Décoller, ou le pouvoir des rêves…

Tomber malade a parfois quelque chose de bon. Puisque je m’entraîne à voir du bon en toute chose, j’ai cherché de ce côté. Clouée à la maison depuis 10 jours, j’ai eu l’occasion de bien mariner dans mon jus. J’ai pu surtout réfléchir, me poser, sentir mon corps, la douleur et l’absence de douleur. L’amour de mes proches, qui m’entourent de leur affection et de leurs petits soins au quotidien.

Mon problème n’est pas vraiment physique. Et peut-être n’y a-t-il d’ailleurs pas de problème. Juste une transition majeure. Mon corps se contente d’exprimer un désarroi profond qu’à cette fameuse « crise » de milieu de vie je traverse depuis des mois déjà. Car je réalise que la vie telle qu’on me l’a toujours présentée ne suffit pas. Je m’aperçois, après tous les voyages aussi bien physiques que spirituels que j’ai pu faire, que les réponses ne sont pas dans ces discours que j’écoute depuis toujours. Il faut changer. De paradigme, de cadre, de façon de voir. On dirait que mon corps sait que tout cela n’est plus possible. La consommation à outrance. Le boulot de salarié lambda pour des compagnies qui ont un objectif : faire chaque jour plus de fric. J’ai vu les dégâts que cette dérive réalise sur les gens, les salariés que j’ai vus en entretien pendant des mois, entre burnout, épuisement et dépressions… Plus possible non plus, l’exploitation d’une terre qui n’en peut plus d’être habitée par des individus humains qui la saccagent et la méprisent, alors qu’elle est à l’origine de tout ce qui les fait vivre… La philosophie du « toujours plus » et celle de « on est tous uniques, séparés, et la guerre fait partie de la vie ». On dirait que mon corps en a assez de toute cette tendance à la noirceur, au marasme, à la dépression et à l’avalanche quotidienne des mauvaises nouvelles…

Et si on reprenait tout par le début ? Et si on allait faire un tour dans ces endroits où les gens se démènent différemment, où l’énergie, la joie et le sourire sont les moteurs de changement qui apportent des façons de voir novatrices, créatrices ? J’ai envie de croire que tout cela n’arrive pas seulement de manière épisodique et furtive. Alors je vais revenir pour vous sur un trajet intérieur qui se déroule depuis plusieurs années dans un endroit de ma conscience.

Ça a commencé à mon arrivée à Montréal. Nouvelle vie après une immigration dont certaines personnes de notre entourage disaient qu’elle n’aurait pas lieu : « vous n’oserez jamais ! ». Et bien si. Nous sommes partis habiter à 8,000km de notre lieu de naissance, et nous avons vécu selon un mode de vie différent. Nous y avons appris le recyclage, le compostage, la nature infinie où l’être humain se sent finalement tout petit dans cette immensité qui l’entoure, au milieu des forêts, des arbres… Et nous avons élevé notre petite smala, trois petits mecs sympas et rigolards qui ont illuminé nos journées de leurs rires.

Avant de partir de Montréal pour la mer des Caraïbes, nous avons vu ce documentaire de Coline Serreau : Solutions locales pour un désordre mondial (https://www.colibris-laboutique.org/cddvd/22-dvd-solutions-locales-pour-un-desordre-global.html). Je me souviens d’être sortie de la représentation un peu sonnée. Me demandant ce que tout cela venait faire dans mon existence bien réglée et malgré tout si cohérente, à mes propres yeux en tout cas… Coline Serreau y évoquait à longueur de film comment le système actuel menait à l’épuisement de tous, humains et nature, et qu’il fallait inventer de nouvelles façons de produire, d’envisager l’existence, d’intégrer l’homme dans la vie en lien avec les êtres vivants. Je me souviens surtout de cette femme à l’énergie contagieuse : Vandana Shiva. L’éducation et la spiritualité réunies dans une personne ouverte et joyeuse qui réfléchit à d’autres façons de faire, de penser. Une pierre précieuse pour l’humanité.

Puis ce fut le départ en bateau pour un voyage en famille. On se familiarise avec ces réalités concrètes que sont la préservation de l’énergie : sur un bateau, c’est indispensable. L’économie de l’eau, qui est vitale. Et sur les endroits visités : l’utilisation par l’homme des ressources qui lui sont données. Selon les îles, cela peut ressembler à une exploitation déraisonnable et rationnalisée qui mène à des déserts, tant on a massacré tous les arbres et l’environnement. Ou bien à des paradis où l’homme préserve et ne prend que ce dont il a besoin. Tout dépend des croyances, des façons de vivre, des attraits touristiques ou économiques de l’endroit.

