L’heure d’or

Montréal. Une lueur naissante me fait ouvrir les yeux. La chambre est petite, j’en connais chaque bout de mur, chaque lumière cachée. Les objets se découvrent à mesure que la lampe intensifie la clarté qui illumine la pièce. Je saute du lit. Il est 5h30. C’est parfait, cela me laisse du temps. J’enfile une polaire, et faufile mes pieds dans des chaussons pour ne pas sentir le froid du parquet dans le couloir. Je referme la porte de la chambre doucement. Il ne faut pas que quiconque dans la maison se réveille. Doucement, je vais dans la cuisine. Le chat Elie me salue en frottant son pelage contre ma jambe. Je me penche pour le caresser brièvement, et fais ensuite couler l’eau filtrée dans la bouilloire. Pendant qu’elle chauffe, je me dirige vers le salon. Je prends sur la table de la salle à manger, sans la débrancher, la grande lampe de luminothérapie, que je place en équilibre sur le canapé. J’installe les coussins. Entendant le « clic » de la bouilloire qui annonce qu’elle a terminé son travail, je repars vers la cuisine pour y préparer mon thé. Un thé vert japonais. Un de ces nectars parfumés aux odeurs d’épinard frais, de petit pois et de foin qui me font chavirer les sens. La tasse est enfin prête. J’attrape mon cahier dans un tiroir de la commode, avec le stylo, et je dépose le tout sur un tabouret près du canapé. Je m’installe, emmitouflée sous une grosse couverture de laine chaude. J’ai pris soin de mettre le chauffage en route, mais il fait un froid glacial ce matin. 25°C sous zéro. Dehors, les lampadaires de la rue éclairent d’une faible lueur orange la neige qui tombe depuis la veille en gros flocons. Je la regarde tomber avec ravissement, avant d’allumer la grande lumière qui trône face à moi sur le canapé. J’aime cet instant suspendu où le silence prend sa place et s’impose. La vie s’immobilise et je retiens mon souffle. Je prends la tasse et me réchauffe les mains à sa chaleur. L’odeur du thé diffuse en moi une sensation de plénitude et tous mes muscles se détendent. Après quelques instants, je m’installe pour écrire, et Elie vient ronronner près de mon oreille en s’allongeant de tout son long sur le haut du canapé. Il veillera sur mes pages.

Chaque matin, c’est la même routine, développée depuis Montréal. Vacances comprises. Il m’a fallu ces heures volées au temps, à la vie de famille et à un quotidien endiablé pour survivre entière et sans trop de heurts durant de longues années. Si un marmot montrait le nez avant l’heure fatidique (7h, c’était ma limite), je répondais en grognant qu’il aille se recoucher. Ce qu’il faisait sans se faire prier, heureux d’échapper à une sorcière qui n’aurait pas manqué de le transformer en citrouille. J’ai gardé ces habitudes de calme au réveil. Je me lève juste un poil moins tôt… Mais ces moments me sont devenus indispensables. Une véritable respiration, comme une garante de la qualité de la journée qui s’annonce. Écriture sur thé vert, méditation, silence et quiétude d’avant le jour… Il paraît que d’autres s’adonnent à ce genre de vie de l’aube naissante, et qu’on appelle cela un « miracle morning ». C’est pour moi simplement une façon de me rappeler que je suis une personne, dénuée de tout rôle et de toute attente, juste avant d’enfiler mes vêtements de mère, d’épouse et de femme.

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

Ça commence dans un battement de cœur. On va écouter ce bruit assourdissant au fil des pages, jusqu’au moment où il s’arrêtera, parce qu’on aura décidé qu’il devait s’arrêter. Et dans chaque mot, chaque phrase, le souffle de la vie. Car en lisant ce livre, chacun peut aller se glisser dans la peau intime du moindre personnage de cette histoire déchirante. C’est l’histoire d’un cœur, et de la poitrine d’où il partira pour aller se trouver une maison ailleurs. C’est l’histoire aussi de toutes les personnes qui auront fait battre ce cœur, lui auront donné la peur, l’amour, l’envie et le désir, le défi et l’ennui. Pas un seul moment de répit dans ces longues phrases où l’auteure mêle les odeurs, les bruits, les textures et les goûts. On se faufile dans une vie pour quelques lignes, quelques pages, et c’est une immersion totale, parfaite.

L’auteure, Maylis de Kerangal, opère ici un travail chirurgical, elle tranche dans le réel et met à vif. C’est une description presque d’un seul souffle d’un flot d’émotions terribles. La perte d’un enfant. Des patients et des vieux m’ont parfois dit que c’était le pire du pire qui pouvait arriver dans une existence. Mais l’auteure ne lâche pas, et distille ses mots, les envoie dans les murs de la conscience et ils tapent en faisant un boucan d’enfer. Le bruit d’un mot dur ou celui d’un chuchotement d’amour, mais le bruit continu de la vie qui dort sur la page ou qui se dresse, d’un coup, au fil d’une phrase interminable et galopante.

J’en suis ressortie sonnée. Étourdie par les images, les mots précis, poétiques, simples et sans apprêt. C’est un monde de réalisme qui s’adosse sans en avoir l’air à des abîmes de chants de souffrance, à des questionnements profonds et sans réponses.

Quand FB n’évoquait chez moi que Fabrique à Doudou

Vous arrive-t-il, à vous les utilisateurs d’internet, de repenser à vos débuts dans le domaine numérico-attractif ? Si vous avez moins de trente ans, il est probable que non. Il est même certain que papa et maman vous auront doté d’une tablette dès le berceau, coincé entre le doudou, le bib et la girafe qui fait pouic pouic. Vous ne réalisez pas alors le bol que ça a pu être pour vous de grandir, innocemment illuminé par les lumières du grand réseau, sans avoir jamais eu à apprendre comment fonctionnait ce truc bizarroïde pour tous les autres… Les vieux ! Nous qui avons grandi à une époque où, pour téléphoner, il fallait décrocher le combiné d’un vieux machin en plastique relié à un cordon tirbouchonné à mort. Et faire le numéro à appeler à partir d’un cadran à trous, composer patiemment chaque numéro, attendre que le cadran revienne à sa base pour recommencer… Et encore ! C’était déjà moderne, par rapport à l’époque où Fernand Raynaud hurlait : « J’voudrais l’vingt deux, à Asnières ! ».

Bon. Moi je me rappelle. Les débuts, ça a été une véritable épreuve, pour moi. À côté de ça, passer le permis place de l’Etoile une veille de Noël, c’était du gâteau ! Je me souviens que quand j’ai dû me mettre à taper des trucs à l’ordinateur, c’était pour les études. Avant ça, je me contentais d’une vraie machine à écrire. L’objet génial qui fait un bruit jouissif quand on appuyait sur les touches. Surtout, le mieux c’était le retour à la ligne, avec le cylindre qui revenait faire un petit « schling » rassurant, preuve qu’on avançait. Et il fallait mettre du blanc sur les coquilles et effacer patiemment les erreurs.

