Mes bonnes adresses à Tours

Café de la Victoire

Depuis longtemps, et vu que je vais bientôt quitter cette jolie ville, je souhaitais vous faire un palmarès de mes meilleurs coins à Tours. C’est un peu une façon de partager avec vous des chouettes endroits que j’aime fréquenter, des bons plans, et de remercier aussi des personnes qui tiennent ces lieux qui font du bien ou qui permettent de développer une fibre écolo qui prend ses aises de plus en plus dans notre environnement.

            Aujourd’hui, je voudrais évoquer les cafés. J’ai un rapport très particulier avec ces endroits où flottent des odeurs de petit crème tout frais et de gâteaux fraîchement sortis du four. C’est en effet là que j’écris. J’adore m’asseoir à une terrasse et passer deux ou trois heures à faire avancer une histoire ou à prendre des notes pour mon prochain bouquin. L’important, ce n’est pas tant la qualité du café (je suis aussi grande amatrice de thé !) que l’accueil, l’énergie que je sens dans la boutique. Et à ce titre, les choix que je vous présente ici sont l’heureux mélange d’un accueil aux petits oignons, et de boissons de qualité. Je vous laisse donc imaginer dans chaque endroit des effluves d’expresso et les sourires qui les accompagnent.

LE CAFÉ DE LA VICTOIRE

J’y suis tout le temps fourrée. J’adore la mine avenante et profondément gentille de la patronne, qui se promène en jean décontracté et queue de cheval à longueur d’année. La déco du coin est sympa, toute refaite à neuf, et les miroirs, les baies vitrées font des lieux un endroit lumineux et accueillant. Le café de la Victoire donne sur la petite place de la Victoire et a ses habitués. Il est pas mal achalandé le mercredi et le samedi, marchés de fripes et de brocante oblige, et cela donne une ambiance bon enfant dont profitent les exposants autant que les promeneurs pour discuter le coup autour d’une bière. J’aime l’ambiance musicale un peu rock, et la mine des clients, dont certains viennent pour le plaisir de discuter le coup dès l’ouverture. Le café est du tonnerre, mais le thé aussi, ce qui est assez rare. La plume glisse toute seule dans cet endroit cocon où je retrouve ma muse avec plaisir et elle me chante à l’oreille en se mirant dans les miroirs décorés de ce chouette endroit. Mon best of pour écrire !

LE COURT CIRCUIT

Petit voisin du café de la liberté, car situé sur la même place, le Court Circuit est un de mes petits chéris pour des raisons d’abord sentimentales. Jeff, fondateur de l’endroit, avait en effet fait un appel à toutes les compétences pour le rénover et concevoir le mobilier en bois de palette en 2015. Il venait de louer cet emplacement pour y installer un café locavore, un concept assez récent, et s’était lancé dans l’aventure avec un financement participatif, beaucoup de bonne volonté et une vision écolo-sympathique qui m’a tout de suite plu. Qu’à cela ne tienne, nous sommes venus mes garçons et moi visser des vis, couper des planches et construire des tabourets pour décorer le futur café. Le résultat est vraiment étonnant. En un poil plus d’un an, le Court Circuit est devenu une référence locavore dans la ville, et toute la vie associative alternative et animée par des valeurs écolo et altruistes se retrouve désormais dans ses murs pour des conférences, des réunions et des animations de toutes sortes. Et comme Jeff a un charisme naturel et un enthousiasme communicatif, il a embarqué dans son sillage toute une brochette de personnes aussi dynamiques et branchées que lui sur les questions d’environnement. Bref, j’ai eu le plaisir par son intermédiaire de faire la connaissance, dans ce bateau équitable, de marins tels qu’Emily, au sourire mutin, Paul, chaleureux et menuisier de talent, sans oublier Loïc et les autres. Le Court Circuit, c’est passer un après-midi peinard à discuter entre amis autour d’une bière locale ou d’une tisane du coin dans une ambiance décontractée à la déco originale, avec un accueil adorable et des petits plats maison extras.