Un peu plus tard, retour en France. Décalage d’avec une vie toute industrielle que nous avions quittée quelques mois plus tôt, et que nous n’étions finalement pas si pressés de retrouver… Mais c’était comme ça, de nouveau. Confrontation avec les informations quotidiennes, qui malgré tout transportent une ration journalière de nouvelles parfois terrifiantes, anxiogènes, et qui laissent s’échapper un malaise qui laisse impuissant, exsangue. Il fallait surmonter ces impressions, creuser profond pour trouver l’eau à l’intérieur de soi, plutôt qu’aller la chercher ailleurs, où elle était polluée. Alors nouvelle rencontre. Nous avons invité les enfants à nous accompagner pour cette découverte que fût le très inspirant documentaire Demain, de Mélanie Laurent et Cyril Dion (https://www.demain-lefilm.com). Il expose la recherche de nouvelles façons de penser le vivant, l’éducation, la politique, l’environnement et l’économie, selon des valeurs qui nous rendront plus heureux, davantage connectés sur ce qui peut nous nourrir. Tant spirituellement que matériellement ou physiquement. Ça nous a parlé, en famille. On s’est dit qu’il y avait sans doute quelque chose à creuser là.

Et puis là, puisque je suis cantonnée à la maison, j’ai pu regarder ce magnifique documentaire, En quête de Sens, de Marc de la Ménardière et Nathanaël Coste (http://enquetedesens-lefilm.com). Une recherche spirituelle sur un questionnement d’abord écologique, mais qui vire à l’interrogation existentielle. Et je sens que nous avons besoin de ces questionnements pour inventer la nouvelle vie, la transition qui pointe le bout de son nez.

Ces idées sont venues rejoindre celles qu’évoque notamment Christiane Singer dans son magnifique livre, le dernier qu’elle a écrit avant de mourir : Derniers fragments d’un long voyage (ed Albin Michel, 2007). Elle y écrit que chaque être émet un ensemble de vibrations, qui à leur tour interagissent avec les vibrations des êtres avec lesquels il est en contact. Chaque mouvement vibratoire est interdépendant et interconnecté avec tous les autres. Elle exprime ainsi l’idée d’un univers dont chaque partie infinitésimale est reliée à toutes les autres. C’est aussi l’idée d’un écosystème, cette notion que nous nions souvent lorsque nous pensons « individu », « entité autonome et solitaire », et toutes ces idées de détachement. Dans cette approche, et ainsi que le soulignent Nathanaël et Marc, la guerre devient une ineptie totale, puisque le mal qui est fait à l’autre, c’est aussi sur soi qu’il retombe.

Partant de ces réflexions, j’en viens à trouver une joyeuse cohérence dans mon parcours des derniers mois. Je suis arrivée en France avec un questionnement effroyable sur ma place dans un monde, entre la profession que je m’étais choisie (infirmière) dans le cadre ultra développé qu’est la France, et la vie de bohème que nous venions de mener durant plusieurs mois autour de valeurs si différentes… Ce retour à terre (au propre et au figuré) fut brutal. Il éveilla également toute une série de questions, auxquelles j’ai répondu (un peu) au cours des différents emplois que j’ai occupés. Jusqu’à mon licenciement à l’automne dernier, et qui a apporté, au lieu du désespoir annoncé habituellement par ce type d’événement, comme un bol d’air frais dans un mode de pensée jusque là limité.

Il s’agit désormais pour moi de poser chacune des cartes sur la table, pour regarder ce qu’il est possible de faire avec cette nouvelle donne. J’aime particulièrement la conclusion de Marc et Nathanaël sur le métier à exercer après avoir mené toutes ces réflexions sur une nouvelle façon de vivre, qui tiendrait compte de l’écologie, l’humain et une philosophie de vie plus proche de valeurs universelles. Ils concluent avec Satish Kumar que l’emploi de demain, celui que l’on peut exercer en pleine conscience et avec bonheur, c’est celui que l’on se crée ! Car rester employé n’a de sens que si l’on veut consacrer son énergie et les heures qui nous sont données à aider d’autres à faire de l’argent. Bien sûr, la formule est jolie, et elle n’est pas nécessairement simple à mettre en place. Mais je choisis d’y croire ! Et je me sens prête à réduire mes besoins, à les limiter sciemment, pour faire de la place à cet autre chose qui m’habite, et qui ne dépend d’aucune compagnie, d’aucune entreprise, d’aucun autre individu. Quitte à vivre plus simplement, en échange d’une liberté qui m’ouvrira à des richesses que l’argent ne peut (évidemment) acheter. Il reste qu’il est toujours possible d’être employé et heureux dans son job. Tout dépend du sens que l’on choisit d’y mettre. Mais je reste persuadée que dans cette équation, la grande variante sera notre possibilité d’être créatif. C’est-à-dire créateur, au sein de son travail, dans un but qui est au service des autres, et non d’un compte en banque ou d’un dividende d’actionnaire avide.

