détails qui rendent vivants les scènes qu’il décrit. On sent les odeurs, on pourrait toucher ce comptoir, et les yeux se promènent sur les images comme on ne pourrait pas le faire lorsqu’on regarde un film. Là, on peut. On a le droit (le devoir ?) de parcourir le carré dessiné pour en absorber tous les menus indices. Je me laisse embarquer sur le Marion Dufresne, et je sens les odeurs de fioul dans la salle des machines. Quelques plans de la chambre maltraitée par la houle, et j’aurais presque le mal de cœur. C’est juste incroyable, de rentrer ainsi dans une histoire comme on visite un pays. C’est une première, cette expérience, et j’en remercie chaleureusement l’auteur, car lire ces livres, c’est comme se poser un moment sur l’épaule du dessinateur pour vivre avec lui ces moments uniques qu’il a traversés, le crayon à la main. 

Et quel crayon ! Il dessine comme il regarde, avec une application et un sens de l’observation digne d’un appareil photo ! Je suis avec lui sur cette colline où il découvre ces centaines de manchots qui font un boucan d’enfer, ou lorsqu’il se tient sur le pont du bateau qui lui fait découvrir les rivages de la Réunion. J’écoute les craquements du bateau et je peux presque toucher les visages des gens qu’il croque sur le vif. Car il aime les gens, cela transpire dans le moindre des traits avec lesquels il les représente. Les gens qu’il arrive à poser sur le papier sont des personnages qu’il sait décrire à merveille du bout de la plume ou des mots. Et cela fabrique un joyeux nuage de personnalités qui, chacune, a son rôle à jouer dans l’histoire. Emmanuel est un magicien avec pour baguette magique un crayon de papier. Et pour peindre le monde, tous les outils sont bons. Il éclaire un ciel polaire d’un déchirement de ciel aquarelle, réveille un paysage insulaire avec des pastels de couleurs vives, dépeint une ambiance survoltée à coups de crayons anthracite… A chaque sujet sa couleur, son medium, son parfum. 

Je sors de chaque livre un peu hébétée, vaguement déçue que l’histoire se termine. Empressée d’aller rejoindre l’aventure suivante, jusqu’au moment où j’aurai tout absorbé, tout parcouru, et qu’il me faudra attendre un peu d’oublier pour m’y replonger avec délices. Sauf si avant cela je cherche une inspiration pour une couleur à poser, ou j’ai simplement besoin d’avoir une image à contempler… Merci Emmanuel de déposer ainsi une jolie poésie sur tout ce que tes crayons touchent. La beauté de ce qu’ils racontent sont un hymne à ce qui vit. J’y retournerai quand j’aurai du vague à l’âme, accompagnée de Yann Tiersen, pour ressentir la vie plus intensément, et m’emplir les poumons de cet air marin qu’Emmanuel a su mettre sur papier. 

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Gérer la fatigue après un cancer

“CANCER RELATED FATIGUE”

traduction du texte d’Elena Miller

https://zenpsychiatry.com

Je suis le blog d’Elena Miller depuis la publication d’un article déchirant qu’elle avait écrit après l’annonce de son cancer (https://zenpsychiatry.com/love-is/). Cette femme dans la vingtaine a été diagnostiquée il y a quelques années d’un cancer très agressif qui a interrompu brutalement sa vie de jeune interne. Elle a subi un traitement épuisant et est actuellement en rémission. Pour autant, comme tant de personnes atteintes par cette maladie, elle a ensuite dû faire face à la fatigue écrasante qui englue le quotidien des malades qui ont survécu à un cancer. Elle qui était extrêmement active auparavant a dû apprendre à restreindre la plupart de ses activités pour simplement parvenir à gérer un quotidien où elle ne faisait que survivre. Elle a alors pris le problème à bras le corps pour inventer une méthode afin de sortir de ce cycle infernal d’épuisement post cancer. J’ai trouvé son article passionnant, sachant qu’en tant que médecin, elle a bien documenté ses recherches et a expérimenté elle-même ce qu’elle conseille. J’ai donc décidé de traduire son article: il est long, mais très complet. Je lui ai demandé l’autorisation de publier cette traduction, et elle m’a donné son accord. Voici donc en français la méthode qu’Elena Miller propose pour rompre le cercle vicieux de la fatigue pour les personnes qui ont survécu à un cancer. Je vous prie par avance de pardonner les maladresses éventuelles de la traduction, j’ai fait de mon mieux pour être fidèle à son propos tout en restant compréhensible. N’hésitez pas à partager cet article si vous pensez que des personnes de votre entourage pourraient y trouver des éléments à reprendre pour elles-mêmes. Bonne lecture ! Fanny

Si vous avez fait l’expérience de la fatigue après un traitement pour soigner un cancer, je parie que vous feriez n’importe quoi pour vivre cela le jour qui suit:

C’est le matin, votre réveil s’éteint. Vous ouvrez les yeux. Vous êtes un peu fatigué, mais c’est une fatigue « normale » et vous êtes prêt à faire face à la journée. Vous vous habillez, prenez une douche, vous vous faites un petit déjeuner sans y penser, et vous partez pour votre travail. Vous recevez le message d’un ami vous invitant à un concert pour le weekend qui suit et vous pensez « Ça va être sympa ! ». Vous répondez que vous viendrez. 

Après le travail, vous filez à la gym et vous suivez un entraînement. Vous arrivez à la maison, satisfait d’avoir eu une journée productive, d’avoir gagné un peu d’argent et de vous être senti comme un être humain globalement normal, sociable. Bien sûr, vous avez eu votre lot de petits soucis, comme le stress d’une échéance au travail, et l’embouteillage dans lequel vous avez été coincé sur le trajet du retour, mais vous vous sentez heureux de pouvoir expérimenter des problèmes « ordinaires » plutôt que ceux qui bousculent tout autour d’eux. 

Pourtant, si le titre de cet article vous interpelle, il est probable que votre situation ressemble davantage à cela :

Vous êtes un jeune adulte dans la vingtaine, la trentaine ou la quarantaine, et vous étiez dans une autre vie une personne très performante. Et puis un jour, vous avez un cancer. Vous parvenez à surmonter la douleur émotionnelle reliée au diagnostic, et la douleur physique due au traitement, mais vous restez bloqué dans un autre type de douleur : la torture lente, insidieuse, due au fait de vouloir revenir à votre vie d’avant, sans avoir l’énergie pour le faire. 

Vos RV avec le médecin se sont espacés parce que, bon, vous êtes en rémission, et votre traitement a pris fin. Vous paraissez même « bien », personne parmi ceux qui vous voient ne pourrait deviner que quelque chose ne tourne pas rond, sous la surface. Vous ne vous sentez pas « bien », pourtant. Pas du tout. Même des activités de base comme cuisiner, prendre une douche, faire le ménage vous inspirent un sentiment de panique parce que vous n’avez aucune énergie pour les faire. 

Voici les composantes du problème : vous avez désespérément envie de revenir à votre travail, à l’école (parce que vous avez besoin de sens et d’objectifs dans cette vie que vous avez tant lutté à préserver) mais vous êtes simplement incapable de faire les choses les plus basiques. Vous êtes stressé au sujet de l’argent. Vous êtes fatigué de redouter ces moments où vous recevez une invitation (« Oh mon Dieu, comment vais-je avoir de l’énergie pour ça, mes amis vont finir par se lasser de m’entendre dire « non » à tout, tout le temps »). Pendant ce temps, vous voyez vos amis, collègues et proches poursuivre leur vie, tandis que vous stagnez complètement. Et si vous avez à regarder une fois de plus un voyage sur Instagram pour apprendre combien Bali est magnifique à cette époque de l’année, vous pourriez aussi bien vous tirer une balle ! 