BRUNCH ET GOÛT THÉ

Il m’est arrivé pendant longtemps de errer parmi les cafés de Tours sans trouver l’endroit où viendrait l’inspiration. Je cherchais un mouton à 5 pattes et je me perdais dans des cafés où l’ambiance ne permettait pas à l’écriture de prendre sereinement son envol. Et puis j’ai atterri à Brunch et Goût Thé. D’emblée, poser les pieds dans ce salon de thé, c’est s’exposer à des odeurs enivrantes de gâteau chaudement sortis du four… Gourmands de tous poils, gare à vos papilles ! Les douceurs sont délicieuses et toutes faites maison… Déco de jardin d’hiver, avec les chaises en métal à l’assise couverte par les traditionnels petits coussins, au pied des tables rondes en métal. Le tout dans des teintes vertes, et la libellule pour mascotte. Accueil discret de la patronne, qui cuisine en arrière boutique pour préparer le lunch qui sera copieux et goûtu à souhait. Gentillesse tranquille du serveur, aux petits soins avec les clients et qui distribue sans compter de discrets sourires. Des thés à tous les parfums et tous les goûts, servis dans de petites théières en porcelaine. Sans oublier un chocolat chaud maison à tomber par terre. Même la version viennoise, avec sa montagne de chantilly, n’est pas nécessaire. C’est du concentré de chocolat, tellement épais que la petite cuiller tient presque toute seule dans la tasse ! C’est là que je peux écrire durant des kilomètres sans lever le nez, sûre que j’évolue dans un cadre où tout peut arriver.

LE PETIT ATELIER

Ce café est minuscule, bien planqué entre deux maisons de la rue Colbert, dans le centre de Tours. On y entre et on est pris d’emblée par les odeurs de café moulu qui flottent dans la place, immanquablement. Car la spécialité du petit atelier, c’est précisément le café, de toute première qualité, et décliné sous toutes ses formes. Les puristes qui tiennent l’endroit se déclarent opposés au déca, souvent fabriqué avec des solvants ou utilisant des quantités d’eau aberrantes. Une petite fibre écolo qui n’est pas pour me déplaire. On choisit sa boisson, et il serait dommage de passer à côté de leurs nectar de café, préparés à toutes les sauces, entre les expressos, les lattes décoratifs (ils sont parmi les seuls que je connaisse à faire ces jolies décos avec de la mousse de lait que j’aimais tant à Montréal) et toutes les déclinaisons possibles autour du café. On s’installe sur un des petits fauteuils à dossier, ou sur les tabourets bas, à moins qu’on se laisse tenter par le canapé du fond. Ambiance feutrée, c’est l’endroit parfait pour les conversations intimes à 2 ou 3. Quant à moi, je ramène ma fraise pour une séance d’écriture décontractée. En hiver, j’y plonge pour quelques heures avec délectation, sûre de pouvoir avancer sans être dérangée au fil des mots qui se déposent sur mon écran…

LE VIEUX MÛRIER

Le Vieux Mûrier est un des cafés mythiques de la fameuse place Plumereau, dite « Place Plum » par les tourangeaux. La déco y est celle d’un bistro fleurant bon les années, avec comptoir en bois, petites lampes de chevet et photos anciennes. C’est un de ces lieux où l’on se sent immédiatement chez soi. Et les serveurs, diligents et sympas, soulignent avec gentillesse cette impression de confort cosy. J’y viens été comme hiver, aimant autant faire le lézard écrivain sous l’auvent qui longe la vitrine, qu’autour de la petite table qui se niche dans un coin du café, avec sa petite lampe abat jour et son point de vue discret sur les tables alentour. Je peux passer des heures entières à dérouler mes histoires entre ces murs accueillants, en sirotant des cafés excellents et des thés parfumés dans une atmosphère paisible.

(Visited 3 times, 1 visits today)

Joie qui s’échappe se partage

On évoque souvent, lorsque l’on vieillit, les personnes toxiques qu’il faut laisser derrière soi. Ces personnes qui ne vous aiment pas, qui ne se soucient pas de votre bonheur, ou que votre joie menace tout simplement. Soit. C’est un travail à faire, de laisser partir et de ne plus s’employer à plaire à ceux qui ne veulent rien savoir de nous.

Mais quid des autres ? Comment trouver et s’attacher à ceux qui sauront se réjouir avec nous de nos victoires, de nos bonnes nouvelles ? Car ces personnes là, dans la vie positive que l’on se souhaite peut-être, une petite vie toute jolie et pimpante, elles ont une importance capitale. Il ne faut non seulement pas les oublier, mais les reconnaître dans le réseau d’amis plus ou moins proches, plus ou moins chers, que nous avons sans doute.