Alors je décide que la vie désormais, c’est moi qui en donne l’orientation, et pas une série de chiffres sur mon compte, un employeur, ou un ensemble d’attaches plus ou moins saines avec des personnes à qui j’ai donné trop de pouvoir. Et j’aspire à utiliser ce que je sais faire de mieux, en choisissant en conscience un métier inspirant dans lequel je pourrai apporter ma petite contribution à l’univers. Sortir d’un système pour inventer un mode de vie où chacun se relie à un courant d’énergie partagé pour le bien de tous. Peut-être une utopie, mais à voir tous ces documentaires, ces écrits joyeusement portés de par le monde, j’en viens à croire que c’est possible !

 

Je vous laisse avec ces exemples concrets, inspirés par des personnes que j’ai rencontrées ces derniers mois ou années, et qui ont fait le choix de changer drastiquement leur mode de vie pour mettre en pratique ces nouvelles aspirations qui les habitent.

Jef a ainsi créé son propre café après une carrière dans le marketing. Il a fait appel à un financement participatif qui l’a aidé à récolter les fonds requis pour se lancer. Ensuite, il a proposé à ceux qui étaient prêts à mettre la main à la pâte de venir rénover l’endroit, grâce notamment au talent d’un menuisier qui réalise des meubles à partir de palettes recyclées. Et voilà qu’a ouvert le café il y a quelques mois, branché sur la vie locale et qui se dit « locavore ».

Annie a aussi réalisé un rêve. Alors qu’elle avait débuté sa carrière au ministère de la Défense, à un poste administratif où elle sentait bien que ses talents n’étaient pas véritablement mis en valeur, elle a tout lâché lorsqu’elle a réalisé que ce qu’elle voulait vraiment faire, c’était DJ ! Elle a monté son affaire et sillonne désormais joyeusement les soirées de Paris et sa banlieue pour égayer les soirées de ceux qui font appel à ses services.

Franck était un jeune salarié impliqué à fond dans le marketing pour une start up parisienne, mais il a fini par sentir le vent tourner. Voyant que sa société refusait de lui permettre d’évoluer comme il le souhaitait, il a tout quitté pour faire un séjour aux Etats Unis. Il a rencontré là bas des personnes qui l’ont inspiré, et depuis plusieurs mois déjà, il s’est engagé à leur côté pour un projet humanitaire de grande envergure dont il est un des piliers. Sa vie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le train train parisien qui était le sien, puisqu’il vit en Afrique et voyage un peu partout pour faire connaître ce projet de fou.

AL était prof à l’éducation nationale. A l’occasion d’un congé maladie, elle a réalisé qu’elle n’était pas dans le domaine qui l’animait, même si travailler avec les enfants était fondamental pour elle. Si bien qu’elle a monté sa propre association afin de permettre à des petits loulous de découvrir la méditation au travers des cours qu’elle donne désormais.

Eveline, amoureuse des grands espaces, a été toute sa vie infirmière. Mais cette baroudeuse infatigable a commencé à voyager et depuis, visite des pays en offrant ça et là ses services pour aider les autres, les soigner et apprendre d’eux.

Emily était employée dans un job administratif. Elle a fait une formation pour devenir prof de yoga, et s’est senti pousser des ailes lorsque tout le groupe s’est exclamé qu’elle avait un réel talent pour le dessin. Elle a envoyé quelques œuvres à des journaux, et est devenue depuis illustratrice pour des magazines.

Christine était ingénieur pour une grosse société internationale. Elle voyageait beaucoup et s’est progressivement découvert un talent pour le coaching. A l’occasion d’un plan social, la voilà qui met en place son projet et se lance comme coach autonome.