Bref, les études. Voilà qu’on nous demandait de remettre des travaux tapés à l’ordinateur. Déjà, accéder à la salle des ordis, c’était un exploit tant il y en avait peu. Et puis le plus stressant, c’était de taper, et puis d’appuyer sur une touche sans faire gaffe, et là, JACKPOT ! (mon fils Sacha, il dirait : STRIKE !). Parce que le texte, il avait disparu on ne sait pas où, s’était évadé dans des labyrinthes du code binaire, et c’était l’horreur parce qu’on en avait besoin, du texte qu’on venait de mettre 3 heures à taper, et que là, c’était foutu !

Bon. Et ces fois où on avait réussi à ne pas avoir les doigts trop baladeurs sur le clavier, et qu’on avait pu écrire le texte SANS erreurs et SANS le faire disparaître d’un coup de baguette magique (MAIS IL EST PLANQUÉ OÙ DANS CE FOUTU ORDI LE MEC QUI S’AMUSE À ME BOUFFER MES MANUSCRITS ???), eh bien il fallait gérer l’impression… Et là encore… Pas gagné ! Il fallait bien sélectionner les bons critères sur les bons menus (boîte de dialogue, ça s’appelle, et pour l’impression, ça se passe où déjà ???). Il est 16h45 et vous devez rendre le doc à 17h, et il y a Tartempion qui imprime juste avant vous un truc et ça prend des plombes, et ça y est, vous trouvez le bon menu, et vous cliquez « OK » et ça part !!! La victoire est totale !!! Sauf que. Sauf que vous n’avez pas bien paramétré la mise en page, et que vos feuilles, elles s’impriment à 50% sur la fin de la page, et vous, vous êtes proches de l’explosion, que la cocotte minute de maman à côté, c’est tout juste bon à réchauffer les pâtes… Il faut tout recommencer, et vous venez de gâcher 3 kg de papiers, soit le 1/10ème d’un pin de 6 ans, et il est 16h56…

On a appris, certes, mais à la dure… Il a fallu se coltiner des heures d’apprentissage, de ratages, et de boulettes qui ont été tout, sauf écologiques. Franchement, quand je vois mes mômes surfer sur internet comme ils boufferaient une glace à la vanille, ça me colle un peu de frustration sous la caboche… Je me dis qu’on a dû, à notre insu, leur intégrer dans le code génétique l’apprentissage de l’ordi, alors même qu’on a pu rigoler de leurs gadins quand ils ont appris à faire du vélo. Enfin un truc qu’on n’a pas encore réussi à leur injecter dans le code génétique, na !

La peur et autres piétinements

Et voilà ! Je me suis mise hors service côté blog pour le dernier sprint avant l’envoi de mon dernier manuscrit ! Maintenant, tout est bouclé, imprimé et envoyé, alors je refais surface doucement…

Je voulais partager avec vous un petit texte que je trouve éclairant. Vous y trouverez peut-être de quoi nourrir vos élans. Moi, ça me fait du bien de lire tout ça, car je suis en pleine crise de doute (ça me ramène toujours à la magnifique chanson de Grand Corps Malade : Jour de doute).

 

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.

C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, talentueux et merveilleux ? ».

En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre et vivre petit ne rend pas service au monde.

L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de l’Univers qui est en nous. Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus.

Elle est en chacun de nous, et au fur et à mesure nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

 

Marianne Williamson

Les maux pour le dire

Il arrive que des lecteurs de mes livres me disent qu’ils se retrouvent dans mes écrits. Pour d’autres, ce sera le blog, quand certains articles les renvoient à des choses qui les touchent personnellement. À l’inverse, certains lecteurs n’aimeront pas le style des articles du blog, comme d’autres seront peu sensibles à ce que j’ai écrit dans mes livres. Tout dépend de la tournure d’esprit, de l’humeur du moment, des affinités littéraires… Mais c’est finalement sans importance. J’estime légitime et même sain que chaque personne puise ce dont il a besoin dans les mots que je dispose sur la page, et qu’il se les approprie au fil de ses envies, selon ce qui lui parle ou le connecte à lui-même. C’est le jeu. Et j’avoue faire de même avec les livres ou les textes des autres, que j’épluche ou dont je me nourris au quotidien.

            J’ai envie aujourd’hui d’évoquer ces écrits qui déchirent parfois la vie en deux. Lorsque les mots rejoignent les mouvements de l’âme, et qu’ils parviennent à trouver le chemin de la lumière au sein d’un parcours sombre et sinueux. J’en suis là, depuis ces quelques mois que je cherche à me réinventer dans un quotidien qui ne me ressemblait plus. Il me fallait redonner de la couleur à des journées qui avaient pris des teintes délavées, comme ces vieilles photographies mangées par le temps et qui pâlissent au fil des jours. Et j’avoue avoir mis la main sur quelques bouquins, ou des bouts d’articles qui m’ont touchée au cœur. C’est comme une petite musique qui se met à chuchoter, soudain, à la lecture de quelques mots, d’une phrase, glanés ici et là.

Le magazine Happinez m’inspire ainsi souvent des rêveries instantanées, ou bien alors je saisis mon stylo et me mets à souligner frénétiquement certains passages qui me parlent. Quand ce ne sont pas ces livres, achetés il y a parfois des années, et qui m’appellent un jour. Le jour où il FAUT que je lise l’ouvrage. Car je crois à ce pouvoir de synchronie des livres : il y a toujours un bon moment pour cueillir un bouquin. Comme pour un fruit : avant, c’est trop tôt, et après, trop tard. Il faut que le livre soit lu au moment où vous serez assez attentif pour y prendre ce qui vous parlera au moment de sa lecture. Si l’on est ouvert à ce chant, la lecture transporte et devient une danse de l’âme avec les mots. Pour soigner les maux. Pour porter la souffrance, ou faire un peu rire le cœur. Mais il y a un temps pour le faire. En ce qui me concerne, j’attends toujours le bon moment, l’appel du livre. Je passe devant la bibliothèque, et j’écoute. Il arrive que je me trompe : je lis alors quelques pages ou chapitres, mais ça ne fonctionne pas, je repose le livre… Mais quand c’est le temps, quel bonheur ! Comme si l’ouvrage entrait en résonance avec ce que je vis dans le moment. C’est là que quelque chose se passe. Un peu comme quand on rencontre une personne avec qui ça clique, un moment suspendu, une soirée hors du temps…

Et ces rencontres sont indispensables pour tenir le coup quand la vie nous amène à la croisée des chemins. Car parfois, il faut tout changer, sous peine de laisser son existence s’étioler dans un soupir interminable où plus rien ne bouge. Parfois, il faut prendre son courage à deux mains, et laver le passé de tous les discours déformants, dévalorisants et humiliés qui ont jalonné un parcours qui nous a laissé exsangue. Parfois, il faut fermer le livre et inventer tout de neuf. Parfois, il faut sauter dans le vide, et croire bien fort que plus bas se trouve le filet qui nous récupèrera, nous et notre folle envie de vivre pour de vrai.