Voici le genre de choses que les gens disent sur leur fatigue après un cancer :

« Ça vous frappe comme un mur de pierre une fois que votre corps essaie de se remettre, une fois que toutes les tâches ménagères, les demandes familiales et les objectifs pour le travail ont été gérés. Vos os sont douloureux, votre tête est lourde, et votre dos se languit de ce doux lit dans lequel vous pouvez vous rouler en boule le plus longtemps possible. »

«  La fatigue n’est pas quelque chose que vous pouvez mettre au placard – loin de la vue et des pensées. Elle s’impose généralement, vous accablant malgré tout le « repos » que vous donnez à votre corps. Avec la fatigue, on est obligé de s’allonger une fois le matin et une fois l’après-midi, pour avoir simplement assez de réserve d’énergie pour plus tard. »

« Préparer mon propre repas était épuisant – j’avais besoin d’une sieste d’une heure ou de me reposer avant de me mettre à cuisiner le repas. C’est une fatigue différente de la fatigue habituelle qui ne dure généralement pas. J’étais trop fatigué pour même seulement dormir. Je faisais des nuits blanches, ce qui me laissait encore plus fatigué le jour suivant. »

« Les gens me disent tout le temps : « tu as l’air bien » et « tu n’as pas l’air malade ». Mais les gens me voyaient dans mes bons jours. D’une certaine manière, quand je vois des gens, je me sens heureux et j’imagine que cela se voit, et que cela masque la fatigue. »

« Il y a des jours où je me bats vraiment. Parfois, j’ai l’impression d’être un plongeur en eaux profondes portant une ceinture de plomb. Alors que j’essaie de traverser le fond de l’océan, j’ai besoin du moindre gramme d’énergie pour simplement bouger un pied. »

Le type de fatigue qui vous assomme après un traitement pour le cancer est très loin de ce qu’un être humain typique pourra jamais expérimenter. Ce n’est pas « Oh, j’ai couru un marathon hier, et je suis un peu fatigué », ou « Je suis resté éveillé tard la nuit dernière et je suis bon pour une sieste ». C’est la sensation glaçante de ne pas avoir assez d’énergie pour effectuer les fonctions de base comme de fixer quelque chose avec les yeux, digérer de la nourriture, avoir un cœur qui bat normalement ou respirer. 

C’était ce que je vivais il y a 1 an et demi. C’était particulièrement douloureux, par opposition à ce que j’avais l’habitude de faire avant mon cancer, quand j’étais une personne très performante. J’étais réputée pour être une personne qui avait toujours un projet en cours (écrire, projets de business…), en plus des exigences liées à mon statut d’interne en médecine. J’étais aussi sportive. Je jouais dans une équipe de water polo et je me tenais en forme avec la natation, le surf, le snowboard… 

Début 2017, j’étais à ce stade que beaucoup de survivants du cancer connaissent. Je venais de finir 6 mois plus tôt les traitements, et je croyais que je n’avais plus d’excuse pour me sentir si mal. J’avais beaucoup de douleurs chroniques. C’était la fin de ma pension d’invalidité parce que je n’étais plus en traitement. Mes économies fondaient et je n’arrivais pas à voir comment aller mieux et revenir à une vie normale pour travailler et subvenir à mes besoins (sans parler de faire des tâches simples comme cuisiner et faire mes activités). Je me demandai sérieusement si j’étais juste « paresseuse » à ce moment là, et s’il allait falloir accepter cela pour le restant de mes jours. 

A ce moment-là, je trouvais cela très déprimant, mais je pensais aussi qu’il devait y avoir un autre moyen. Si bien que je me suis attaquée à ce problème comme j’ai toujours eu l’habitude de le faire dans ma vie : par à une recherche obsessive et beaucoup de planification. Si bien que, alors que je luttais pour me représenter ce problème d’énergie post cancer, et que j’ai réalisé que la plupart des informations disponibles en ligne n’étaient pas spécifiques et ne servaient à rien (« faites attention à faire de l’exercice, prenez du repos,  parlez à votre médecin… »), j’ai alors brandi mon petit carnet de moleskine et mes stylos en couleur, et j’ai commencé à aborder ce problème de façon méthodique. J’ai lu une douzaine de livres et des centaines d’articles et j’ai créé un petit programme pour moi-même. Après 3 mois, je me sentais assez bien pour commencer à travailler à temps partiel. 

Voici comme je m’y suis prise… 

Quand vous avez une fatigue après un cancer, cela peut sembler sans espoir. Mais je vous le déclare: ce n’est pas vrai. Seulement aller mieux demande un petit changement de mentalité. Il n’y a pas de formule magique, et cela vous demandera un gros travail. Cela demandera également beaucoup de patience, et du temps. Si vous suivez les principes qui suivent et que j’ai élaborés pour vous, vous n’irez pas mieux après une semaine, mais vous vous sentirez probablement mieux dans un mois, beaucoup mieux après 3 mois, et peut-être totalement mieux dans un an. 

Je sais qu’une année, cela peut paraître long, mais c’est plus court que jamais. Vous êtes déjà passé par le pire. Commencez dès maintenant à faire des démarches pour aller mieux maintenant, et avec le temps, ces petites améliorations vont s’accumuler.

ETAPE 1 POSEZ LES BASES

J’ai appris beaucoup sur la fatigue après un traitement contre le cancer en lisant sur ce que je considère comme un schéma de symptômes très similaires au syndrome de fatigue chronique et à la fibromyalgie. J’ai lu un certain nombre de livres sur le sujet, et un de ceux-là m’a beaucoup aidée (je l’ai référencé dans un prédécent article : From Fatigued to fantastic, par Jacob Teitelbaum). Dans son livre, Jacob Teitelbaum explique très bien la biologie associée à la fatigue chronique et la fibromyalgie. En gros, ces 2 syndromes ne sont pas des maladies en soi, mais ont pour origine un certain nombre de problèmes courants, par exemple : certaines infections virales, un trauma physique ou un accident, une maladie. Quand votre corps est submergé par un problème qu’il ne peut gérer, il utilise un mécanisme de protection en s’éteignant, de la même façon que vous pouvez allumer toutes les lumières dans votre maison, et lorsque vous utilisez en même temps le sèche-cheveux et l’aspirateur, les plombs vont sauter. Vous n’avez pas à proprement parler « abîm » le système électrique dans votre maison, mais les fusibles ont sauté pour le protéger. La même chose se passe pour votre corps. Votre corps n’est pas vraiment brisé ou abîmé, mais vos plombs ont sauté et votre corps s’est éteint pour se protéger. Le problème, c’est que longtemps après que les dommages physiques ont été résolus (dans ce cas précis la chimiothérapie, la radiothérapie ou d’autres traitements contre le cancer), votre fusible est toujours grillé pour protéger votre corps. 

J’ai pris la supplémentation recommandée par le Dr Teitelbaum dans son livre : 

  • Ribose : 5g 3 fois par jour. Le ribose est un sucre qui est à la base de la production d’ATP, la molécule énergétique de notre corps. 
  • De la poudre de multivitamines : 1 cuillerée par jour

Un petit mot sur les médicaments prescrits contre la fatigue :

Les médicaments prescrits contre la fatigue, en particulier les stimulants comme Modafinil, Adderall et le Ritalin, peuvent être extrêmement utiles contre la fatigue. J’ai réussi mes examens pour devenir Docteure en psychiatrie l’an dernier grâce à ces stimulants. Je n’aurais sans cela jamais réussi à passer un test de 8 heures, plus l’heure de conduite pour y aller et en revenir, sans cette aide. 

Cependant, les stimulants vous donnent une énergie qu’ils vous « empruntent » et qu’il va falloir rendre, de la même façon que le café vous emprunte de l’énergie (et peuvent vous donner un regain de pêche sur le moment, mais vous aurez besoin de plus en plus de doses pour avoir le même effet). Vous devriez aussi compter sur les stimulants en vente libre et des suppléments comme la tyrosine dans cette catégorie. Les stimulants ne changeront pourtant pas le problème sous-jacent. 

C’est pourquoi je recommande l’utilisation des stimulants pour la fatigue ponctuellement selon les besoins (par exemple, si vous avez un RV avec le médecin auquel vous devez absolument vous rendre, ou vous devez arriver à passer au travers de votre journée de travail, ou encore si vous avez un événement social que vous ne pouvez manquer) plutôt que de vous reposer sur ces stimulants au lieu des stratégies que je décris plus bas. En général, si vous sentez fatigué à ce point, cela signifie sans doute que vous avez besoin de vous reposer. 

ETAPE 2 RETROUVER UNE BONNE ROUTINE DE SOMMEIL

Vous avez besoin de dormir, et probablement beaucoup plus qu’une personne ordinaire. Voilà bientôt 2 ans que je ne suis plus de traitement et je dors encore un nombre d’heures démesuré. Si je participe à un moment convivial qui requiert que je doive sortir de la maison après 21 heures, je commence à être un peu paniquée. Quand je dis aux gens à quelle heure je vais me coucher, ils me disent parfois : « Tu dois vraiment te lever tôt le matin ! ». Eh bien non. Ce n’est pas ce qui arrive. 