 

Des exemples s’imposent, de plus en plus nombreux et inspirants. Celui que j’ai tout prêt, sous la main, étant celui de Ben, qui d’ingénieur et chef de projets impliquant des millions de dollars, est devenu étudiant en médecine. Il s’apprête à passer le concours de l’ECN cette année, et il s’éclate littéralement dans ce métier qu’il a choisi.

Armel pose les ailes à terre

Armel avait mis toute son énergie, ses espoirs, ses efforts dans ce projet fou. Il vient de terminer un tour du monde en 74 jours et des poussières. Une comète qui laissera dans son sillage des bouts d’étoiles flottant sur les océans qu’il a survolé pendant des semaines. Alors nous, ça nous fait quelque chose. Ben l’a suivi durant tout ce temps, jour après jour. Il se posait sur son épaule par la pensée, admirait le coucher du soleil perché sur la baume de son bolide. Il se rêvait au winch, larguant un ris, avalant l’écoute de GV quelque part au milieu du Pacifique. Armel a dû sentir, à chaque seconde de ce périple, toutes ces pensées qui étaient tournées vers lui. Il nous a fait rêver, même si (je dois l’avouer…) je ne suis pas sûre de compter ce genre de voyage parmi mes projets les plus chers 😉 Il reste que sa victoire d’aujourd’hui, c’est un peu la nôtre aussi. C’est la volonté qui triomphe des éléments. Il fond en larmes en évoquant combien ça a pu être difficile parfois. Et comme je peux le concevoir, ce bout de chemin crevé de solitude, ces heures passées dans l’incertitude de la survie, quand on pense que tout pourrait lâcher et qu’on n’est pas grand chose, au fond. Je me souviens aussi d’avoir parfois pensé, lors de notre voyage en bateau, qu’on pouvait comme ça se faire coucher par une vague, être écrasés par une mer qui n’a cure de nos petites luttes, de nos destins minuscules…

Je nous revois ce soir. Ben nous a appelés au moment fatidique de l’arrivée. Nous étions tous les 5 devant l’écran d’ordinateur, et en même temps sur le pont du bateau, devant le feu d’artifice, avec le bruit des moteurs autour, les cris de la foule et les mouvements de tous les admirateurs sur les embarcations qui l’entouraient. Nous y étions avec lui. Et puis le journaliste l’interroge sur le voyage, la course, les moments difficiles. Armel s’émeut, l’épuisement et le souvenir de tous les moments lui sautent à la gorge et rendent la parole difficile. Enfin, son interlocuteur lui pose la question qui vaut toutes les autres : « Qu’est-ce qui vous a le plus manqué pendant cette course ? ». C’était la seule question qui pouvait compter, avec la victoire. Et la réponse a été évidente, limpide. La seule réponse qu’il est possible de faire à jamais, jusqu’à l’ultime moment de sa mort. La seule chose qui peut nous manquer, loin de tout ? Armel a souri, et s’est tourné vers le bateau qui venait d’arriver près de lui. A bord, ses deux marmots ont jailli sur le pont, et Armel a enfoui son visage dans leurs petits bras. Et moi j’aime cette conclusion simple dans une victoire immense.

Au secours ! Mon chat est un PN !

J’ai récemment fait une découverte intéressante. En effet, j’ai réalisé il y a peu que notre famille abritait ce qu’il est convenu d’appeler un pervers narcissique. Un PN, pour les intimes. Ce trouble de la personnalité est défini dans le DSM IV, pour ceux qui connaissent cet ouvrage qui répertorie les maladies psychiatriques. Nous avons ainsi adopté Domino, dit « Domi », beau chat mâle, à notre arrivée en France. Je l’ai observé grandir, et développer ces caractéristiques que je vous décris ici, et qui résument bien les stratégies du PN.

Pour rappel, les 3 armes principales du PN tiennent dans ces mots : séduction, culpabilisation et victimisation. Le PN qui se respecte peut utiliser successivement ou de manière simultanée ces stratégies, mais l’objectif reste le même. Car le PN a pour but d’asseoir son autorité, son pouvoir sur l’autre. Pour cela, il est prêt à le manipuler, l’asservir et parfois même, dans les cas les plus graves, à provoquer sa destruction… Ce qui, dans le cas d’un chat, est d’une violence toute relative, je vous l’accorde…

Dans le cas de Domi, les comportements de séduction sont assez évidents. Il met le paquet pour obtenir ce qu’il recherche : ronronnements intempestifs, qu’il garde cependant discrets et exclusivement associés à l’attention qu’on peut lui porter. Il distribue ainsi au compte goutte ses marques d’affection, qui restent factices et étudiées. Car le PN n’aime personne, en dehors de lui-même (et encore, même pas toujours…).