Changer fait peur. Et puis cela fait mal aussi. Pour preuve, cet événement fondateur et terrible qu’est la naissance. Sortir la tête dans le monde est douloureux, autant pour la mère que pour l’enfant. Mais il est des changements qui sont incontournables, pour peu qu’on veuille bien s’accorder, le temps de l’existence, une vie qui nous ressemble. Le bonheur est à ce prix. Et pour certains d’entre nous, ce bonheur est conditionné par notre capacité à prendre un chemin inusité. Il faut alors réaliser que, pour avancer, nous devrons nous engager dans des voies qui vont à l’encontre des valeurs écrasantes qui s’imposent à la majorité. Dans les livres, aussi, se trouvent ces histoires de parcours atypiques et salvateurs qui décrivent d’autres choix. Vivre de peu. Oser beaucoup. Faire sans le confort d’un futur prévisible et balisé. On réalise qu’on n’a plus rien à perdre, et que ce rien là, il faut le laisser aller pour vivre pleinement. Quand on ne se contente plus de simplement laisser les jours se dérouler sans surprises, sans questions. Quand juste toucher le chèque de paie à la fin du mois ne suffit plus. Il faut alors oser s’opposer.

On me dit souvent que mes enfants sont bien élevés. C’est possible. Je ne suis pas bon juge. Ce qui m’importe, en fait, ce n’est pas de savoir qu’ils sont capables d’aider à débarrasser la table ou de dire merci. C’est qu’ils soient heureux. Qu’ils sachent se tenir debout, même quand la vie les retournera ou les malmènera violemment. C’est le chemin que je leur propose, en ne me contentant pas d’un futur prévisible et encadré par des échéances. Il me semble que je pourrai savoir si j’ai bien fait mon boulot de maman quand je les aurai vus chercher par eux-mêmes de quoi sera tissé leur propre bonheur. Et recommencer chaque jour cette quête pour changer le motif du tissu selon les besoins qui seront les leurs, au fil d’une vie que je leur souhaite pleine et intensément mouvante. En attendant, je les regarde grandir. Et m’efforce, un jour après l’autre, d’être fidèle à moi-même dans les gestes du quotidien. La force de l’exemple est plus puissante que le plus lisse des discours.

Décoller, ou le pouvoir des rêves…

Tomber malade a parfois quelque chose de bon. Puisque je m’entraîne à voir du bon en toute chose, j’ai cherché de ce côté. Clouée à la maison depuis 10 jours, j’ai eu l’occasion de bien mariner dans mon jus. J’ai pu surtout réfléchir, me poser, sentir mon corps, la douleur et l’absence de douleur. L’amour de mes proches, qui m’entourent de leur affection et de leurs petits soins au quotidien.

Mon problème n’est pas vraiment physique. Et peut-être n’y a-t-il d’ailleurs pas de problème. Juste une transition majeure. Mon corps se contente d’exprimer un désarroi profond qu’à cette fameuse « crise » de milieu de vie je traverse depuis des mois déjà. Car je réalise que la vie telle qu’on me l’a toujours présentée ne suffit pas. Je m’aperçois, après tous les voyages aussi bien physiques que spirituels que j’ai pu faire, que les réponses ne sont pas dans ces discours que j’écoute depuis toujours. Il faut changer. De paradigme, de cadre, de façon de voir. On dirait que mon corps sait que tout cela n’est plus possible. La consommation à outrance. Le boulot de salarié lambda pour des compagnies qui ont un objectif : faire chaque jour plus de fric. J’ai vu les dégâts que cette dérive réalise sur les gens, les salariés que j’ai vus en entretien pendant des mois, entre burnout, épuisement et dépressions… Plus possible non plus, l’exploitation d’une terre qui n’en peut plus d’être habitée par des individus humains qui la saccagent et la méprisent, alors qu’elle est à l’origine de tout ce qui les fait vivre… La philosophie du « toujours plus » et celle de « on est tous uniques, séparés, et la guerre fait partie de la vie ». On dirait que mon corps en a assez de toute cette tendance à la noirceur, au marasme, à la dépression et à l’avalanche quotidienne des mauvaises nouvelles…

Et si on reprenait tout par le début ? Et si on allait faire un tour dans ces endroits où les gens se démènent différemment, où l’énergie, la joie et le sourire sont les moteurs de changement qui apportent des façons de voir novatrices, créatrices ? J’ai envie de croire que tout cela n’arrive pas seulement de manière épisodique et furtive. Alors je vais revenir pour vous sur un trajet intérieur qui se déroule depuis plusieurs années dans un endroit de ma conscience.

Ça a commencé à mon arrivée à Montréal. Nouvelle vie après une immigration dont certaines personnes de notre entourage disaient qu’elle n’aurait pas lieu : « vous n’oserez jamais ! ». Et bien si. Nous sommes partis habiter à 8,000km de notre lieu de naissance, et nous avons vécu selon un mode de vie différent. Nous y avons appris le recyclage, le compostage, la nature infinie où l’être humain se sent finalement tout petit dans cette immensité qui l’entoure, au milieu des forêts, des arbres… Et nous avons élevé notre petite smala, trois petits mecs sympas et rigolards qui ont illuminé nos journées de leurs rires.

Avant de partir de Montréal pour la mer des Caraïbes, nous avons vu ce documentaire de Coline Serreau : Solutions locales pour un désordre mondial (https://www.colibris-laboutique.org/cddvd/22-dvd-solutions-locales-pour-un-desordre-global.html). Je me souviens d’être sortie de la représentation un peu sonnée. Me demandant ce que tout cela venait faire dans mon existence bien réglée et malgré tout si cohérente, à mes propres yeux en tout cas… Coline Serreau y évoquait à longueur de film comment le système actuel menait à l’épuisement de tous, humains et nature, et qu’il fallait inventer de nouvelles façons de produire, d’envisager l’existence, d’intégrer l’homme dans la vie en lien avec les êtres vivants. Je me souviens surtout de cette femme à l’énergie contagieuse : Vandana Shiva. L’éducation et la spiritualité réunies dans une personne ouverte et joyeuse qui réfléchit à d’autres façons de faire, de penser. Une pierre précieuse pour l’humanité.

Puis ce fut le départ en bateau pour un voyage en famille. On se familiarise avec ces réalités concrètes que sont la préservation de l’énergie : sur un bateau, c’est indispensable. L’économie de l’eau, qui est vitale. Et sur les endroits visités : l’utilisation par l’homme des ressources qui lui sont données. Selon les îles, cela peut ressembler à une exploitation déraisonnable et rationnalisée qui mène à des déserts, tant on a massacré tous les arbres et l’environnement. Ou bien à des paradis où l’homme préserve et ne prend que ce dont il a besoin. Tout dépend des croyances, des façons de vivre, des attraits touristiques ou économiques de l’endroit.