Je parle ici de gens qui nous entourent et qui savent s’émerveiller et se réjouir pour les autres. Ces hommes et ces femmes qui sont suffisamment à l’aise dans leur vie pour faire de la place aux victoires des autres. Un petit trésor d’amis qui se découvrent parfois dans les joies impromptues que l’on ne peut s’empêcher de partager autour de soi et qui viennent rire avec nous des sourires que l’existence nous envoie soudain. Ces personnes là sont précieuses, qui dansent avec nous lorsqu’on a le cœur qui déborde de gratitude et qu’on a besoin de le crier à tous vents. Et c’est souvent celles-là qui seront les mieux à même de nous tenir la main, lorsque l’horizon se noircira comme il le fait toujours à un moment ou à un autre.

L’énergie circule, l’amour se partage, et les personnes bienveillantes, quand on met la main dessus, il est important de le réaliser et de chérir leur présence.

(Visited 9 times, 1 visits today)

La solitude improbable du rêveur

Je suis au milieu d’un bouquin que j’écris sur les rêves. Et pour cela, je rencontre des rêveurs. Pas des gens hors du commun, bizarres ou aux parcours aberrants. Non. Des personnes comme vous et moi, et qui ont pourtant ce petit quelque chose de différent. Qui savent entretenir des projets un peu fou dans un quotidien balisé. Des gens qui ne se laissent pas pourrir par les critiques ou les avis négatifs que d’aucuns pourraient avoir sur leurs projets. Des hommes et des femmes qui suivent leurs aspirations profondes et qui foncent, sautent, risquent et se lancent. Et puis parfois ressort cette remarque chez certains. Ce sentiment de solitude par rapport aux limites de ce qu’ils peuvent partager de leur doux délire avec les autres. Il n’est en effet pas si rare que les autres ne veuillent pas entendre les histoires des personnes qui sont trop éloignées de leur trajectoire personnelle, ou les récits jubilatoires de quelques rêveurs qui réalisent ce qu’eux-mêmes peinent à seulement envisager dans leur quotidien. C’est vrai : vivre une vie différente condamne parfois à un certain degré de solitude. Je me sens proche de cette analyse, avec toutes ces parenthèses incroyables que nous avons pu vivre en famille. On peut alors partager des bons moments, des joyeusetés, des légèretés passagères, mais les vrais échanges profonds, on les garde pour ceux qui peuvent les recevoir. Comme si le terme « extra terrestre » nous collait au visage, en filigrane. Alors qu’on n’a pas l’impression, au fond, d’être si différent. On a juste envie, besoin, de vivre une vie qui ait du sens à nos yeux. Mais le cercle invisible est là, qui n’est pas souvent franchi par d’autres qui ont des vies plus conventionnelles. C’est ainsi, c’est le jeu. N’empêche que ça fait diablement plaisir de recueillir les témoignages de ces personnes que je rencontre et qui ont un courage incroyable, celui de réaliser leurs rêves au quotidien. Trop hâte de vous les présenter !

(Visited 8 times, 1 visits today)

Deux mots, une chanson

L’enfance arrive, avec son lot de moments où l’enfant se forge des rêves sur-mesure à coup de chansons et d’histoires de lutins. Alors le petit chéri réclame jour après jour, heure après heure et même minute après minute la répétition sempiternelle d’un enregistrement de chanson enfantine. Il repasse inlassablement les mots, la musique qui le fait chanter. L’enfant grandit, et les airs se logent dans un coin du cœur. Il prend ce qui passe et se construit une mémoire des sons qui lui tient la tête hors de l’eau pendant les tempêtes. Et puis un beau jour, il passe des comptines aux chansons pour les grands. Se fraye un chemin dans la jungle des auteurs compositeurs qu’il faut déblayer à longueur d’écoute.

            Mon petit dernier est aujourd’hui suspendu aux lèvres de Grand Corps Malade. Lui qui n’a pas démontré trop de penchants musicaux depuis qu’il est petit, il tombe sous le charme. Dans la voiture, il couche son torse sur ses cuisses, tête en bas, et laisse les mots dévaler les notes de ses albums. Il savoure la voix grave et lente, mesurée et bienveillante. Une voix qui regarde avec amour ces scènes qu’il caresse sans se lasser. Et Laé se concentre, il ne perd aucune nuance, et demande à réécouter les musiques et les sons qu’il a désormais adoptés. Tout comme il pouvait demander, petit, à ce qu’on remette une dizaine de fois de suite la chanson de Léon le Hérisson ou Lulu la tortue.