Imperméable à l’empathie, il n’est pas capable de percevoir les sentiments d’autrui, ou alors s’il y arrive, c’est pour s’en servir contre celui qui les exprime. Ce qui amène notre bon vieux Domi séducteur à opérer dans l’ombre et sans la moindre trace de culpabilité, lorsqu’il s’agit de s’approcher à pas de velours de l’oiseau qu’il a choisi comme victime. Car il a beau être bien nourri chez nous, rien ne peut l’arracher à ces jeux sadiques qu’il aime mettre en œuvre contre les proies qu’il capture pour jouer avec… Il s’en approche donc, concentré, et au dernier moment, effectue le mouvement fatal où il pose la patte sur le pauvre volatile. S’ensuit le jeu pervers qui consiste pour lui à s’amuser de la souffrance du pauvre animal, jusqu’au funeste moment où il perdra patience et mettra à mort sa victime… Le plaisir étant alors sa seule motivation, il refusera de se repaître de la carcasse, qu’il laissera pourrir dans un coin du jardin, quand ce ne sera pas sous le lit d’un quelconque membre de la famille (en l’occurrence, Sacha le plus souvent).

Autre arme du PN, la culpabilisation, qui fonctionne en miroir avec le dernier outil de sa sanglante panoplie : la victimisation. Domi nous sert le jeu de la victime lorsqu’enfermé dehors, il nous implore avec des yeux de chat battu pour qu’on lui ouvre la fenêtre. Ce faisant, il nous fait passer pour des monstres sans cœur qui bafouent et ignorent les besoins d’un pauvre chat à qui nous devrions respect, amour éternel et caresses infinies ! Le PN agit ainsi, en torturant sa victime. Et lorsque celle-ci s’avise de réagir ou de se rebeller, elle se fait arroser d’une pluie de reproches. De victime, elle passe alors bourreau de son PN personnel. Celui-là même qui s’évertue à la rendre coupable de la situation, de ses malheurs et de sa gamelle vide !

Non content d’ignorer les signaux de souffrance de sa victime (car à ce moment là, Ben est en train de bosser et s’énerve de devoir faire les 4 volontés d’un félin, même frigorifié !), le PN de service rend l’autre responsable de la situation qu’il a pourtant créée lui-même, et aura tendance à se victimiser (« je suis un pauvre chat affamé, j’exige qu’on m’ouvre car je suis le plus beau chat du monde ! »). Il va même souvent se nourrir de la souffrance de celui qu’il manipule ou agresse, lui imposant la conviction de sa supériorité notoire sur les autres (il n’est pas narcissique pour rien). Toute tentative de rébellion est ainsi sévèrement réprimée, punie voire écrasée dans le sang et la violence, si subtile soit-elle (allusions désobligeantes, dénigrement… ce qui, dans le cas qui nous occupe, est assez limité vu que les chats ne parlent pas !). Le but étant bien sûr d’asseoir un peu plus la domination sans faille du chat pervers sur ses maîtres et son entourage. Il faut savoir également que la victime est généralement choisie pour sa joie de vivre, son entrain et toute la lumière qu’elle fait rayonner autour d’elle. Ces caractéristiques sont celles qu’envie le PN de service, et celles qu’il a besoin d’éteindre, d’exterminer afin de se sentir (de façon illusoire en fait) mieux.

Après avoir bien observé mon sujet d’étude (ainsi que d’autres formes moins poilues vivant dans mon entourage proche), j’en suis venue à m’interroger sur les moyens d’assurer sa survie en cas de rencontre ou de fréquentation d’un PN. Ma conclusion tient dans ces mots : « courage… fuyons ! ». Bon, je conviens aisément que la chose n’est pas toujours possible. Dans le cas de Domi, il nous suffit de le prendre par le collet pour le mettre dehors en cas de non respect des règles de vie qui ont cours à la maison. Mais pour les autres cas rencontrés, l’indifférence est également une arme fatale qui ne nécessite qu’un peu d’entraînement et s’avère bien vite très payante sur un plan énergétique, le PN s’excitant tout seul sur une victime qui n’est plus consentante et s’écarte de son jeu avec flegme. Se faire aider me semble indispensable quoi qu’il arrive, car les PN ont les moyens d’ébranler sérieusement les équilibres mentaux les plus solides…

Bon, je vous laisse, Domi réclame sa pâtée !