Un peu plus tard, retour en France. Décalage d’avec une vie toute industrielle que nous avions quittée quelques mois plus tôt, et que nous n’étions finalement pas si pressés de retrouver… Mais c’était comme ça, de nouveau. Confrontation avec les informations quotidiennes, qui malgré tout transportent une ration journalière de nouvelles parfois terrifiantes, anxiogènes, et qui laissent s’échapper un malaise qui laisse impuissant, exsangue. Il fallait surmonter ces impressions, creuser profond pour trouver l’eau à l’intérieur de soi, plutôt qu’aller la chercher ailleurs, où elle était polluée. Alors nouvelle rencontre. Nous avons invité les enfants à nous accompagner pour cette découverte que fût le très inspirant documentaire Demain, de Mélanie Laurent et Cyril Dion (https://www.demain-lefilm.com). Il expose la recherche de nouvelles façons de penser le vivant, l’éducation, la politique, l’environnement et l’économie, selon des valeurs qui nous rendront plus heureux, davantage connectés sur ce qui peut nous nourrir. Tant spirituellement que matériellement ou physiquement. Ça nous a parlé, en famille. On s’est dit qu’il y avait sans doute quelque chose à creuser là.

Et puis là, puisque je suis cantonnée à la maison, j’ai pu regarder ce magnifique documentaire, En quête de Sens, de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste (http://enquetedesens-lefilm.com). Une recherche spirituelle sur un questionnement d’abord écologique, mais qui vire à l’interrogation existentielle. Et je sens que nous avons besoin de ces questionnements pour inventer la nouvelle vie, la transition qui pointe le bout de son nez.

Ces idées sont venues rejoindre celles qu’évoque notamment Christiane Singer dans son magnifique livre, le dernier qu’elle a écrit avant de mourir : Derniers fragments d’un long voyage (ed Albin Michel, 2007). Elle y écrit que chaque être émet un ensemble de vibrations, qui à leur tour interagissent avec les vibrations des êtres avec lesquels il est en contact. Chaque mouvement vibratoire est interdépendant et interconnecté avec tous les autres. Elle exprime ainsi l’idée d’un univers dont chaque partie infinitésimale est reliée à toutes les autres. C’est aussi l’idée d’un écosystème, cette notion que nous nions souvent lorsque nous pensons « individu », « entité autonome et solitaire », et toutes ces idées de détachement. Dans cette approche, et ainsi que le soulignent Nathanaël et Marc, la guerre devient une ineptie totale, puisque le mal qui est fait à l’autre, c’est aussi sur soi qu’il retombe.

Partant de ces réflexions, j’en viens à trouver une joyeuse cohérence dans mon parcours des derniers mois. Je suis arrivée en France avec un questionnement effroyable sur ma place dans un monde, entre la profession que je m’étais choisie (infirmière) dans le cadre ultra développé qu’est la France, et la vie de bohème que nous venions de mener durant plusieurs mois autour de valeurs si différentes… Ce retour à terre (au propre et au figuré) fut brutal. Il éveilla également toute une série de questions, auxquelles j’ai répondu (un peu) au cours des différents emplois que j’ai occupés. Jusqu’à mon licenciement à l’automne dernier, et qui a apporté, au lieu du désespoir annoncé habituellement par ce type d’événement, comme un bol d’air frais dans un mode de pensée jusque là limité.

Il s’agit désormais pour moi de poser chacune des cartes sur la table, pour regarder ce qu’il est possible de faire avec cette nouvelle donne. J’aime particulièrement la conclusion de Marc et Nathanaël sur le métier à exercer après avoir mené toutes ces réflexions sur une nouvelle façon de vivre, qui tiendrait compte de l’écologie, l’humain et une philosophie de vie plus proche de valeurs universelles. Ils concluent avec Satish Kumar que l’emploi de demain, celui que l’on peut exercer en pleine conscience et avec bonheur, c’est celui que l’on se crée ! Car rester employé n’a de sens que si l’on veut consacrer son énergie et les heures qui nous sont données à aider d’autres à faire de l’argent. Bien sûr, la formule est jolie, et elle n’est pas nécessairement simple à mettre en place. Mais je choisis d’y croire ! Et je me sens prête à réduire mes besoins, à les limiter sciemment, pour faire de la place à cet autre chose qui m’habite, et qui ne dépend d’aucune compagnie, d’aucune entreprise, d’aucun autre individu. Quitte à vivre plus simplement, en échange d’une liberté qui m’ouvrira à des richesses que l’argent ne peut (évidemment) acheter. Il reste qu’il est toujours possible d’être employé et heureux dans son job. Tout dépend du sens que l’on choisit d’y mettre. Mais je reste persuadée que dans cette équation, la grande variante sera notre possibilité d’être créatif. C’est-à-dire créateur, au sein de son travail, dans un but qui est au service des autres, et non d’un compte en banque ou d’un dividende d’actionnaire avide.

Alors je décide que la vie désormais, c’est moi qui en donne l’orientation, et pas une série de chiffres sur mon compte, un employeur, ou un ensemble d’attaches plus ou moins saines avec des personnes à qui j’ai donné trop de pouvoir. Et j’aspire à utiliser ce que je sais faire de mieux, en choisissant en conscience un métier inspirant dans lequel je pourrai apporter ma petite contribution à l’univers. Sortir d’un système pour inventer un mode de vie où chacun se relie à un courant d’énergie partagé pour le bien de tous. Peut-être une utopie, mais à voir tous ces documentaires, ces écrits joyeusement portés de par le monde, j’en viens à croire que c’est possible !

 

Je vous laisse avec ces exemples concrets, inspirés par des personnes que j’ai rencontrées ces derniers mois ou années, et qui ont fait le choix de changer drastiquement leur mode de vie pour mettre en pratique ces nouvelles aspirations qui les habitent.

Jef a ainsi créé son propre café après une carrière dans le marketing. Il a fait appel à un financement participatif qui l’a aidé à récolter les fonds requis pour se lancer. Ensuite, il a proposé à ceux qui étaient prêts à mettre la main à la pâte de venir rénover l’endroit, grâce notamment au talent d’un menuisier qui réalise des meubles à partir de palettes recyclées. Et voilà qu’a ouvert le café il y a quelques mois, branché sur la vie locale et qui se dit « locavore ».

Annie a aussi réalisé un rêve. Alors qu’elle avait débuté sa carrière au ministère de la Défense, à un poste administratif où elle sentait bien que ses talents n’étaient pas véritablement mis en valeur, elle a tout lâché lorsqu’elle a réalisé que ce qu’elle voulait vraiment faire, c’était DJ ! Elle a monté son affaire et sillonne désormais joyeusement les soirées de Paris et sa banlieue pour égayer les soirées de ceux qui font appel à ses services.

Franck était un jeune salarié impliqué à fond dans le marketing pour une start up parisienne, mais il a fini par sentir le vent tourner. Voyant que sa société refusait de lui permettre d’évoluer comme il le souhaitait, il a tout quitté pour faire un séjour aux Etats Unis. Il a rencontré là bas des personnes qui l’ont inspiré, et depuis plusieurs mois déjà, il s’est engagé à leur côté pour un projet humanitaire de grande envergure dont il est un des piliers. Sa vie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le train train parisien qui était le sien, puisqu’il vit en Afrique et voyage un peu partout pour faire connaître ce projet de fou.

AL était prof à l’éducation nationale. A l’occasion d’un congé maladie, elle a réalisé qu’elle n’était pas dans le domaine qui l’animait, même si travailler avec les enfants était fondamental pour elle. Si bien qu’elle a monté sa propre association afin de permettre à des petits loulous de découvrir la méditation au travers des cours qu’elle donne désormais.