            Il n’aura qu’à patienter un peu, et nous la lui offrirons, la musique. Chacun de nos enfants aura un lecteur de musique pour ses 15 ans. Un âge important pour découvrir les auteurs, et choisir ceux qui leur correspondront le mieux. Une porte ouverte sur le monde artistique et les émotions muettes.

Moi, j’ai le cœur qui se dilate d’observer cet éveil à une façon d’exprimer ce qui nous habite.

(Visited 8 times, 1 visits today)

Guerre à coups de plume

Cairn au sommet du mont Lozère

Je suis en train de lire un livre qui est un véritable maître d’écriture à mes yeux. Il est terriblement bien écrit, les mots sont choisis, érudits, précis. Les descriptions fouillées, les ambiances remarquablement rendues, impliquant les 5 sens, de sorte que l’on se sent voyager en lisant les mots. Pourtant, je n’éprouve aucune émotion en le lisant. Je ne parviens pas à me transporter dans le cœur des personnages. C’est un écueil que j’essaie à tout prix d’éviter dans l’écriture, et sans doute, je n’y parviens pas souvent. Pourtant, c’est à mon sens là que réside le vrai talent d’écriture. Car dans ce livre, tout est contrôlé, cadré, prévu. La vie ne bouge plus, cloîtrée qu’elle est sous la structure, le déroulement logique des chapitres, l’agencement chronologique des idées, des événements. Aucun des personnages n’a été autorisé à sortir du rôle qu’on lui avait assigné. Ce livre, c’est un peu comme un squelette sur lequel on aurait enlevé la moindre trace de chair. Il n’y a plus rien à ronger pour le lecteur que ces descriptions où l’âme n’a pas pu se réfugier, faute d’un abri assez accueillant.

            Personnellement, je n’apprécie rien tant que ces livres où la vie s’invite sans demander la permission. Je trouve que les meilleurs romans ont ce petit quelque chose de fou et d’incompréhensible qui échappe à l’intellect froid du roman « bien maîtrisé ». Même un polar savamment conçu (et où la structure, le déroulement de l’intrigue a une importance capitale) peut répondre à ce critère, pour peu que l’auteur accepte de laisser à ses personnages la bride sur le cou. Je l’imagine, moi, ce héros, se levant soudain de la page, brandissant un poing minuscule, furieux et révolté, à la face de l’écrivain qui voudrait le mettre sous cloche. Sautant près de la main de ce dieu de pacotille qui tente d’aller au bout de son histoire, tel un farfadet facétieux, je vois le petit personnage subtiliser la plume de l’inventeur effaré, et se mettre à promener sur la page lisse le stylo qui pour lui a la taille d’un jeune arbre. Histoire d’écrire la suite de son aventure, avec ses mots à lui. Des mots empruntés à la vie grouillante et imprévisible que l’on a chaque jour devant soi, sans pouvoir toujours en maîtriser le cours.

Il me semble que ce n’est qu’à ce prix que l’on trouve les bons mots pour conter un récit qui pourra vibrer d’une vie qui lui est propre. Il est impératif que la plume suive sa propre logique, et les personnages incarnent la vie qui est la leur dans l’intrigue à demi dévoilée par l’auteur. Ce n’est que lorsque l’auteur accepte ainsi de lâcher prise sur le destin de ses héros que ceux-ci accomplissent le mieux leur mission. Mener le lecteur en imaginaire, comme dans un pays magique où il va connaître un pan de vie authentique. Et puis, à tout prendre, j’ai parfois malgré tout connu cette perte de contrôle, et j’ai goûté avec bonheur à ce sentiment d’imprévisibilité merveilleuse où l’histoire s’échappe du cadre et gagne des rivages que l’on n’avait pas anticipés.

Finalement, ce livre dont je vais terminer la lecture est un excellent professeur d’écriture. Je me demande simplement à quoi ressemblerait l’histoire, si les personnages avaient eu leur mot à dire…  

(Visited 26 times, 1 visits today)

Sur les traces de Stevenson, 2ème essai!

Des moineaux pépient furieusement sous le toit en bois. Je frissonne à cause du vent qui tournoie autour de nous depuis le début de l’après midi, et tourmente les branches des résineux qui surplombent nos tentes.