Alors acceptez simplement le fait que vous aurez besoin d’une tonne de sommeil. Lorsque je suivais mon traitement, j’étais généralement éveillée seulement 8 heures par jour. Oui, cela signifie que je dormais 16 heures par jour, généralement en rampant de mon lit vers midi et ensuite comptant les heures où j’allais pouvoir dormir de nouveau vers 20h pour me sortir de la misère où je me trouvais. Je dors probablement 8 à 9h par nuit aujourd’hui, mais je me mets toujours au lit une ou deux heures avant pour pouvoir me reposer et lire au lit. Si j’ai moins que ces heures de sommeil, cela finit par me rattraper et je me commence à me sentir mal. 

Donc vous avez besoin de dormir, et vous avez probablement besoin de dormir plus d’heures que la personne moyenne. C’est pourquoi vous avez absolument besoin de préserver votre temps de repos et de suivre une bonne hygiène de sommeil. Cela comprend les éléments suivants:

  • Suivez une routine de sommeil régulière : aller à l’heure toujours vers la même heure et vous lever à peu près au même moment chaque jour
  • Pas d’écran (TV, téléphone, tablette, etc.) une heure avant le coucher – à cause de la lumière bleue émise par les écrans et qui envoie à votre corps le message que c’est la journée, supprimant la libération habituelle de mélatonine (hormone impliquée pour l’endormissement, NDLT) par le cerveau
  • Gardez votre chambre fraîche et sombre – utiliser des rideaux occultants si nécessaire, car toute lumière peut interférer avec un sommeil réparateur
  • Utilisez votre lit uniquement pour dormir, et non pour d’autres choses comme regarder la TV ou travailler. Tout au plus, vous pouvez lire un roman reposant, mais rien de stressant ou de stimulant
  • Si vous ne pouvez vous endormir après un temps raisonnable (environ 30mn), sortez du lit et attendez d’être de nouveau fatigué avant d’y retourner (rappelez-vous : vous voulez associer le lit avec la relaxation et le sommeil, plutôt que vous sentir stressé de ne pas arriver à dormir). 

Maintenant, les mesures d’hygiène du sommeil ci-dessus sont les droits d’entrée, mais elles ne sont souvent pas suffisantes. Pour certaines raisons, la fatigue liée au cancer est aussi associée à une frustrante incapacité à avoir des nuits de sommeil reposantes. Si vous avez été dans cette situation, vous savez ce que je veux dire – qu’il y a une différence entre se sentir « exténué » et « fatigué ». Vous êtes toujours exténué, mais jamais fatigué… Chaque jour épuisant, monotone, se fond dans une nuit monotone. Si c’est le cas, envisagez d’en parler à votre oncologue, ou votre médecin traitant, pour avoir un somnifère. Les médicaments peuvent être utiles pour vous assurer suffisamment de sommeil pour que votre corps puisse récupérer la nuit, parce qu’un mauvais sommeil aura pour effet d’exacerber la douleur et la fatigue. 

Donc, à présent, vous avez les éléments de base :

  • Prendre du ribose 5g, 3 fois par jour
  • Prendre quotidiennement une poudre de multivitamines de qualité
  • Avoir un nombre suffisant d’heures de sommeil (probablement plus de 9-10h) par jour, grâce à des prescriptions ou des médicaments en vente libre au besoin. 

A présent, voici ma partie préférée…

ETAPE 3 LE SYSTÈME DE POINTS D’ÉNERGIE D’ELENA MILLER

J’ai reçu beaucoup de questions en réponse à mon dernier article sur la référence aux points d’énergie que j’ai utilisé pour moi-même – nous l’appellerons le système de points d’énergie d’Elena Miller. C’est basé sur un concept que j’ai appris à travers ma recherche et que j’ai appelé « entraînement ». 

Le concept est le suivant : lorsque vous avez une fatigue liée au cancer, beaucoup de gens vont (inutilement) vous suggérer de sortir du lit et d’en faire davantage… Mais le problème se situe à l’opposé : le problème, c’est que vous en faites trop. Les personnes qui ont une fatigue liée au cancer, particulièrement celles qui sont habituellement très performantes, se font prendre dans un schéma prévisible. Vous vous imposez les mêmes règles que vous aviez avant d’avoir le cancer. Vous en faites trop pendant un jour ou deux, ensuite vous êtes épuisé, vous tombez malade, passez une semaine au lit… Le cycle se poursuit et votre niveau d’énergie devient totalement imprédictible, vous empêchant de planifier l’avenir. Serez-vous capable d’aller à l’anniversaire de votre ami le WE prochain ? Ou d’aller travailler demain ? Ou de partir pour ces vacances planifiées un mois plus tard ? Vous n’en avez aucune idée, ce qui est frustrant et handicapant. 

Par dessus le marché, les gens qui n’ont aucune idée de ce dont ils parlent vont inutilement vous suggérer : « peut-être que tu devrais faire plus de sport ». Oh, vraiment ? Merci pour cette suggestion évidente qui ne m’a jamais effleurée, parce que ce n’est pas comme si je n’y pensais pas à chaque seconde éveillée de ma journée. Oui, vous savez que vous êtes supposé « faire de l’exercice » mais comment êtes-vous supposé le faire quand le seul fait de préparer le petit déjeuner est tellement épuisant que vous avez besoin d’une sieste ensuite ? 

La réponse est la suivante : la clé pour sortir de ce cycle est d’en faire MOINS, mais de le faire CHAQUE JOUR. 

C’est tellement important que cela vaut la peine de le répéter : vous en faites MOINS, mais vous le faites CHAQUE JOUR

Ensuite, vous allez sauver un peu d’énergie chaque jour pour faire du sport (juste quelques minutes au début), et ensuite vous augmenterez doucement la quantité d’exercice que vous ferez au fil des semaines et des mois. Et vous ne faites pas cela au hasard : vous le faites grâce à une planification fastidieuse. D’où le système de points énergie d’Elena Miller. 

Le principe est le suivant : Un point est assigné à chaque heure d’éveil chaque jour, en lien avec la quantité d’énergie à dépenser pendant cette heure. Il n’y a que 4 niveaux de points. Les voici :

  • 0 points : dormir ou rester au lit les yeux fermés
  • 1 point : lire ou regarder la TV, ou d’autres activités sans réflexion, comme de rester allongé
  • 2 points : être assis ou debout et faire une activité plus impliquante, comme d’envoyer des emails, cuisiner, nettoyer, prendre une douche, manger, etc. 
  • 3 points : n’importe quoi en dehors de la maison (littéralement n’importe quoi : travailler, faire des courses, faire de l’exercice, conduire, être assis sur le siège passager quand quelqu’un d’autre conduit), et n’importe quoi impliquant une interaction avec une autre personne (parler au téléphone, ou quelqu’un venant vous rendre visite à la maison, à moins que vous ne soyez parfaitement à l’aise avec cette personne, comme avec votre conjoint). 

Il y a 2 choses réellement importantes au sujet de ce système et qui vont probablement vous demander un changement de mentalité : 

1 – Si vos yeux sont ouverts, VOUS ÊTES EN TRAIN D’UTILISER VOS POINTS D’ÉNERGIE. Regarder la TV ou votre téléphone, lire un livre utilise des points d’énergie. LA SEULE CHOSE QUI NE CONSOMME PAS DE POINTS D’ÉNERGIE EST DE RESTER AU LIT LES YEUX FERMES OU DORMIR. 

2 – Echanger avec des gens, notamment parler au téléphone, et N’IMPORTE QUELLE ACTIVITÉ en dehors de la maison, incluant les activités les plus sociales comme de rester assis sur le siège passager dans une voiture – sans parler des choses telles que travailler ou faire du sport – utilise LE NIVEAU MAXIMUM de points d’énergie. Pour une personne en bonne santé, il y a une différence entre être debout et courir, ou entre se présenter à une réunion de travail et se réfugier dans son bureau. Mais pour vous, tout ce qui se situe en dehors de votre zone de confort utilise un montant d’énergie énorme. Même regarder des lumières vives utilise de l’énergie !