Eveline, amoureuse des grands espaces, a été toute sa vie infirmière. Mais cette baroudeuse infatigable a commencé à voyager et depuis, visite des pays en offrant ça et là ses services pour aider les autres, les soigner et apprendre d’eux.

Emily était employée dans un job administratif. Elle a fait une formation pour devenir prof de yoga, et s’est senti pousser des ailes lorsque tout le groupe s’est exclamé qu’elle avait un réel talent pour le dessin. Elle a envoyé quelques œuvres à des journaux, et est devenue depuis illustratrice pour des magazines.

Christine était ingénieur pour une grosse société internationale. Elle voyageait beaucoup et s’est progressivement découvert un talent pour le coaching. A l’occasion d’un plan social, la voilà qui met en place son projet et se lance comme coach autonome.

 

Des exemples s’imposent, de plus en plus nombreux et inspirants. Celui que j’ai tout prêt, sous la main, étant celui de Ben, qui d’ingénieur et chef de projets impliquant des millions de dollars, est devenu étudiant en médecine. Il s’apprête à passer le concours de l’ECN cette année, et il s’éclate littéralement dans ce métier qu’il a choisi.

Armel pose les ailes à terre

Armel avait mis toute son énergie, ses espoirs, ses efforts dans ce projet fou. Il vient de terminer un tour du monde en 74 jours et des poussières. Une comète qui laissera dans son sillage des bouts d’étoiles flottant sur les océans qu’il a survolé pendant des semaines. Alors nous, ça nous fait quelque chose. Ben l’a suivi durant tout ce temps, jour après jour. Il se posait sur son épaule par la pensée, admirait le coucher du soleil perché sur la baume de son bolide. Il se rêvait au winch, larguant un ris, avalant l’écoute de GV quelque part au milieu du Pacifique. Armel a dû sentir, à chaque seconde de ce périple, toutes ces pensées qui étaient tournées vers lui. Il nous a fait rêver, même si (je dois l’avouer…) je ne suis pas sûre de compter ce genre de voyage parmi mes projets les plus chers 😉 Il reste que sa victoire d’aujourd’hui, c’est un peu la nôtre aussi. C’est la volonté qui triomphe des éléments. Il fond en larmes en évoquant combien ça a pu être difficile parfois. Et comme je peux le concevoir, ce bout de chemin crevé de solitude, ces heures passées dans l’incertitude de la survie, quand on pense que tout pourrait lâcher et qu’on n’est pas grand chose, au fond. Je me souviens aussi d’avoir parfois pensé, lors de notre voyage en bateau, qu’on pouvait comme ça se faire coucher par une vague, être écrasés par une mer qui n’a cure de nos petites luttes, de nos destins minuscules…

Je nous revois ce soir. Ben nous a appelés au moment fatidique de l’arrivée. Nous étions tous les 5 devant l’écran d’ordinateur, et en même temps sur le pont du bateau, devant le feu d’artifice, avec le bruit des moteurs autour, les cris de la foule et les mouvements de tous les admirateurs sur les embarcations qui l’entouraient. Nous y étions avec lui. Et puis le journaliste l’interroge sur le voyage, la course, les moments difficiles. Armel s’émeut, l’épuisement et le souvenir de tous les moments lui sautent à la gorge et rendent la parole difficile. Enfin, son interlocuteur lui pose la question qui vaut toutes les autres : « Qu’est-ce qui vous a le plus manqué pendant cette course ? ». C’était la seule question qui pouvait compter, avec la victoire. Et la réponse a été évidente, limpide. La seule réponse qu’il est possible de faire à jamais, jusqu’à l’ultime moment de sa mort. La seule chose qui peut nous manquer, loin de tout ? Armel a souri, et s’est tourné vers le bateau qui venait d’arriver près de lui. A bord, ses deux marmots ont jailli sur le pont, et Armel a enfoui son visage dans leurs petits bras. Et moi j’aime cette conclusion simple dans une victoire immense.

Au secours ! Mon chat est un PN !

J’ai récemment fait une découverte intéressante. En effet, j’ai réalisé il y a peu que notre famille abritait ce qu’il est convenu d’appeler un pervers narcissique. Un PN, pour les intimes. Ce trouble de la personnalité est défini dans le DSM IV, pour ceux qui connaissent cet ouvrage qui répertorie les maladies psychiatriques. Nous avons ainsi adopté Domino, dit « Domi », beau chat mâle, à notre arrivée en France. Je l’ai observé grandir, et développer ces caractéristiques que je vous décris ici, et qui résument bien les stratégies du PN.

Pour rappel, les 3 armes principales du PN tiennent dans ces mots : séduction, culpabilisation et victimisation. Le PN qui se respecte peut utiliser successivement ou de manière simultanée ces stratégies, mais l’objectif reste le même. Car le PN a pour but d’asseoir son autorité, son pouvoir sur l’autre. Pour cela, il est prêt à le manipuler, l’asservir et parfois même, dans les cas les plus graves, à provoquer sa destruction… Ce qui, dans le cas d’un chat, est d’une violence toute relative, je vous l’accorde…

Dans le cas de Domi, les comportements de séduction sont assez évidents. Il met le paquet pour obtenir ce qu’il recherche : ronronnements intempestifs, qu’il garde cependant discrets et exclusivement associés à l’attention qu’on peut lui porter. Il distribue ainsi au compte goutte ses marques d’affection, qui restent factices et étudiées. Car le PN n’aime personne, en dehors de lui-même (et encore, même pas toujours…).

Imperméable à l’empathie, il n’est pas capable de percevoir les sentiments d’autrui, ou alors s’il y arrive, c’est pour s’en servir contre celui qui les exprime. Ce qui amène notre bon vieux Domi séducteur à opérer dans l’ombre et sans la moindre trace de culpabilité, lorsqu’il s’agit de s’approcher à pas de velours de l’oiseau qu’il a choisi comme victime. Car il a beau être bien nourri chez nous, rien ne peut l’arracher à ces jeux sadiques qu’il aime mettre en œuvre contre les proies qu’il capture pour jouer avec… Il s’en approche donc, concentré, et au dernier moment, effectue le mouvement fatal où il pose la patte sur le pauvre volatile. S’ensuit le jeu pervers qui consiste pour lui à s’amuser de la souffrance du pauvre animal, jusqu’au funeste moment où il perdra patience et mettra à mort sa victime… Le plaisir étant alors sa seule motivation, il refusera de se repaître de la carcasse, qu’il laissera pourrir dans un coin du jardin, quand ce ne sera pas sous le lit d’un quelconque membre de la famille (en l’occurrence, Sacha le plus souvent).

Autre arme du PN, la culpabilisation, qui fonctionne en miroir avec le dernier outil de sa sanglante panoplie : la victimisation. Domi nous sert le jeu de la victime lorsqu’enfermé dehors, il nous implore avec des yeux de chat battu pour qu’on lui ouvre la fenêtre. Ce faisant, il nous fait passer pour des monstres sans cœur qui bafouent et ignorent les besoins d’un pauvre chat à qui nous devrions respect, amour éternel et caresses infinies ! Le PN agit ainsi, en torturant sa victime. Et lorsque celle-ci s’avise de réagir ou de se rebeller, elle se fait arroser d’une pluie de reproches. De victime, elle passe alors bourreau de son PN personnel. Celui-là même qui s’évertue à la rendre coupable de la situation, de ses malheurs et de sa gamelle vide !