Et pour ceux que le sujet interesse, je vous laisse un lien vers une vidéo glaçante et qui décrit dans une fiction criante de vérité à quoi ressemble le PN qui se planque dans le quotidien de tant de personnes… https://www.youtube.com/watch?v=wokOgLqdtf4 

Et je recommande la lecture de cet excellent livre sur le sujet: Mettre les pervers échec et mat d’Hélène Vecchiali, ed Marabout (2017) 

L’enfant intérieur

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Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de partager avec vous un écrit que j’ai rédigé il y a des années de cela, à l’occasion du concours national de Radio Canada. Cette nouvelle a fini dans les 30 premières, et je l’ai écrite en quelques minutes, alors que les 3 autres, que j’avais soumises au préalable, j’avais planché des heures dessus sans susciter de réactions de la part du Jury ! Preuve s’il en est que le vrai travail se fait souvent à notre insu, et que le fait de ne pas contrôler les choses est une bénédiction… En tout cas, la nouvelle que vous lirez ci-dessous est mon cadeau à vous, lecteurs, pour 2017.

Je vous souhaite des gouttes de soleil, de la joie liquide à répandre dans tous les yeux, de l’amour à éparpiller en poussières dans tous les coeurs…

Mon enfant intérieur et moi, on a mis du temps à se rencontrer. En fait, je l’avais toujours ignoré. Sans le vouloir, bien sûr, je ne savais tout simplement pas qu’il était là. Il me regardait, parfois. Me tirait sur la manche, histoire de me faire comprendre que mon insistance à le snober l’agaçait un peu… Rien à faire, je ne le voyais pas. En réalité, je mens un peu, voyez-vous, je savais bien qu’il existait. J’avais eu des aperçus, il y a très longtemps. Petit, je jouais tout le temps avec lui. On s’amusait bien, tous les deux, on faisait les quatre cent coups. C’est sûr qu’avec papa qui gueulait souvent, et maman qui n’avait pas le temps, je le cachais souvent. Parce qu’il ne fallait tout de même pas qu’il se frotte aux grands avant l’âge. Après tout, il était encore petit, et moi je devais le protéger. Je suis fort, moi, et c’est mon boulot, de protéger les petits. C’est comme ça. Jamais rien trouvé d’autre à faire. Enfin, si. Disons que je ne pensais pas pouvoir faire autre chose. Avant. Avant de devenir grand.

Bref, j’ai grandi, et le petit a foutu le camp. Il venait me voir, encore, de temps en temps. Il se posait deux minutes. Quand j’étais en vacances, par exemple. Il venait tout doucement, sur la pointe des pieds. Un vrai petit fantôme. Et me soufflait des mots à l’oreille. Ça ressemblait à des choses drôles comme : « Dis, tu m’avais promis un jour de m’emmener rouler dans les vagues ». Alors moi, naturellement, je lève les yeux de mon bouquin que je lisais tranquillement. Je regarde la mer devant moi, depuis ma petite chaise ridicule que Juliette adore trimballer sur les plages. Avec mon short à grosses fleurs, j’ai sûrement l’air d’un grand… con. Sans doute. Alors j’écoute la petite voix toute douce. Et j’aperçois les vagues qui s’arrachent à la mer dans un bruissement de sable. J’aime ça, écouter le bruit, c’est comme un battement de cœur, en plus léger. Et puis je finis par tourner la tête vers mon petit gars, je lui dis « attends un peu, je finis mon chapitre ». Le truc est simple. Le pavé que je lis n’a aucun chapitre. Juste une longue histoire – un peu indigeste, d’ailleurs – que je lis depuis des semaines. Il ne le sait pas, lui, le petit. Il dira rien. Alors je baisse la tête sur mon livre, et je continue. Et je constate, à la fin de l’après-midi, quand le soleil commence à se coucher tranquillement sur la mer, que le môme n’a pas ramené le bout de son petit nez. Il a dû se lasser.