Lac de Naussac sous le soleil de la Lozère

Nous sommes à Chasseradès, dans l’Allier, sur les traces de Robert Louis Stevenson. C’est une sorte de pèlerinage, pour une randonnée que nous avions tenté sans succès de faire il y a 3 ans. Nous avions pour cela loué un âne, histoire d’ajouter une touche un peu originale à ce périple qui répondait bien à notre amour des aventures un peu hors des sentiers battus. Mais la femme qui nous a loué l’âne avait sous-estimé les qualités de marcheurs des enfants, et n’avait pas cru que nous tiendrions les 20, 25 et parfois 30 km quotidiens que le sentier nous imposerait. Elle n’avait pas ferré son âne, et il a déclaré forfait 3 jours après le début de la balade, ce qui nous avait obligés à changer nos plans de vacances ! Mais nous n’avions pas oublié les lumières, les paysages et les odeurs glanés au fil de ces jours suspendus…Et puis, étant par nature assez têtus, nous avons voulu aller au bout de ce chemin qui s’était dérobé de façon aussi peu cérémonieuse à nos regards.

La préparation fut pour le moins épique. En effet, il fallut décider comment transporter les kilos de bagage que nous devions transporter, sachant que nous comptions camper, comme la première fois. Il fallait bien remplacer l’âne ! On avait bien pensé à nos deux chiens pour remplir cet office, mais la taille de l’une (qui a la carrure menaçante d’un chihuahua anorexique) et la fragilité de l’autre (pourtant un solide golden mais aux articulations à préserver) nous en a dissuadés. Si bien que l’esprit fertile de Ben a tôt fait de nous inventer une solution tarabiscotée et qui nécessitait bien sûr l’exploitation de ses talents d’ingénieur. Il a donc pensé construire une charrette que l’on fixerait aux hanches du porteur, fabriquée à partir d’une structure de vélo d’enfant découpée. Mais cela nécessitait de la soudure, du matériel ad hoc, et des pneus d’une dimension spécifique. Un peu compliqué et cher pour un résultat pour le moins incertain ! Si bien que j’ai suggéré l’utilisation d’un service de portage de sacs, qui nous évitait tracas et dos en vrac. Finalement, il a brandi une botte secrète dont il est coutumier, pour nous inventer une solution sur mesure et pour le moins créative !

Chaque matin, une fois toutes les affaires pliées, nous remisons tous nos sacs dans notre voiture. Ben la conduit à notre prochain campement, et nous rejoint sur le chemin que nous avons pris en sens inverse. Mais il fait l’étape en courant, pour reprendre ensuite le même chemin en marchant avec nous. C’est imparable de simplicité et fichtrement pratique !

Nous réalisons donc notre petite transhumance confortablement, et avec de petites étapes qui nous permettent de goûter pleinement aux charmes de cette randonnée magnifique sur les traces de R.L. Stevenson. Des vacances à s’en mettre plein les mirettes, et que je vous recommande chaudement ! 

(Visited 48 times, 1 visits today)

Le point de vue de la nana qui a un mec étudiant, une veille de concours

La lumière au bout du chemin !

Il reste une petite semaine avant le début du concours… Et la vie de la famille est transformée par cette perspective, au point que je me pose quelques questions… Que faire en effet quand :

– j’arrive dans ma chambre à toute heure du jour et (presque) de la nuit et que j’entends une mélopée interminable décrivant des noms de pathologies barbares, avec leurs symptômes réjouissants et les traitements ad hoc,

– je prépare des repas veggie et que soudain déboule dans ma cuisine l’étudiant qui réclame repas cochons et greasy food pour soulager ses neurones en implosion,

– cela fait 3 mois que j’achète du café et que mon étudiant le boit en déclarant, matin après matin, qu’il faut vraiment qu’il arrête et arrive à se sevrer de sa petite drogue parce que sinon, cata le jour de l’examen, il risque de finir scotché aux toilettes

– je prévois des fruits pour le dessert, et il se jette sur les crèmes glacées

– il allume le chauffage parce qu’il fait 15 degrés dehors, et se mettrait presque la tête dans le frigo pour apprendre ses cours dès que le thermomètre dépasse les 25°C

– en guise de préliminaires, j’ai droit à une petite conférence en ligne on the bed sur les troubles de l’érection ou le cancer des voies urinaires…

– je le vois barrer chaque jour sur son mur les jours qui le séparent de son examen comme le prisonnier avant sa libération

– il ne répond plus qu’aux sms portant des questions existentielles telles que : «c’est quoi le putain de nom de l’anticorps monoclonal qu’on utilise pour le cancer du sein ?? »