Non content d’ignorer les signaux de souffrance de sa victime (car à ce moment là, Ben est en train de bosser et s’énerve de devoir faire les 4 volontés d’un félin, même frigorifié !), le PN de service rend l’autre responsable de la situation qu’il a pourtant créée lui-même, et aura tendance à se victimiser (« je suis un pauvre chat affamé, j’exige qu’on m’ouvre car je suis le plus beau chat du monde ! »). Il va même souvent se nourrir de la souffrance de celui qu’il manipule ou agresse, lui imposant la conviction de sa supériorité notoire sur les autres (il n’est pas narcissique pour rien). Toute tentative de rébellion est ainsi sévèrement réprimée, punie voire écrasée dans le sang et la violence, si subtile soit-elle (allusions désobligeantes, dénigrement… ce qui, dans le cas qui nous occupe, est assez limité vu que les chats ne parlent pas !). Le but étant bien sûr d’asseoir un peu plus la domination sans faille du chat pervers sur ses maîtres et son entourage. Il faut savoir également que la victime est généralement choisie pour sa joie de vivre, son entrain et toute la lumière qu’elle fait rayonner autour d’elle. Ces caractéristiques sont celles qu’envie le PN de service, et celles qu’il a besoin d’éteindre, d’exterminer afin de se sentir (de façon illusoire en fait) mieux.

Après avoir bien observé mon sujet d’étude (ainsi que d’autres formes moins poilues vivant dans mon entourage proche), j’en suis venue à m’interroger sur les moyens d’assurer sa survie en cas de rencontre ou de fréquentation d’un PN. Ma conclusion tient dans ces mots : « courage… fuyons ! ». Bon, je conviens aisément que la chose n’est pas toujours possible. Dans le cas de Domi, il nous suffit de le prendre par le collet pour le mettre dehors en cas de non respect des règles de vie qui ont cours à la maison. Mais pour les autres cas rencontrés, l’indifférence est également une arme fatale qui ne nécessite qu’un peu d’entraînement et s’avère bien vite très payante sur un plan énergétique, le PN s’excitant tout seul sur une victime qui n’est plus consentante et s’écarte de son jeu avec flegme. Se faire aider me semble indispensable quoi qu’il arrive, car les PN ont les moyens d’ébranler sérieusement les équilibres mentaux les plus solides…

Bon, je vous laisse, Domi réclame sa pâtée !

Et pour ceux que le sujet interesse, je vous laisse un lien vers une vidéo glaçante et qui décrit dans une fiction criante de vérité à quoi ressemble le PN qui se planque dans le quotidien de tant de personnes… https://www.youtube.com/watch?v=wokOgLqdtf4 

Et je recommande la lecture de cet excellent livre sur le sujet: Mettre les pervers échec et mat d’Hélène Vecchiali, ed Marabout (2017) 

L’enfant intérieur

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Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de partager avec vous un écrit que j’ai rédigé il y a des années de cela, à l’occasion du concours national de Radio Canada. Cette nouvelle a fini dans les 30 premières, et je l’ai écrite en quelques minutes, alors que les 3 autres, que j’avais soumises au préalable, j’avais planché des heures dessus sans susciter de réactions de la part du Jury ! Preuve s’il en est que le vrai travail se fait souvent à notre insu, et que le fait de ne pas contrôler les choses est une bénédiction… En tout cas, la nouvelle que vous lirez ci-dessous est mon cadeau à vous, lecteurs, pour 2017.

Je vous souhaite des gouttes de soleil, de la joie liquide à répandre dans tous les yeux, de l’amour à éparpiller en poussières dans tous les coeurs…

Mon enfant intérieur et moi, on a mis du temps à se rencontrer. En fait, je l’avais toujours ignoré. Sans le vouloir, bien sûr, je ne savais tout simplement pas qu’il était là. Il me regardait, parfois. Me tirait sur la manche, histoire de me faire comprendre que mon insistance à le snober l’agaçait un peu… Rien à faire, je ne le voyais pas. En réalité, je mens un peu, voyez-vous, je savais bien qu’il existait. J’avais eu des aperçus, il y a très longtemps. Petit, je jouais tout le temps avec lui. On s’amusait bien, tous les deux, on faisait les quatre cent coups. C’est sûr qu’avec papa qui gueulait souvent, et maman qui n’avait pas le temps, je le cachais souvent. Parce qu’il ne fallait tout de même pas qu’il se frotte aux grands avant l’âge. Après tout, il était encore petit, et moi je devais le protéger. Je suis fort, moi, et c’est mon boulot, de protéger les petits. C’est comme ça. Jamais rien trouvé d’autre à faire. Enfin, si. Disons que je ne pensais pas pouvoir faire autre chose. Avant. Avant de devenir grand.

Bref, j’ai grandi, et le petit a foutu le camp. Il venait me voir, encore, de temps en temps. Il se posait deux minutes. Quand j’étais en vacances, par exemple. Il venait tout doucement, sur la pointe des pieds. Un vrai petit fantôme. Et me soufflait des mots à l’oreille. Ça ressemblait à des choses drôles comme : « Dis, tu m’avais promis un jour de m’emmener rouler dans les vagues ». Alors moi, naturellement, je lève les yeux de mon bouquin que je lisais tranquillement. Je regarde la mer devant moi, depuis ma petite chaise ridicule que Juliette adore trimballer sur les plages. Avec mon short à grosses fleurs, j’ai sûrement l’air d’un grand… con. Sans doute. Alors j’écoute la petite voix toute douce. Et j’aperçois les vagues qui s’arrachent à la mer dans un bruissement de sable. J’aime ça, écouter le bruit, c’est comme un battement de cœur, en plus léger. Et puis je finis par tourner la tête vers mon petit gars, je lui dis « attends un peu, je finis mon chapitre ». Le truc est simple. Le pavé que je lis n’a aucun chapitre. Juste une longue histoire – un peu indigeste, d’ailleurs – que je lis depuis des semaines. Il ne le sait pas, lui, le petit. Il dira rien. Alors je baisse la tête sur mon livre, et je continue. Et je constate, à la fin de l’après-midi, quand le soleil commence à se coucher tranquillement sur la mer, que le môme n’a pas ramené le bout de son petit nez. Il a dû se lasser.