Alors à partir d’aujourd’hui, pour les 2 prochaines semaines, votre travail sera de noter quelles activités vous faites à chaque heure de la journée, et combien de points d’énergie cela requiert. Si vous passez la moitié d’une heure sur un niveau d’activité, et une autre moitié sur un niveau différent, faites une moyenne. Un jour de semaine pourrait ressembler à quelque chose comme cela, si vous travaillez : 

6h : dormir – 0 points

7h : se lever, se brosser les dents/prendre une douche, faire et manger le petit déjeuner – 2 points

8h lire les nouvelles – 1 point

9h aller au travail en voiture – 3 points

10h travail – 3 points

11h travail – 3 points 

12h travail – 3 points 

13h travail – 3 points 

14h épuisé, vous quittez le travail plus tôt que prévu et retourner à la maison en voiture – 3 points 

15h regarder la TV au lit – 1 point

16h regarder la TV au lit – 1 point

17h regarder la TV au lit – 1 point

18h préparer le repas et manger – 2 points

19h regarder la TV au lit – 1 point

20h regarder la TV au lit – 1 point

21h dormir – 0 points

Total des points : 28

Un week-end pourrait ressembler à cela :

6h dormir – 0 points

7h dormir – 0 points

8h dormir – 0 points

9h dormir – 0 point

10h se lever, manger un bol de céréales, à moitié endormi – 2 points

11h regarder la TV au lit – 1 point

12h regarder la TV au lit – 1 point

13h regarder la TV au lit – 1 point

14h regarder la TV au lit – 1 point

15h téléphoner à des amis – 3 points

16h regarder la TV au lit – 1 point

17h regarder la TV au lit – 1 point

18h faire le repas et manger – 2 points

19h regarder la TV au lit – 1 point

20h regarder la TV au lit – 1 point

21h dormir – 0 point

Total des points : 15

Voyez-vous ce que je veux dire sur ce schéma que j’évoquais au début ? Vous travaillez trop un jour, et vous passez le jour suivant à récupérer, etc. 

Une fois que vous avez collecté des informations sur quelques semaines, votre prochaine tâche consiste à tout passer en revue pour évaluer votre moyenne quotidienne – le nombre maximum de points d’énergie que vous pouvez dépenser sur une base quotidienne sans avoir de chute d’énergie. Cela vous demandera un peu de pratique. Votre maximum quotidien correspond à ce que vous pouvez dépenser sans vous sentir plus mal le lendemain. 

Donc vous avez désormais votre nombre ; pour l’exemple, disons qu’il se situe à 20. Maintenant, au début de la semaine (je le faisais les dimanches), vous planifiez au crayon de papier chaque heure d’éveil en utilisant tous ces points, et pas plus. 

Je ne peux insister trop là-dessus : vous ne pouvez jamais utiliser plus que le nombre de points alloués ! C’est comme pour l’argent : vous ne pouvez pas dépenser ce qui n’est pas sur votre compte en banque (hormis avec la carte de crédit). Imaginez au début de la journée qu’on vous donne 20 euros, et vous devez choisir comment vous les dépensez ; et une fois que vous avez tout dépensé, c’est fini. Donc si vous savez que vous avez besoin de faire le plein de fuel pour l’après-midi, vous feriez mieux de ne pas dépenser votre argent en achetant des toasts aux avocats à 18 euros le matin même. La même chose vaut pour vos points d’énergie : s’il y a quelque chose que vous DEVEZ faire, vous avez besoin d’économiser vos points d’énergie pour cela et ne pas le dépenser à l’avance. 

Si vous notez votre emploi du temps au crayon pour la semaine, vous devez remplir d’abord les choses que vous DEVEZ faire – des choses comme manger, prendre une douche, faire des courses, aller au travail, prendre soin des enfants, le cas échéant. 

Mais, vous me direz, que dois-je faire si j’ai trop de choses à faire par rapport au nombre de points alloués ? 

La réponse est la suivante : si vous n’avez pas les points d’énergie, vous ne pouvez pas les dépenser ! 

Et qu’arrive-t-il si vous avez travaillé toute la journée, que vous rentrez à la maison, et que vos enfants ont besoin de dîner ? JE N’EN AI RIEN À FAIRE : LAISSEZ LES MOURIR DE FAIM… VOUS N’AVEZ PAS LES POINTS ! (je plaisante, mais sérieusement : est-ce que votre conjoint, vos amis ou vos parents ne pourraient pas s’occuper des enfants cette fois-ci ?). Il faut comprendre ici que vous devrez sacrifier des choses qui semblent importantes, voire nécessaires à vos yeux, à court terme, pour pouvoir atteindre votre objectif à long terme. Cela peut signifier de se faire déclarer en invalidité partielle ou totale dans le cadre de votre travail, ou de recevoir une aide financière des autres pour réduire vos heures, ou de couper dans les dépenses, déménager chez vos parents, ou dépendre de votre conjoint pour faire la plus grosse partie du travail à la maison, ou de faire sauter les activités sociales. Cela n’est pas facile, mais c’est important si vous voulez aller mieux dans les 3 à 6 mois qui viennent. 

ETAPE 4 INTÉGRER LE SPORT

Ainsi vous avez mis en valeur toutes les choses nécessaire à côté desquelles vous ne pouvez pas passer, et votre prochaine étape sera de faire une place pour le sport. Le sport est en fait la clé de voûte qui tient tout le système. Pourtant, contrairement à ce que vous avez pu essayer par le passé et qui n’a pas fonctionné, cette fois vous débuterez très petit. Rappelez-vous notre refrain : vous faites MOINS, mais vous le faites CHAQUE JOUR. Chaque jour, cela signifie au moins 5 jours par semaine. Vous commencez très petit – quelle que soit l’activité, pourvu que vous ne vous sentiez pas plus mal le jour suivant. 

Dans mon cas, j’ai commencé à lever des poids légers avec l’aide d’un entraîneur personnel, ce que j’ai aimé parce que je sentais que cela m’aidait à renforcer mon endurance et contrait l’atrophie musculaire que je subissais depuis les dernières années. Quand j’ai été en meilleure forme, j’ai ajouté la marche sur un tapis roulant et des exercices pour monter/descendre des marches d’escalier. 

En gros, vous voulez faire autant de sport que vous le pouvez sans dépasser votre nombre maximum de points d’énergie, et augmenter ce nombre régulièrement au fil des semaines, d’environ 10% à chaque fois. Donc si vous débuter avec 10 minutes d’exercice par jour, le jour suivant, vous ferez 11 mn. Oui, je suis sérieuse ! Ensuite 12mn, 13mn, puis 14, jusqu’à ce que vous puissiez faire 20, montiez jusqu’à 22mn puis 24mn…

Vous aurez probablement besoin d’un genre de suivi ou d’un moniteur de fréquence cardiaque pour faire cela précisément. J’utilisais un moniteur de fréquence cardiaque appelé MyZone, mais si vous avez Fitbit, une montre Apple ou un équivalent, cela fait très bien l’affaire aussi. J’aimais bien MyZone parce que cela me donnait un nombre de points pour mesurer facilement l’énergie que je dépensais (ce n’était pas identique à mon système de points mais cela me permettait d’avoir une mesure objective et rapide de la quantité d’effort que je fournissais). Je pouvais ainsi facilement respecter mes limites, mais aussi décider de combien augmenter mon niveau d’activité pour la semaine à venir. Si vous marcher, vous pouvez utiliser un iPhone ou Fitbit pour savoir combien de pas vous faites, et ensuite augmenter ce nombre de 10% par semaine. 

Cette démarche peut être douloureuse sur un plan émotionnel pour une personne qui était très performante par le passé ou pour des athlètes, parce que vous étiez probablement habitué à faire pas mal plus de 10 minutes d’exercice par jour. Mais faites-moi confiance, il est bien mieux d’augmenter progressivement votre niveau d’effort plutôt que de rester pris dans un cycle où vous en faites trop et vous vous effondrez. 

Jusque là, vous avez donc rempli votre emploi du temps avec le strict minimum de choses que vous aviez besoin de faire, et vous avez ajouté votre exercice quotidien. A présent, lorsque vous allez finaliser le restant de votre emploi du temps, ajoutez tout ce que vous voulez faire avec le restant des points dont vous disposez (faire des choses sympas, socialiser, regarder la TV…). Eliminez les activités qui ne sont pas essentielles si vous n’avez plus de points pour elles. Beaucoup d’activités méritent probablement d’être éliminées. 

Vous avez également besoin de remplir stratégiquement votre journée avec des périodes de repos. Si vous savez que vous allez avoir une journée occupée, programmez des blocs de temps (au moins 20 mn, et jusqu’à une heure) pour rester allongé avec les yeux fermés (rappelez-vous que c’est la seule activité qui n’utilise pas de points d’énergie). De petits repos comme celui-là vous permettent de recharger vos batteries. 