Je ne faisais pas trop attention, à force. J’étais habitué à ses petites intrusions. Il aimait bien quand j’étais seul, par exemple. Il venait alors, subrepticement, et me demandait de faire des choses, de lui fabriquer un avion en papier, d’inventer une machine à faire du chocolat. Bon, je l’écoutais un peu, m’énervais parfois. J’arrivais toujours à le tenir un peu à distance. C’est vrai, quoi, avec les enfants, il faut toujours se méfier, sinon on se fait bouffer. J’avais appris l’expression parfaite : « Il faut poser des LIMITES ». Voilà. Une fois qu’on a compris ça, ça va tout seul ! Mais mon petit, il ne me lâchait pas. Les limites, c’était celles de son imagination, autant dire que pour lui, ça n’existait pas. Alors un jour, j’en ai eu assez. Je l’attendais, là, tranquillement assis à mon bureau. Tout le monde était parti depuis longtemps, j’avais un rapport à terminer. Juliette devait déjà dormir, et moi, je restais là, penché sur mon ordinateur, avalant de grosses gorgées de café froid pour me tenir éveillé. Mais en fait, je guettais sa présence. Au bout d’un long moment, quand il a pu être sûr que personne n’était dans les parages et que j’avais l’esprit bien occupé (il adore venir me déranger quand je suis concentré sur quelque chose, ça doit être son côté pervers, sans doute), il est arrivé près de moi. Il s’est penché d’un air inspiré sur ce que j’étais en train d’écrire, ce qui m’a assez agacé, je dois dire. Et puis il a laissé éclater un rire clair comme une fontaine. Il semblait impossible à calmer. Et ça allait bientôt être mon cas aussi. Mais il a remarqué à temps que je commençais à ressembler à une cocotte minute avant l’explosion. Ça l’a arrêté net. Il m’a alors souri, gentiment, ce qui m’a surpris. Je ne suis plus trop habitué à ce qu’on me fasse des sourires. Des vrais, je veux dire. Il y a bien les sourires faux de mes collègues, et de tous ceux à qui j’achète des trucs : les fleurs, le café, le restaurant… Mais ce sont des sourires en papier mâché, des choses qui ressemblent plus à des roses fanées qu’à des vrais sourires. Et là, mon bonhomme m’en envoie un de qualité supérieure, un sourire vivant, avec des bouts de quenottes blanches et tout. Il aurait presque pu se décrocher tout seul de sa mâchoire pour s’envoler dans la pièce. Bien sûr, ça m’a déconcentré. Je voulais lui expliquer une bonne fois pour toutes que c’était fini, terminé. Que je ne voulais plus qu’il traîne dans mes pattes. Qu’on venait de m’offrir une belle promotion toute dorée avec un ruban rose autour, et que maintenant, je n’aurais plus du tout le temps de jouer. Plus du tout. Ni de rire, de manger des vers de terre fris, de sauter à la corde ou de visiter des grottes de fées. Juste des rapports à taper, des poignées de main à serrer, de l’argent à mettre à l’abri dans un compte tout neuf spécialement ouvert pour ça…

Au lieu de cela, voyant ce sourire en or massif, je me mets à rire. Un rire ouvert, qui éclate sur les murs fades du bureau. Un rire qui explose d’un coup tous les néons au-dessus, et qui ricoche sur les fenêtres qui donnent sur les tours d’à côté. Je ne comprends rien. C’est comme si ce bruit qui m’avait quitté il y a une bonne dizaine d’année avait réintégré son habitat. Je venais de sauver sans le savoir une espèce en voie de disparition! Alors ça m’a foudroyé, de me rendre compte que même le rire se permettait de faire une intrusion chez moi sans même m’en avertir. Je me suis levé et, sans jeter un seul regard à mon petit bonhomme qui devait être bien étonné, j’ai pris mes vêtements, ma sacoche, et je suis parti en claquant la porte. Non mais. Cette fois, j’ai pensé en dévalant les escaliers, je devrais avoir la paix pour un moment. C’est vrai, quoi, à la fin. Pas moyen d’être tranquille, alors même que je m’étais barricadé dans mon bureau après le départ de tout le monde! Mais j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur, je me suis dit « après tout, il doit se sentir seul, ce petit, c’est pas de sa faute ». Mais je décidai ce soir là de lui dire mon sentiment, et sans détour cette fois, la prochaine fois qu’il se permettrait encore une intrusion inopinée.