Je ne faisais pas trop attention, à force. J’étais habitué à ses petites intrusions. Il aimait bien quand j’étais seul, par exemple. Il venait alors, subrepticement, et me demandait de faire des choses, de lui fabriquer un avion en papier, d’inventer une machine à faire du chocolat. Bon, je l’écoutais un peu, m’énervais parfois. J’arrivais toujours à le tenir un peu à distance. C’est vrai, quoi, avec les enfants, il faut toujours se méfier, sinon on se fait bouffer. J’avais appris l’expression parfaite : « Il faut poser des LIMITES ». Voilà. Une fois qu’on a compris ça, ça va tout seul ! Mais mon petit, il ne me lâchait pas. Les limites, c’était celles de son imagination, autant dire que pour lui, ça n’existait pas. Alors un jour, j’en ai eu assez. Je l’attendais, là, tranquillement assis à mon bureau. Tout le monde était parti depuis longtemps, j’avais un rapport à terminer. Juliette devait déjà dormir, et moi, je restais là, penché sur mon ordinateur, avalant de grosses gorgées de café froid pour me tenir éveillé. Mais en fait, je guettais sa présence. Au bout d’un long moment, quand il a pu être sûr que personne n’était dans les parages et que j’avais l’esprit bien occupé (il adore venir me déranger quand je suis concentré sur quelque chose, ça doit être son côté pervers, sans doute), il est arrivé près de moi. Il s’est penché d’un air inspiré sur ce que j’étais en train d’écrire, ce qui m’a assez agacé, je dois dire. Et puis il a laissé éclater un rire clair comme une fontaine. Il semblait impossible à calmer. Et ça allait bientôt être mon cas aussi. Mais il a remarqué à temps que je commençais à ressembler à une cocotte minute avant l’explosion. Ça l’a arrêté net. Il m’a alors souri, gentiment, ce qui m’a surpris. Je ne suis plus trop habitué à ce qu’on me fasse des sourires. Des vrais, je veux dire. Il y a bien les sourires faux de mes collègues, et de tous ceux à qui j’achète des trucs : les fleurs, le café, le restaurant… Mais ce sont des sourires en papier mâché, des choses qui ressemblent plus à des roses fanées qu’à des vrais sourires. Et là, mon bonhomme m’en envoie un de qualité supérieure, un sourire vivant, avec des bouts de quenottes blanches et tout. Il aurait presque pu se décrocher tout seul de sa mâchoire pour s’envoler dans la pièce. Bien sûr, ça m’a déconcentré. Je voulais lui expliquer une bonne fois pour toutes que c’était fini, terminé. Que je ne voulais plus qu’il traîne dans mes pattes. Qu’on venait de m’offrir une belle promotion toute dorée avec un ruban rose autour, et que maintenant, je n’aurais plus du tout le temps de jouer. Plus du tout. Ni de rire, de manger des vers de terre fris, de sauter à la corde ou de visiter des grottes de fées. Juste des rapports à taper, des poignées de main à serrer, de l’argent à mettre à l’abri dans un compte tout neuf spécialement ouvert pour ça…

Au lieu de cela, voyant ce sourire en or massif, je me mets à rire. Un rire ouvert, qui éclate sur les murs fades du bureau. Un rire qui explose d’un coup tous les néons au-dessus, et qui ricoche sur les fenêtres qui donnent sur les tours d’à côté. Je ne comprends rien. C’est comme si ce bruit qui m’avait quitté il y a une bonne dizaine d’année avait réintégré son habitat. Je venais de sauver sans le savoir une espèce en voie de disparition! Alors ça m’a foudroyé, de me rendre compte que même le rire se permettait de faire une intrusion chez moi sans même m’en avertir. Je me suis levé et, sans jeter un seul regard à mon petit bonhomme qui devait être bien étonné, j’ai pris mes vêtements, ma sacoche, et je suis parti en claquant la porte. Non mais. Cette fois, j’ai pensé en dévalant les escaliers, je devrais avoir la paix pour un moment. C’est vrai, quoi, à la fin. Pas moyen d’être tranquille, alors même que je m’étais barricadé dans mon bureau après le départ de tout le monde! Mais j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur, je me suis dit « après tout, il doit se sentir seul, ce petit, c’est pas de sa faute ». Mais je décidai ce soir là de lui dire mon sentiment, et sans détour cette fois, la prochaine fois qu’il se permettrait encore une intrusion inopinée.

Le temps passait, pas de nouvelles de mon petit collant. Ça m’arrangeait. J’avais de moins en moins de temps, et surtout pas celui d’aller faire des niaiseries sur le bord des vagues! Le travail absorbait une quantité considérable de mon énergie, et je consacrais les miettes qui restaient à ma femme, toujours aussi dévouée, mais plus distante. Bah, je me répétais le soir quand je rentrais trop tard pour la voir, ça va finir par s’arranger. Elle m’avait vaguement parlé de quelques soucis de boulot, et elle avait conclu qu’elle avait peut-être besoin d’un break. La vie s’écoulait donc paisiblement, mais je devais de plus en plus souvent voyager, pour le travail. Juliette m’appelait tous les jours, on était bien. On s’organisait même des fins de semaine dans des endroits exotiques. C’est ce qu’il y a de pratique quand on a un gros boulot : on a plus d’argent pour se reposer de la surcharge de travail que ça occasionne. Alors on se voyait elle et moi dans ces occasions. Et je pouvais facilement profiter de la plage, sans entendre la petite voix qui m’appelait pour que je vienne me rouler dans les vagues.

Un jour, j’ai dû partir à San Francisco pour un congrès très important. Comme j’avais la possibilité d’y emmener, Juliette, elle était venue avec moi. C’était bien, cette opportunité de partir à deux. Ça faisait quelques mois qu’on avait pas pu se trouver du temps en amoureux. Alors on était allés se promener en ville et on avait bu des cocktails très chers et très colorés dans un bar qui donnait sur la baie. C’était beau, on était amoureux, on se tenait par la main, et le congrès ne commençait que le lendemain. C’était une de ces nuits d’été qui vous remplissent la tête de nuages, on ne peut pas s’empêcher de trouver que ça sent bon partout, que les gens sont gentils, et que vivre est quelque chose d’extraordinaire. On marchait, tous les deux, et puis on est rentré à l’hôtel, tout émoustillés. On avait commencé à s’embrasser à peine arrivés dans la chambre. La pénombre qui habillait la pièce faisait une atmosphère très romantique, et j’avais une envie carnassière de la peau de Juliette. Elle aussi, je pense. On s’était déshabillé avec une fièvre peu habituelle, et on s’était jeté l’un sur l’autre avec un appétit qui aurait fait honte à un ogre. Après l’avoir dévorée et subi le même sort, j’étais resté allongé à ses côtés. Je regardais les étoiles qu’on apercevait depuis la fenêtre. Juliette est alors partie se faire couler un bain. J’ai alors entendu un bruissement. Un mouvement presque imperceptible. Ça bougeait, à côté du lit. Les draps, quelque chose, ça m’intriguait. Soudain, je l’ai reconnu. Il s’amusait à se déguiser en fantôme avec les draps du lit, le gamin! Sur le coup, surpris, j’ai souri parce que ça m’avait amusé, ce petit jeu. Et puis je me suis souvenu de mes résolutions. Pas question que le môme vienne encore me pourrir la vie ! Alors je m’apprêtais à lui dire de me fiche la paix une bonne fois pour toute, avec toute la sévérité de grand-qui-a-de-l’autorité dans la voix. Quand il s’est redressé pour me regarder. Il a fait un truc incroyable. Il s’est mis à dessiner le contour de mon visage de sa main minuscule d’enfant de 4 ans. Il devait bien avoir 4 ans je pense. Et sa main se posait là, aussi léger que s’il avait passé une plume le long de ma joue. J’étais incapable de réagir, bien sûr. Je le laissais faire, sidéré de sentir ma peau se parcourir d’un long frisson. Quelque chose qui ressemblait à de la douleur, et à de l’attendrissement en même temps. Un truc impossible, quoi. Il était là, et j’étais bras ballants à côté, ne sachant plus quoi faire ni quoi dire. C’est alors qu’il s’est mis à me parler. Lentement, comme s’il avait peur qu’avec mes oreilles de grand, je ne comprenne pas. Il a dit : « Peut-être que tu voudrais que je parte pour toujours. C’est triste, ça, parce que moi je t’aime. Je suis pas capable d’aller ailleurs, c’est chez toi ma maison. Ça fait longtemps que je t’attends, tu sais. Je m’occupe, je joue avec des bouts de ficelle ou je lis des livres, des fois. Des livres pour les enfants, tu vois, avec des images et tout. Mais je m’ennuie. J’aimerais bien que, des fois, tu me prennes par la main, que tu me racontes des choses que tu sais. Et puis je sais pas pourquoi je suis obligé de rester là, mais c’est comme ça. Alors, s’il vous plait, tu pourrais pas jouer avec moi, des fois. Un peu, pas beaucoup, juste pour tenir la queue du chien pendant que je le caresse. Ou alors pour aller voir grand-mère Lisette et manger ses crêpes, tu sais, celles qu’on avalait quand tu étais petit. Elle t’attend, grand-mère, et elle m’a dit qu’elle allait bientôt partir. Alors faut pas que t’attende trop. Et puis j’ai décidé que j’irai avec elle, si tu veux plus me voir. On se donnera la main, tous les deux, et on s’en ira voir le pays des girafes, là où qu’y a de la neige et tout. Ou peut-être qu’on ira là où qu’elle a dit, avec les nuages. Tu comprends? »