Voici à quoi votre emploi du temps pourrait ressembler : 

6h dormir – 0 points

7h dormir – 0 points

8h : se lever, se brosser les dents, faire et manger le petit-déjeuner – 2 points

9h faire de l’exercice – 3 points (même si vous faites du sport pendant quelques minutes, comptez toute l’heure comme de l’exercice)

10h prendre une douche, s’habiller – 2 points 

11h se reposer les yeux fermés – 0 points 

12h préparer le déjeuner et manger – 2 points 

13h relaxer, surfer sur les réseaux sociaux – 1 point  

14h envoyer des courriels, envoyer des candidatures – 2 points  

15h envoyer des courriels, envoyer des candidatures – 2 points  

16h se reposer les yeux fermés – 0 points

17h tâches ménagères – 2 points 

18h préparer le repas et manger – 2 points

19h regarder la TV – 1 point

20h regarder la TV – 1 point

21h dormir – 0 points

Total des points : 20

Un autre point clé du programme : ne faites pas plus que le nombre de points alloués… mais n’en faites pas moins non plus.  Vous devez utiliser tous vos points d’énergie – si vous ne les utilisez pas, vous les perdez. Si vous avez eu une journée de paresse et avez quelques points en trop, levez-vous et faites un peu d’exercice. Vous devez sortir du cycle d’en faire trop, vous effondrer, et ensuite de passer la journée suivante à récupérer. 

ETAPE 5 GRADUELLEMENT AUGMENTER VOTRE NOMBRE DE POINTS D’ÉNERGIE

A présent, voyons ce qui constitue votre but ultime : augmenter votre nombre de points d’énergie disponible à un niveau qui vous permette de fonctionner et de faire les choses que vous voulez réaliser. Imaginez un monde où vous pouvez travailler à un poste à temps partiel ou à temps plein, sortir voir des amis, profiter de moments avec votre famille, et gérer les contraintes quotidiennes sans que cela vous semble écrasant émotionnellement ou physiquement. Tout cela est possible. 

Vous y arriverez si : 

  1. Vous augmentez votre niveau d’exercice de 10% toutes les 1-2 semaines
  2. Vous vous en tenez à votre nombre de points d’énergie, mais en augmentant votre nombre total de points disponibles de 10% toutes les 1-2 semaines

Si pendant une semaine, j’avais 20 points d’énergie, la semaine suivante, je visais 22 points, ensuite 24 la semaine d’après. Une fois que j’ai réalisé que c’était atteignable pour moi, la capacité à planifier est devenue vraiment libératrice. Quand il y avait un événement auquel je voulais participer, tout ce que j’avais à faire était de le planifier dans mon emploi du temps, et de m’assurer que j’attribuais le nombre de points requis pour le faire. Ou si je devais programmer des RV avec des patients, je savais exactement combien de patients je pouvais voir tout en réservant assez de points pour faire mes tâches une fois rentrée à la maison. J’ai su exactement quand j’ai été prête à reprendre le travail à temps partiel, et ensuite à temps plein. Pour moi, entre les suppléments alimentaires, la dose suffisante de sommeil, le système des points d’énergie et de plus en plus de sport, j’ai été capable de reprendre un travail à temps partiel après 3 mois, et à temps plein au bout de 6 mois. Je ne suis pas en forme parfaite aujourd’hui, mais je suis capable de travailler presque à temps plein et de faire du vélo pour aller travailler (environ 16km par jour aller retour). Je peux me coucher à 21h, mais j’ai une existence heureuse et fonctionnelle…

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Cesser de vouloir

Pour commencer, laissez moi vous souhaiter une année formidable. Une année de changement radical, qui va vous permettre de vous sentir vibrer d’une autre manière, d’apporter du sens et de la joie dans un quotidien perdu peut-être dans un flot d’habitudes qui noie toute créativité. Je vous souhaite de trouver dans chaque instant un mouvement de vie à choyer et à cultiver. 

Et puis pour débuter les premières heures de cette nouvelle étape qui a démarré il y a quelques jours, je vous invite à parcourir un chemin inattendu peut-être. Celui du détachement. Ce détachement, comme l’acceptation, est une ode au lâcher prise et à l’écoute. J’ai ainsi découvert qu’à force de mettre ma vie au carré, avec des tas de rituels, de règles, de routines, j’étouffais le flot de créativité qui voulait s’y glisser. Levée tôt chaque matin, j’avais mon Miracle Morning pour moi, et j’en faisais une série de petites tâches qui, à force d’obligations, sont devenues mortes et sans saveur. Méditer, puis écrire, puis me laver, manger, et partir pour le boulot. À force de répétition et de vide de sens, tout a été perdu. J’ai desséché la portée de ces gestes qui peuvent par ailleurs apporter beaucoup. Il s’agissait de reprendre la main… en la gardant ouverte ! Depuis quelques semaines, j’abandonne les obligations. Je laisse aller. Je me laisse peindre. D’ailleurs, c’est presque désespérant pour ma famille de me voir ainsi, armée d’un rouleau et d’un pot de peinture, appliquer de la couleur sur tous les murs de la maison ! Mais je peins aussi des tableaux, et c’est infiniment gratifiant. Je lâche prise sur le résultat (je peins en quelques instants un paysage qui n’a aucune, strictement aucune, valeur artistique, mais j’en suis satisfaite comme si j’avais réalisé une Joconde minute !). J’écris sans savoir où je vais et je laisse le stylo décider de l’endroit où il se sentira le mieux. La destination n’a aucune importance. Je pars marcher, et je m’en vais un peu au hasard, là où mes pas se posent. J’ai décidé d’agir, sans contrôler l’issue de mes actions : je réalise un travail, et je m’oblige à laisser les autres réagir à leur guise, même si ces interventions sont hostiles ou négatives. Après tout, ces réactions leur appartiennent, et je les leur laisse, comme il faut laisser à César pour ce qui appartient à César. Ça bouillonne depuis quelques temps, dans la tête et dans le cœur. C’est concret, moins dans la tête que dans le corps. J’ai cessé de méditer pour intégrer la pleine conscience dans ma vie. Pour en faire un rempart contre la dictature de l’intellect. Celui qui impose ses vues, sans considération pour un corps pourtant indispensable au ressenti. Je fais de la place. J’élimine le superflu, je jette enfin de vieux trucs que je gardais pour le cas où (au grand bonheur de mes hommes, qui se désespéraient aussi de ma tendance à stocker les vieux machins!). Je fais ces deuils minuscules qui consistent à laisser aller de vieux schémas, des habitudes anciennes que l’on garde par insécurité primaire mais qui, au fond, se contentent d’obstruer le quotidien et finissent par en capter toute la lumière. A la benne, ces vieux cartons dont je voulais faire des tableaux. Plus question de perdre du temps et de l’énergie à encombrer la tête, le corps et le cœur avec des vieilleries qui ne sont même plus sentimentales et qui encombrent plus qu’elles ne libèrent. Je veux du neuf et du mal digéré, pour pouvoir être plus légère quand il faudra se lancer. Les limites s’effacent doucement, et de nouvelles façons d’envisager les choses et les personnes s’imposent. Plus de focalisation intempestive sur du résultat, je laisse le cœur faire ce qu’il a à faire, et je libère le reste. Il est temps de changer. De sentir. De se laisser vivre, une bonne fois pour toutes. De se faire un peu confiance et de se donner le pouvoir de changer.

C’est à cela que je veux que mon année 2019 ressemble. Alors pour conclure, je vous souhaite, en 2019, de changer. Profondément. Pour atteindre la personne que vous aspirez à devenir. Juste cela. Mais pas moins.