– il vous prend dans ses bras, vous embrasse tendrement, puis vous regarde dans les yeux, rêveur, avant de hurler : « trastuzumab ! Evidemment ! » (réponse à la question précédente…) grrrr…

– il caresse son chien en se répétant les effets secondaires des antipsychotiques et se met à faire pareil sur le chat, qui, le chanceux, a quant à lui droit aux signes associés à l’apparition des mycoses vaginales

– il se réveille en sursaut la nuit parce qu’il vient de rêver qu’il arrivait à l’examen en retard et qu’on fermait les portes de l’amphi devant lui (et de pousser un hurlement de loup garou un soir de pleine lune)

– les réveils sont de plus en plus compliqués : il se réveillait d’un bond à 6h il y a 2 mois, le mois dernier, on a sorti une poulie pour le tirer du lit, et depuis quelques jours, j’hésite à louer la grue…

Vous l’aurez compris, l’étudiant en médecine à la veille de passer le concours de l’ECN n’est pas dans son état normal, et il est très légèrement obsédé par cette perspective rieuse et transcendante… Au point que les symptômes qu’il exhibe (petits tics nerveux semblables à des TOC, potomanie, addiction à la caféine et à la bouffe grasse et sucrée, petites sautes d’humeur, comportements hypomaniaques précédant des phases de déprime) peuvent me faire penser qu’il pourrait bien finir sous calmants sous peu ! Alors je le soigne à coups de bisous et on attend que ça lui passe en croisant les doigts pour qu’il finisse, comme il en a fait son défi personnel, premier dans sa catégorie d’âge, et surtout finaliste dans la première moitié de tous ceux qui feront le concours !

 

(Visited 31 times, 1 visits today)

La vie passionnante de l’étudiant en médecine, 2ème partie

Mon chéri est depuis 4 années membre de ce grand équipage formé par les étudiants en médecine. Le parcours est rude, semé d’embûches, au point que je les comparerais volontiers à un groupe de jeunes fous à l’assaut d’une cascade tumultueuse à bord de cano-rafts à moitié percés… Eh oui, car le voyage n’est pas de tout repos pour mon homme, qui vient de fêter glorieusement ses 45 automnes ! J’avais écrit un article voilà 4 ans sur ses conditions de vie d’étudiant (http://saltis.ca/lam/?p=1700), et le paysage a bien changé depuis, même si l’expérience est toujours aussi intense… Voici un petit aperçu de ce à quoi ressemblent ses journées, en quelques images prises sur le vif.

Sur un plan purement pratique, les stages se sont déroulés à Blois cette année, ce qui obligeait mon étudiant préféré à pédaler aux petites heures du matin jusqu’à la gare pour attraper son train. Le soir venu, il renouvelait l’expérience dans le sens inverse en se tirant la bourre avec ses collègues internes. Ce qui pouvait parfois, dans le simple but de s’assurer une victoire plus facile, mener ces derniers à multiplier ses tâches dans le service toute la journée pour épuiser le concurrent… Mais trêve de sadisme, il reste que les patients étaient encore régulièrement dupes sur ses capacités à cause de son âge. Et il fallait voir la tête du chef de clinique qu’il accompagnait dans la chambre de Monsieur B., lorsque ce dernier s’exclamait en voyant Ben: « Bonjour Docteur », et en accordant à peine un regard au supérieur hiérarchique qui trépignait douloureusement à côté. Une fois dans le service, il se mettait pourtant généralement les équipes dans la poche, et avait vite compris (on se demande pourquoi) qu’il fallait traiter les infirmières avec gentillesse et boîtes de chocolat !

Une fois rentré à la maison, pas question de se reposer trop longtemps… La petite cinquantaine de livres qu’il a dû acheter depuis 4 ans pourra nous servir à caler des tables branlantes pour les décennies à venir ! Entre l’urologie, la cardio, la LCA et la psy, il ne sait plus où donner de la tête. Une fois devant son bureau, c’est donc tout guilleret qu’il repart pour un tour de piste avec les dizaines de milliers de pages de cours à apprendre. Il maugrée que math sup math spé, à côté, c’était du pipi de chat, et s’est fait quelques poupées vaudou de ses collègues qui ont une mémoire photographique… Quand il en peut vraiment plus, il lui suffit de planter quelques aiguilles, et ça a le don de le soulager ! C’est comme l’acupuncture, mais à l’envers !