À ce moment là, j’entendais le bruit liquide de Juliette qui barbotait dans son bain. Aucune lumière pour faire briller ce qui coulait de mes joues. Tant mieux, c’est pudique, un grand. Mon petit homme se tenait tout droit devant moi, avec un visage sérieux comme je lui en avais jamais vu. Je ne savais pas quoi répondre. C’est vrai que j’avais été dur, avec ce petit. Je l’avais ignoré, je l’avais puni, parfois, écouté, trop peu. Je l’avais mis dans une petite boîte que j’avais refusé d’ouvrir, ne serait-ce que de temps en temps. Forcément, à la longue, il menaçait de manquer d’air. Alors je l’ai pris dans mes bras. Je l’ai serré longtemps, à la lueur des étoiles. Et je lui ai promis que j’allais bientôt lui construire un bateau, pour lui tout seul. Un truc qui va sur l’eau et qui fait des courses avec les dauphins. Après lui avoir fait un bisou pour qu’il s’endorme vite, j’ai rejoint Juliette. Dans son bain. Avec ma robe de chambre. Elle riait, ça faisait plaisir à entendre. On a parlé longtemps, nous aussi. À la fin, elle a fait comme moi, elle s’est mise à pleurer.

Aujourd’hui, Lam a 4 ans. On l’a conçu pendant cette fameuse nuit à San Francisco. On a amarré ‘Petit Môme’ dans un petit port de Nouvelle Zélande, et il fait un temps splendide. Juliette a un bronzage doré qui lui fait les épaules cuivrées. Et mon petit bonhomme est assis à la barre, je lui apprends à naviguer. On prévoit d’être en Europe dans une petite année. Après, je ne sais pas encore. On verra bien. Ça dépendra des vents.

 

Journée lente

Alors que se profilent à l’horizon les vacances, et la nouvelle année, avec son petit sac bien rempli de résolutions que l’on s’emploiera à suivre (ou pas), voici un peu de grain à moudre pour votre moulin personnel…

J’ai fait hier une expérience que j’aimerais partager avec vous, sur l’inépuisable sujet de nos dépendances de toutes sortes. Un thème bien connu dans le médical, puisqu’une dépendance, elle nous tient dans sa petite main crochue et ne nous lâche que lorsque nous avons réussi à la démasquer et à la brider. Là ! Reste sage, petite dépendance, fini de jouer ! Tout ça à cause de la fichue dopamine, l’hormone du plaisir, de la récompense, qui se croit obligée de sortir de sa cachette synaptique chaque fois qu’une occasion surgit. Alors pour certains, cette petite coquine va jouer les filles de l’air face à une partie de poker, pour d’autres, devant un jupon un peu trop virevoltant, un moyen de faire du fric rapide, ou encore la perspective d’un verre d’alcool… Les histoires sont brèves, le plaisir court mais la dopamine explose dans le cerveau et pour quelques secondes, c’est le bonheur ! Pour Noël, la furie d’achats sera cette petite prison chimique qui nous clôt le regard et ouvre grand le porte monnaie, dans une furie dépensière salutaire pour tous les commerçants de la terre.

Et moi, naïve, j’ai longtemps cru que j’étais dénuée de ces dépendances que j’observais chez les autres… Naïve, vous ai-je dit ? Trop !

Car force est de constater que ma dépendance, elle est bien réelle, même si elle prend une forme un peu atypique, ou alors trop courante mais peu reconnue. Je suis accroc au mouvement ! A l’action, à la tâche, au coup de main intempestif, à la galopade précipitée vers la moindre source d’occupation. Le principe est tout bête. Prenez un moment dans la journée où rien n’est vraiment prévu, où un espace peut prendre ses aises et se mettre à respirer tranquillement. Paf ! C’est plus fort que moi ! Il faut remplir le vide ! Et je m’invente des tas de tâches plus ou moins utiles pour combler le trou ! Tout en me plaignant de ne pas avoir le temps de faire ci ou ça, le comble ! C’est pernicieux, sournois et malin, cette petite habitude difficile à dénoncer qui devient maladive. La maladie de l’efficacité prétendue, où l’on sacrifie volontiers une forme de sérénité tranquille sur l’autel de la rentabilité et de la perfection ! On n’a jamais fini de lui faire la chasse à celle-là !

Si bien qu’hier, fatiguée de ces derniers mois, et devant le temps humide, gris et froid, j’ai mené une petite révolution tranquille. J’ai décrété la journée du pyjama, une journée lente où rien de productif de ne réaliserait. Pyjama, thé vert fumant à côté de moi, je tricote, lis et vagabonde dans une maison chaude. Pas d’objectif, juste du plaisir et de la lenteur. Je crois que la dernière occurrence d’une telle expérience datait… du bateau ! Il était temps de s’y remettre, 3 ans et demi plus tard. J’en suis encore toute retournée, apaisée et guérie temporairement (ne rêvons pas, on ne quitte pas une dépendance comme on finit un verre d’eau) de ma petite habitude tenace et chronophage.

Alors si le virus du faire vous touche également, on pourrait faire un club de résistance à son emprise mondiale, et lutter ensemble pour faire de la place pour des journées lentes en 2017… Qu’en dites-vous ???