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Déclaration

J’aime quand tu regardes un film émouvant, et que tu te mets à pleurer à chaudes larmes derrière tes lunettes embrumées. J’aime quand tu racontes qu’aux urgences pédiatriques, tu fais la tournée de tes petits patients pour un dernier câlin avant de partir. J’aime quand tu te lèves grognon et que tu accuses le monde de tourner à l’envers juste parce que tu n’as pas pris ton café. J’aime quand tu joues la provoc’ et que tout est prétexte à conflit parce que c’est ce qui t’amuse. J’aime te voir sourire de toutes tes dents parce que tu viens de faire une blague lourde et que tu en es fier. J’aime le regard qui te traverse le visage quand tu es à la barre d’un bateau qui file dans le vent. J’aime te voir développer des trésors de patience pour aider une personne âgée à sortir d’une voiture. J’aime quand tu appelles ton chien et que tu fourres tes mains dans son poil pour lui montrer que tu l’aimes. J’aime te voir féliciter un de tes fils, quand il vient de t’annoncer une petite victoire et que tu es heureux pour lui. J’aime te voir bricoler, et te passionner pour le montage d’une cabane pendant des heures. J’aime voir tes grandes mains caresser doucement la joue d’un tout petit bébé. J’aime ce poing que tu tiens contre ton menton quand tu réfléchis profondément. J’aime te voir dévorer des polars nuit et jour, quand tu es pris par l’histoire. J’aime quand tu te plains de te faire harceler par ton petit chien, et que tu cèdes toujours en le prenant sur tes genoux. J’aime t’entendre me raconter que la rando se termine bientôt, quand je sais qu’il reste encore 20 bornes à faire. J’aime savoir que tu es près de moi quand je me réveille. J’aime quand tu rentres d’une nuit de garde, épuisé mais ravi d’avoir soigné des gens. J’aime t’entendre évoquer que tu as calmé un enfant pour lui faire un soin en lui chantant la Reine des Neiges. J’aime écouter ta voix quand tu chantes à l’église où tu ne mets presque jamais les pieds. J’aime savoir qu’on a fait tout ce chemin ensemble. J’aime ton odeur et je l’aimerai toujours. J’aime quand une jolie fille te fait du gringue, et que tu t’en rends compte. J’aime tes fossettes, quand je dis des bêtises et que ça te fait marrer. J’aime savoir que tu existes. J’aime quand tu m’énerves, et que ça ne dure jamais. J’aime quand tu cuisines, rarement, et que tu mets les petits plats dans les grands avec une autosatisfaction manifeste. J’aime ce sens de l’accueil que tu cultives avec tout le monde. J’aime te voir bosser comme un fou et que ça te rende aussi heureux. J’aime ces marches sur la plage avec toi, quand il fait froid et qu’on est les seuls à braver le vent et à s’en délecter. J’aime chaque minute passée à tes côtés, et j’aimerais que ça dure encore longtemps. J’aime me rappeler que cela fait déjà 23 ans qu’on s’est rencontrés.

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Le potentiel oublié

Voilà bien des années que je cherche la cause de comportements qui, s’ils sont inconscients, visent bien à casser mes efforts de sortir du giron d’habitudes et de croyances que je nourris depuis toujours. Un peu comme les sursauts du poisson qui veut voir plus loin et sort la tête de l’eau, sans comprendre que c’est dans cet élément liquide qu’il veut quitter qu’il pourra évoluer le plus heureux. On cherche sans cesse ailleurs la voie qui se trouve juste devant nous. Je voulais sortir de cet état d’aveuglement qui me gardait coupée du monde que je voulais rejoindre, avec tout ce passé que je traîne comme un boulet. Ce passé avec lequel j’étais brouillée, et que je rejetais depuis toujours. J’ai la chance d’avoir commencé un vrai travail d’exhumation avec une amie qui est aussi coach. Elle m’a aidée à regarder ces bouts de moi que je voulais détacher de mon avenir, arguant avec raison que ces morceaux de vie que j’arrachais avec douleur m’appartenaient aussi. Qu’ils avaient leur raison d’être, leur utilité. Ce faisant, je m’empêchais d’être pleine et entière, en accord avec ces personnages que j’ai endossés par le passé pour mieux survivre ou m’adapter.

L’erreur, c’est de croire que l’on peut réussir à se trouver et à se comprendre, en faisant abstraction de la personne que l’on a été et que l’on est, pour construire celle que l’on veut devenir. C’est en réalisant ce chemin de compréhension, en effectuant ce déshabillage en règle de croyances, de phrases toutes faites que l’on a répétées à l’envi sans toujours les comprendre, que l’on peut accéder à la partie la plus belle de soi. Je souffre d’être séparée du cheminement d’écriture auquel j’aspire, parce que je sens que je n’utilise pas encore le potentiel que je pense pouvoir y trouver. Et cette route que j’ai prise, accompagnée par mon amie, je la découvre finalement plus facile à emprunter que je ne l’avais imaginée. J’ai passé beaucoup de temps à croire que je devais me construire tout de neuf, changer tout et raser le paysage existant pour devenir une autre. Je réalise aujourd’hui que mon travail est simplement de mettre en accord ces parties de moi que je croyais ennemies et qui ne sont que des échos de celle que je suis. Il s’agit moins de raser le paysage que de partir de l’existant et d’en faire un jardin. En permaculture, les « adventices, ces plantes que l’on nomme « mauvaises herbes », sont en fait utiles et il convient d’en utiliser aussi les propriétés pour construire l’écosystème que nous cherchons à créer. « Nous sommes ce que nous répétons chaque jour », et ce nous est nourri par le compost de la personne que nous avons été, avec ses erreurs, ses réussites, ses manquements et ses victoires. Rien à refuser, dans cet héritage. Il faut tout prendre, et tout intégrer pour aspirer toucher du doigt un jour ce potentiel, cette puissance que chacun de nous portons. C’est par cette réconciliation que nous pouvons prétendre exploiter toute la complexité et la richesse de ce vécu dont nous sommes dépositaires. Reconnaître notre faillibilité, cette fragilité essentielle, c’est faire un pas vers ces trésors que nous abritons et que, trop souvent, nous hésitons à utiliser. J’ai vu des personnes y arriver, et souvent elles le faisaient parce qu’elles avaient été mises à nu par des épreuves qui les avaient laissées parfois exsangues. Mais la résilience avec laquelle elles avaient pu faire face leur avait donné la force de surmonter la peur de devenir elles-mêmes, profondément, et sans arrière pensée. C’est précisément là qu’elles étaient devenues puissantes, et qu’elles avaient pu créer et développer des projets magnifiques, pour elles et pour les autres. Souvent, la maladie permet ce travail de dénuement essentiel, mais il n’est pas indispensable d’en passer par là pour accéder à ce que Guy Corneau appelait le meilleur de soi-même… Je vous souhaite de parvenir doucement à devenir vous-mêmes.

Merci à toi, Christine

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Yann Tiersen et les vagues

Tandis que je vous écris s’égrènent des notes au piano. La musique de Yann Tiersen m’accompagne depuis la sortie du film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. On dirait que les airs qu’il invente sortent tout droit d’un coin de l’âme, qu’elles racontent l’histoire du monde. Ses notes sautillent joyeusement, on dirait le crépitement du sable sur une plage un jour de pluie battante, ça sent l’herbe mouillée et les enfants qui sautent à pieds joints dans les flaques. D’autres fois, c’est une mélancolie douce qui s’écoule devant les yeux, comme ces paysages qui s’enchaînent devant la vitre d’un train, dans la campagne. Un rayon de soleil vient déchirer le ciel bas et c’est la renaissance. Yann Tiersen invente des pays où la nostalgie peut s’allonger sur un divan et prend ses aises. La tristesse trouve un écho, et en devient moins pesante, de se savoir ainsi écoutée. Il rafraîchit ce que la vie donne à voir sans filtres, et apporte une profondeur à des scènes toutes simples du quotidien. Mettez un jeune homme à un piano dans une gare de France et demandez-lui de jouer la musique de l’album Tabarly, ou Eusa. Vous verrez combien tout, autour de vous, prendra la lumière d’une autre façon, chaque seconde gagnera une intensité qu’elle n’avait pas avant. Ecouter ce piano qui s’échappe par les pores de la partition, c’est choisir une existence où la vie se regarde et s’observe. C’est un instant volé à la course du temps, où flotte une couleur vive dans une journée d’été, l’ombre d’une fleur, la chute d’une feuille au pied de l’arbre. C’est une respiration lente, dans une journée qui s’affole. Je vous invite à découvrir ou réécouter ces merveilles qui dépassent de loin la simple musique que l’on offre à ses oreilles quand on veut se détendre. Il s’agit plutôt d’écouter un battement de cœur et de le laisser répandre la vie autour de soi.