Il n’en oublie pas d’être présent pour ceux qu’il aime, et part faire à l’occasion de courtes balades en famille, quand il ne fait pas du soutien scolaire en maths pour les marmots qui apprécient le coup de main. Il sait tout faire, ce Ben !

Pour l’apprentissage, il a quelques recettes. Une bonne petite chanson bien tonitruante d’ACDC ou d’un groupe de heavy metal, et il est capable d’étudier des heures durant à son bureau. Le problème : toujours cette bonne vieille vessie qui le rappelle à l’ordre… J’ai bien proposé de lui installer une sonde urinaire, mais allez savoir pourquoi, l’idée ne lui souriait pas trop… Son truc pour garder la forme : le sport à donf. C’est là que sa pratique confine au génie et qu’il m’impressionne le plus. Trois fois par jour, il quitte ses cours pour faire de la muscu et des abdos. Et puis il faut le voir, dès potron minet (comprendre 6h30 du matin), habillé de sa tenue de course tout terrain, et flanqué de nos deux chiens, parcourir les rues de la Riche pour son footing quotidien. Avec un tel attelage, il a fière allure : le gros chien blond, le petit bâtard noir, et sa tenue fluo de coureur étudiant… 42km par semaine ces derniers temps, il assure, le bonhomme ! Car le secret de sa longévité estudiantine tient aussi à ce régime.

 Aujourd’hui, nous sommes à deux semaines du but ultime de tout externe en médecine : le fameux ECN : examen de classement national… Cette merveille de stress empacté dans un questionnaire à choix multiples qui s’étire sur 3 petits jours et couvre au moins 33 matières, 362 items et des centaines de milliers de pages de savoir dans des disciplines aussi pointues que complexes… Mon Ben bondissant de la rentrée universitaire de 2013 est devenu un esclave du bureau, enchaîné qu’il est à son objet fétiche lorsqu’il tourne inlassablement les pages de ses référentiels, comme pour se les injecter en perfusion et qu’ils fassent un peu partie de lui. Ah, si l’on pouvait ainsi s’imprégner d’un savoir et se l’imprimer dans le code génétique…

La vie quotidienne de mon étudiant est donc lassante de prévisibilité : fiches à réviser à voix haute, concours blancs à réaliser, épreuves d’entraînement sur internet (2h de réponses à des questions), corrections dans la foulée (6h de conférence en ligne) et je vous passe les cris de découragement pour la réponse qui passe à côté du diagnostic attendu, les soupirs de lassitude après 12h de travail acharné, les mains tordues par le stress, les exclamations de colère quand les questions sont vicieuses ou mal posées… J’ai noté d’ailleurs un élargissement de son vocabulaire quant aux noms d’oiseaux dont il peut affubler les professeurs créatifs qui ont pondu les QCM tordus auxquels il doit répondre !

            Ce qui m’épate surtout, c’est sa capacité à saisir la moindre occasion de réviser. On lui parle d’accident vasculaire cérébral, et le voilà qui analyse: « AVC dû à un ACFA causant une ischémie au niveau de l’ACMG selon l’IRM, patient Glasgow 7 qui nécessite une thrombolyse puisqu’on est dans la fenêtre des 4h30, sera mis sur anticoagulant et thrombolytique… Il est devenu bilingue français-médic, je vous dis ! Plus qu’à lui souhaiter bonne chance, et vogue la galère !

(Visited 11 times, 1 visits today)

L’heure d’or

Montréal. Une lueur naissante me fait ouvrir les yeux. La chambre est petite, j’en connais chaque bout de mur, chaque lumière cachée. Les objets se découvrent à mesure que la lampe intensifie la clarté qui illumine la pièce. Je saute du lit. Il est 5h30. C’est parfait, cela me laisse du temps. J’enfile une polaire, et faufile mes pieds dans des chaussons pour ne pas sentir le froid du parquet dans le couloir. Je referme la porte de la chambre doucement. Il ne faut pas que quiconque dans la maison se réveille. Doucement, je vais dans la cuisine. Le chat Elie me salue en frottant son pelage contre ma jambe. Je me penche pour le caresser brièvement, et fais ensuite couler l’eau filtrée dans la bouilloire. Pendant qu’elle chauffe, je me dirige vers le salon. Je prends sur la table de la salle à manger, sans la débrancher, la grande lampe de luminothérapie, que je place en équilibre sur le canapé. J’installe les coussins. Entendant le « clic » de la bouilloire qui annonce qu’elle a terminé son travail, je repars vers la cuisine pour y préparer mon thé. Un thé vert japonais. Un de ces nectars parfumés aux odeurs d’épinard frais, de petit pois et de foin qui me font chavirer les sens. La tasse est enfin prête. J’attrape mon cahier dans un tiroir de la commode, avec le stylo, et je dépose le tout sur un tabouret près du canapé. Je m’installe, emmitouflée sous une grosse couverture de laine chaude. J’ai pris soin de mettre le chauffage en route, mais il fait un froid glacial ce matin. 25°C sous zéro. Dehors, les lampadaires de la rue éclairent d’une faible lueur orange la neige qui tombe depuis la veille en gros flocons. Je la regarde tomber avec ravissement, avant d’allumer la grande lumière qui trône face à moi sur le canapé. J’aime cet instant suspendu où le silence prend sa place et s’impose. La vie s’immobilise et je retiens mon souffle. Je prends la tasse et me réchauffe les mains à sa chaleur. L’odeur du thé diffuse en moi une sensation de plénitude et tous mes muscles se détendent. Après quelques instants, je m’installe pour écrire, et Elie vient ronronner près de mon oreille en s’allongeant de tout son long sur le haut du canapé. Il veillera sur mes pages.

Chaque matin, c’est la même routine, développée depuis Montréal. Vacances comprises. Il m’a fallu ces heures volées au temps, à la vie de famille et à un quotidien endiablé pour survivre entière et sans trop de heurts durant de longues années. Si un marmot montrait le nez avant l’heure fatidique (7h, c’était ma limite), je répondais en grognant qu’il aille se recoucher. Ce qu’il faisait sans se faire prier, heureux d’échapper à une sorcière qui n’aurait pas manqué de le transformer en citrouille. J’ai gardé ces habitudes de calme au réveil. Je me lève juste un poil moins tôt… Mais ces moments me sont devenus indispensables. Une véritable respiration, comme une garante de la qualité de la journée qui s’annonce. Écriture sur thé vert, méditation, silence et quiétude d’avant le jour… Il paraît que d’autres s’adonnent à ce genre de vie de l’aube naissante, et qu’on appelle cela un « miracle morning ». C’est pour moi simplement une façon de me rappeler que je suis une personne, dénuée de tout rôle et de toute attente, juste avant d’enfiler mes vêtements de mère, d’épouse et de femme.

(Visited 8 times, 1 visits today)

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal

Ça commence dans un battement de cœur. On va écouter ce bruit assourdissant au fil des pages, jusqu’au moment où il s’arrêtera, parce qu’on aura décidé qu’il devait s’arrêter. Et dans chaque mot, chaque phrase, le souffle de la vie. Car en lisant ce livre, chacun peut aller se glisser dans la peau intime du moindre personnage de cette histoire déchirante. C’est l’histoire d’un cœur, et de la poitrine d’où il partira pour aller se trouver une maison ailleurs. C’est l’histoire aussi de toutes les personnes qui auront fait battre ce cœur, lui auront donné la peur, l’amour, l’envie et le désir, le défi et l’ennui. Pas un seul moment de répit dans ces longues phrases où l’auteure mêle les odeurs, les bruits, les textures et les goûts. On se faufile dans une vie pour quelques lignes, quelques pages, et c’est une immersion totale, parfaite.

L’auteure, Maylis de Kerangal, opère ici un travail chirurgical, elle tranche dans le réel et met à vif. C’est une description presque d’un seul souffle d’un flot d’émotions terribles. La perte d’un enfant. Des patients et des vieux m’ont parfois dit que c’était le pire du pire qui pouvait arriver dans une existence. Mais l’auteure ne lâche pas, et distille ses mots, les envoie dans les murs de la conscience et ils tapent en faisant un boucan d’enfer. Le bruit d’un mot dur ou celui d’un chuchotement d’amour, mais le bruit continu de la vie qui dort sur la page ou qui se dresse, d’un coup, au fil d’une phrase interminable et galopante.

J’en suis ressortie sonnée. Étourdie par les images, les mots précis, poétiques, simples et sans apprêt. C’est un monde de réalisme qui s’adosse sans en avoir l’air à des abîmes de chants de souffrance, à des questionnements profonds et sans réponses.

(Visited 6 times, 1 visits today)