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Comme un air de changement…

Depuis quelques semaines, une chose m’intrigue. Au travail, je vois des salariés qui s’enfoncent dans une dynamique qui les mène droit vers des problèmes de santé, des soucis familiaux, sans qu’ils semblent rien pouvoir faire pour arrêter le train qui les emporte. On dirait qu’ils sont prisonniers de leur propre logique, et que, même conscients de se faire une vie où ils ne respirent plus, ils éprouvent le besoin de poursuivre malgré tout. Cela en dépit de toute logique apparente. J’ai observé le même phénomène chez moi. Addict que je suis à l’activité, je remplissais ces derniers temps mes heures de tâches et de rendez-vous, tout en me plaignant du peu de temps qu’il me restait avec moi-même. Surtout, je m’étais mise à faire des shiatsus autant que je le pouvais, estimant que je devais m’entraîner. Mais par dessus tout, convaincue que cette pratique apporte bien être et soulagement, j’ai voulu accompagner des personnes proches de ces gestes qui libèrent et défont les nœuds que les émotions inscrivent dans le corps. Ce faisant, j’ai vécu un phénomène de vases communiquants que je n’avais pas anticipé ! Je donnais mon énergie, que je n’avais pourtant pas en quantités illimitées, à ces personnes qui vivaient des moments difficiles et chargés en émotions négatives. Chaque fois, je me suis retrouvée exsangue, avec des pensées pesantes et dénuées d’entrain. Que se passait-il donc ? Mon prof de shiatsu me l’a expliqué : j’avais absorbé toutes ces énergies, faute de savoir m’en protéger. Je vais donc apprendre à le faire, pour éviter de me retrouver épuisée ainsi. Mais ce que je retiens surtout, c’est cette nécessité que j’avais de changer de comportement, et le constat de ma propre incapacité à le faire. Mon corps me disait de me reposer et de me recharger en énergie, mais je continuais à disperser celle-ci pour faire perdurer ma petite logique mortifère !

Finalement, je crois qu’on a tous une appétence plus ou moins consciente pour des schémas parfois négatifs, mais rassurants car connus. Changer demande de secouer le filet des habitudes pour en voir sortir un « moi » différent, avec lequel on n’est pas sûr de vouloir s’accoquiner ! Changer signifie que l’on accepte, par ailleurs de reconnaître qu’on a peut-être tort de faire ce que l’on fait, et qu’il faut se mettre davantage en lien avec notre corps et ses besoins. Une preuve qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait, et qu’il est important de redresser la barre, sous peine d’avoir un petit retour de réel 😉 La vie nous rattrape toujours, et ce qu’on lui impose, elle finit toujours par le tordre et nous le mettre sous le nez. Elle nous force à y voir plus clair. Libre à nous, ensuite, de changer… ou pas ! Dans mon cas, j’ai décidé d’écouter les signaux de plus en plus fort que mon corps envoyait. J’ai dit non à certains engagements, j’ai reporté ce qui pouvait l’être et priorisé différemment mes activités. J’ai remis au centre de mon temps les choses qui étaient les plus importantes à mes yeux, et j’ai tâché de me créer un environnement où je me sens bien.

La vérité, c’est que ces petites stratégies fonctionnent plutôt bien ! Ce qui coûte le plus, en définitive, c’est la résistance au changement. Mais s’en rendre compte implique un certain recul, que nous ne nous autorisons pas toujours à avoir…

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Une solitude

Aujourd’hui, j’ai envie d’évoquer la solitude. Celle que l’on cultive ou celle que l’on fuit.

Certains jours, il y a la solitude pesante qui laisse penser que nous sommes coupés des autres. C’est lorsque le doute s’invite et se répand comme un poison. Je pense alors à quel point je suis différente, inatteignable, ou pas assez… ceci ou cela. Le doute dresse comme une barrière entre les autres et moi, et pas moyen dans l’instant de réduire cette distance, quand j’aurais tant besoin d’une main tendue. Tellement envie que quelqu’un se penche sur ma douleur et veuille bien la porter avec moi, juste le temps de quelques minutes. On a le sentiment alors que personne ne pourra comprendre, ou que les autres n’ont pas le temps, que cela ne sert à rien et qu’il est vain de chercher à se mettre en lien…  

Il y a aussi des fois où la solitude est ce baume bienfaisant que l’on invite chez soi pour se ressourcer un peu. C’est souvent ainsi que je conçois les moments que je passe seule. Loin de m’effrayer, cette solitude m’attire terriblement, pour les promesses qu’elle me fait de pouvoir renouer avec moi-même. J’ai besoin d’elle pour apprendre à me recentrer, comme lorsque je m’assois le matin pour méditer. C’est alors le silence de la pensée, qui se pose dans le repos calme, shamata. C’est là que j’apprends à écouter.

Ecrire est une autre façon de le faire. Car l’écriture est un acte solitaire, même lorsqu’elle est pratiquée en groupe. J’ai ainsi le souvenir d’un atelier d’écriture que j’avais fait à Montréal, par un WE froid d’hiver. Nous écrivions dans une petite salle, et chacun s’était réfugié dans un coin de la pièce pour s’isoler. J’ai connu là des moments d’une intensité émotionnelle incroyable, à revenir sur ma propre histoire par les mots que je choisissais de coucher sur le papier. J’ai pleuré tant et plus, durant 2 jours, et j’étais seule avec moi-même tout ce temps, malgré la présence bienveillante des autres participants. C’est une solitude qui me plaît et me répare. Elle offre la possibilité de se mettre à l’écoute de soi et de ce qui nous porte, de ce qui nous blesse et de ce qui nous touche. On se met alors au diapason de la vie intérieure qui nous traverse, et cela permet de vivre davantage en cohérence avec la personne que nous sommes profondément. Les choix qui découlent de cette écoute seront tournés vers le nord que nous indique le cœur.

Une autre solitude est celle que je peux cultiver lors d’échappées hors du réseau amical et affectif connu. J’affectionne particulièrement ces moments où je pars, une fois par an, construire ailleurs un moment présent différent, hors de mes repères habituels. Il faut alors que je me rende disponible pour des expériences inédites, en dehors de ce que j’ai l’habitude de faire ou de voir. Je m’en vais marcher seule, ou je loge dans une petite ville que je ne connais pas. J’évite sciemment les rencontres un peu trop poussées, qui dépassent le « bonjour, bonsoir ». Je suis dans ma bulle, et j’ouvre mes yeux à des paysages étonnants. Un peu comme lorsque je voyage en train, un casque sur les oreilles pour écouter de la musique, le nez pointé vers les paysages derrière la fenêtre. Je laisse les pensées faire leurs divagations, me laissant dépourvue de désirs ou de souhaits. Simplement connectée à ce moment qui passe. Cette solitude, c’est un peu retrouver le sens du gratuit. On fait feu de tout bois, et l’on ramasse des petits bouts de quotidien, des miettes de vie, là où elles sont tombées. Sans chercher à faire autre chose que les toucher du bout des mains et s’immerger dans un présent qui ne demande rien. On respire, et sans être dans l’échange, on sent pourtant à quel point on fait partie du tout. C’est l’Universel qui se mêle à ces moments minuscules et nous relie alors au grand tout.

La solitude n’est finalement jamais que relative. Elle est discrètement liée à notre perception, celle qui nous laisse croire que nous sommes isolés des autres, ou au contraire reliés indissociablement à eux. Qui nous fait penser que nous n’avons de valeur qu’en lien avec ceux qui nous aiment ou pas, ou bien que cette valeur n’est pas fonction d’un état particulier. Nous pouvons aussi bien, dans ce cas, considérer que nous sommes une partie du tout, quel que soit notre caractère, notre vie, et nos choix. Et alors peu importe que les gens gravitent autour de nous ou pas, nous sommes intégrés à cette humanité jusqu’à la fin des temps.

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De retour sur le chemin de Stevenson

Pèlerinage sur un voyage d’il y a 4 ans. A l’époque, nous avions loué un âne sur le chemin de Stevenson. Je marchais au soleil ce matin en quittant le Puy en Velay, pour y retrouver ces souvenirs. Depuis mon dernier passage, ils sont en train de terminer une 4 voies près du marais de l’Ours…

Je marche sur ce chemin, et le temps est radieux. Après une petite forêt, le sentier descend vers une plaine, où une femme me rattrape. Elle approche des 70 ans, menue, cheveux gris coupés courts et sur le nez une paire de lunettes aux verres épais, cerclés de bleu. Bien vite, nous commençons à bavarder en marchant. Au croisement suivant, elle me propose :

« Ça vous tente de voir un chemin à biquettes ? La vue est superbe, et il est vraiment joli…”. Après une telle réclame, comment résister ? Je lui emboîte le pas. Ma guide aime visiblement avoir de la compagnie, et je profite de l’aubaine pour en apprendre davantage sur le coin. Ici, elle me montre les « orgues » : ces roches angulaires en tuyau qui viennent du temps où un volcan était en activité, il y a plusieurs milliers d’années. Elle me parle du pouzzolane, issu du magma et dont on voit les traces un peu partout dans la région. Je m’étonne de la forme des pins que je croise depuis le matin : ils sont tordus comme des bonsaïs géants, chétifs et déformés. Elle m’explique qu’il s’agit du pin de boulange, comme on les nomme par ici. Il y a longtemps en effet, les paysans étaient tenus par la communauté de couper leurs branches afin d’alimenter le four à pain ! Si bien qu’au fil du temps, les arbres se sont adaptés tant bien que mal à ce traitement spécial qui a entravé leur croissance…

Pin à boulange

Plus loin, le chemin redescend, et ma guide veut m’entraîner à sa suite, mais je refuse. J’ai pris ces quelques jours pour me retrouver seule, et il est important pour moi de respecter ce cercle de solitude que j’ai tracé autour de moi. C’est un rendez-vous que je prends chaque année, loin de tout contact avec mes proches ou des amis. Je pars, et j’écoute, je vis, je mange à mon rythme. Un ressourcement indispensable, vraiment. Donc je la laisse poursuivre, et je rebrousse chemin pour retrouver un endroit devant lequel nous sommes passées quelques minutes auparavant. Là où je m’assieds, c’est le silence. Ou plutôt le brouhaha de la nature qui respire : le chant des grillons, celui d’un coucou qui disperse son appel dans l’air. Je me suis assise sur des rochers couverts d’une épaisse couche de mousse, et qu’une grosse fourmi rouge peine à franchir. On sent une odeur de pin alourdir l’air ambiant d’effluves délicieux. C’est un lieu un peu spécial, avec une énergie bien  à lui. La femme qui m’accompagnait me l’a désigné comme l’endroit où elle passait parfois, quand elle était jeune. Il avait été investi à cette époque par une bande de jeunes qui y avaient installé un petit promontoire en bois, face à la vue. On voit ici et là des vestiges de cette période : une chaise en métal qui rouille au bord du chemin, quelques planches pourries encore à demi accrochées aux arbres, des ficelles en plastique décolorées qui traînent dans l’herbe… Cela me rappelle cette petite plateforme qu’avait fait construire Coluche dans son jardin de Deshaies, en Guadeloupe. Il venait y admirer la vue splendide qu’on y a sur l’océan en sirotant son apéritif, et je me souviens d’avoir senti une énergie particulière flotter dans cet endroit qu’il affectionnait. Les lieux sont parfois chargés d’une aura spéciale, d’un parfum d’immobilité qu’il est bon de sentir à petites bouffées, en prenant son temps… Et là, sur mon petit rocher moussu, je peux me remplir les poumons et le cœur en admirant la vallée en face, dominée par un château du Moyen Age sur la colline voisine. La mousse est moelleuse, grisée par le soleil sur les rochers exposés, mais d’un vert chatoyant sous l’ombre des arbres. Les pins laissent tomber cette odeur sucrée que j’adore, quand la chaleur s’invite sur leurs branches.

Cet endroit est paisible, avec les monts d’Auvergne au loin, et des arbres plusieurs fois centenaires en contrebas. Un lieu vivant, qui vibre et bouillonne de mouvements incessants et minuscules, de bruissements discrets. Je remplis posément mon puits intérieur de ces images, ces odeurs, et le jeu du soleil entre les branches des arbres. Comme si l’esprit pouvait enfin se poser, comme le papillon au terme d’un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Mes yeux se régalent de cette vie secrète qui s’anime. Un lézard se risque un peu plus bas sur les rochers. Il file soudain, effrayé par un bruit. Mon esprit s’étire dans cet espace de silence. C’est le moment d’être, simplement. On est, plus facilement, quand on cesse de faire. Les deux ensemble sont souvent difficiles à conjuguer.

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Julia’s secret

Ce n’est pas de Victoria, qu’il s’agit! C’est de Julia ! On quitte la lingerie, je vous emmène dans les bouquins. C’est mon petit jardin, mon domaine, mon royaume. Julia, c’est bien sûr mon amie invisible: Julia Cameron. Elle qui m’accompagne en écriture chaque fois que je pars en voyage au pays des mots. Vingt ans que l’on se fréquente, par livre interposé ! Dès que j’ai un coup de Trafalgar, que le doute m’étouffe, que la vie se met à avancer de traviole, la voilà qui débarque, avec ses encouragements et sa boîte à outils. J’ai plusieurs livres d’elle, en anglais ou en français selon qu’une traduction était disponible ou pas. Je me vautre dans ses phrases comme on se couche sur un canapé moelleux, une tasse de thé japonais à portée de bouche. Avec elle, pas besoin d’être maquillée, de paraître plus belle qu’on est, de prétendre être ce qu’on n’est pas. Je me contente de lire les mots et de reconnaître ce que j’ai besoin d’y voir. C’est aussi bête que ces phrases où elle fustige notre besoin de toujours mettre l’écriture sur un piédestal. Un excellent moyen, en vérité, de s’arrêter d’écrire ! Car la plume doit pouvoir traverser tous les temps, un peu comme le pèlerin sur le chemin. Elle doit arriver à se traîner sur la page par toutes les humeurs, tous les styles, tous les échecs. Écrire, comme une façon de respirer. C’est comme ça que je considère la chose. C’est pour cela que je monterai mon premier atelier d’écriture bientôt : pour faire circuler cette idée qu’écrire peut être un moyen d’exister, tout simplement. On écrit comme on se lave les dents ou comme on fait l’amour. C’est une forme de routine de l’esprit, d’apprentissage du cœur, qui se nourrit de mots, un jour après l’autre. Point besoin d’être un grand écrivain pour écrire. Juste le goût de se trouver au détour d’une phrase, d’un point virgule…

J’aime par dessus tout l’idée qu’écrire chaque jour revient à installer une hygiène personnelle pour soigner son âme. J’écris pour ne pas avoir à pleurer, ou alors pour pleurer en présence d’une compagnie bienveillante : celle de la page qui reçoit les mots. J’écris pour crier, hurler et insulter ce gars qui m’a mise en colère, des mots de silence que j’envoie en l’air pour envoyer un uppercut invisible à l’impudent. J’écris pour regarder passer le quotidien sous mes yeux, comme une musique sans notes et qui s’émerveille d’un pelage de chat ou d’une lumière sur les roses près de moi. Et chaque jour où je n’écris pas (même s’ils sont rares), quelque chose manque, une bougie ne s’est pas allumée quand il aurait fallu, une partie de moi reste endormie.

J’ai grand besoin de partager cet émerveillement quotidien. De proclamer haut et fort qu’écrire n’a rien de sorcier et peut changer une vie. J’ai toujours le cœur qui se serre un peu lorsque je rencontre des écrivains qui se galvanisent de « savoir » écrire. Comment peut-on ainsi se vanter de faire quelque chose qui est à la portée de chacun ? Car je trouve que, dès lors qu’on peut tenir un stylo, on « sait » écrire. Et encore, il est même arrivé que des personnes (comme Jean-Dominique Bauby, auteur du livre magnifique Le Scaphandre et le Papillon), atteintes du Locked In Syndrome, dictent des livres avec les paupières ! Un écrivain est juste quelqu’un qui écrit. Et cela ne lui donne qu’un droit : celui de se dire dans les mots. L’auteur est celui qui publie, quelles que peuvent être les raisons qui mènent l’éditeur à le publier, et parfois même indépendamment de son talent supposé.

Dans les ateliers d’écriture que je compte animer, chacun sera égal à son voisin sur la partition de l’écriture. Chaque note apportera le son requis au morceau écrit par le groupe. Simplement, on apprendra à mettre l’écriture à sa place : au centre de la vie, et non dans celui d’un ego ou sur un bureau d’éditeur. Il me ferait plaisir d’ouvrir ainsi quelques fenêtres à ceux qui pensent qu’ils n’ont le droit écrire que des chefs d’œuvre, ou bien ne pas écrire du tout.  Adopter l’écriture comme une petite habitude de plus et qui apportera tellement au quotidien, voilà qui pourrait tout changer. Voilà ce que je me propose d’aider un groupe à découvrir. Pour qu’écrire devienne une respiration, un mouvement qui ne demande rien à personne mais qui constitue un moyen de vivre autrement. Plus heureux.

 

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