Le temps passait, pas de nouvelles de mon petit collant. Ça m’arrangeait. J’avais de moins en moins de temps, et surtout pas celui d’aller faire des niaiseries sur le bord des vagues! Le travail absorbait une quantité considérable de mon énergie, et je consacrais les miettes qui restaient à ma femme, toujours aussi dévouée, mais plus distante. Bah, je me répétais le soir quand je rentrais trop tard pour la voir, ça va finir par s’arranger. Elle m’avait vaguement parlé de quelques soucis de boulot, et elle avait conclu qu’elle avait peut-être besoin d’un break. La vie s’écoulait donc paisiblement, mais je devais de plus en plus souvent voyager, pour le travail. Juliette m’appelait tous les jours, on était bien. On s’organisait même des fins de semaine dans des endroits exotiques. C’est ce qu’il y a de pratique quand on a un gros boulot : on a plus d’argent pour se reposer de la surcharge de travail que ça occasionne. Alors on se voyait elle et moi dans ces occasions. Et je pouvais facilement profiter de la plage, sans entendre la petite voix qui m’appelait pour que je vienne me rouler dans les vagues.

Un jour, j’ai dû partir à San Francisco pour un congrès très important. Comme j’avais la possibilité d’y emmener, Juliette, elle était venue avec moi. C’était bien, cette opportunité de partir à deux. Ça faisait quelques mois qu’on avait pas pu se trouver du temps en amoureux. Alors on était allés se promener en ville et on avait bu des cocktails très chers et très colorés dans un bar qui donnait sur la baie. C’était beau, on était amoureux, on se tenait par la main, et le congrès ne commençait que le lendemain. C’était une de ces nuits d’été qui vous remplissent la tête de nuages, on ne peut pas s’empêcher de trouver que ça sent bon partout, que les gens sont gentils, et que vivre est quelque chose d’extraordinaire. On marchait, tous les deux, et puis on est rentré à l’hôtel, tout émoustillés. On avait commencé à s’embrasser à peine arrivés dans la chambre. La pénombre qui habillait la pièce faisait une atmosphère très romantique, et j’avais une envie carnassière de la peau de Juliette. Elle aussi, je pense. On s’était déshabillé avec une fièvre peu habituelle, et on s’était jeté l’un sur l’autre avec un appétit qui aurait fait honte à un ogre. Après l’avoir dévorée et subi le même sort, j’étais resté allongé à ses côtés. Je regardais les étoiles qu’on apercevait depuis la fenêtre. Juliette est alors partie se faire couler un bain. J’ai alors entendu un bruissement. Un mouvement presque imperceptible. Ça bougeait, à côté du lit. Les draps, quelque chose, ça m’intriguait. Soudain, je l’ai reconnu. Il s’amusait à se déguiser en fantôme avec les draps du lit, le gamin! Sur le coup, surpris, j’ai souri parce que ça m’avait amusé, ce petit jeu. Et puis je me suis souvenu de mes résolutions. Pas question que le môme vienne encore me pourrir la vie ! Alors je m’apprêtais à lui dire de me fiche la paix une bonne fois pour toute, avec toute la sévérité de grand-qui-a-de-l’autorité dans la voix. Quand il s’est redressé pour me regarder. Il a fait un truc incroyable. Il s’est mis à dessiner le contour de mon visage de sa main minuscule d’enfant de 4 ans. Il devait bien avoir 4 ans je pense. Et sa main se posait là, aussi léger que s’il avait passé une plume le long de ma joue. J’étais incapable de réagir, bien sûr. Je le laissais faire, sidéré de sentir ma peau se parcourir d’un long frisson. Quelque chose qui ressemblait à de la douleur, et à de l’attendrissement en même temps. Un truc impossible, quoi. Il était là, et j’étais bras ballants à côté, ne sachant plus quoi faire ni quoi dire. C’est alors qu’il s’est mis à me parler. Lentement, comme s’il avait peur qu’avec mes oreilles de grand, je ne comprenne pas. Il a dit : « Peut-être que tu voudrais que je parte pour toujours. C’est triste, ça, parce que moi je t’aime. Je suis pas capable d’aller ailleurs, c’est chez toi ma maison. Ça fait longtemps que je t’attends, tu sais. Je m’occupe, je joue avec des bouts de ficelle ou je lis des livres, des fois. Des livres pour les enfants, tu vois, avec des images et tout. Mais je m’ennuie. J’aimerais bien que, des fois, tu me prennes par la main, que tu me racontes des choses que tu sais. Et puis je sais pas pourquoi je suis obligé de rester là, mais c’est comme ça. Alors, s’il vous plait, tu pourrais pas jouer avec moi, des fois. Un peu, pas beaucoup, juste pour tenir la queue du chien pendant que je le caresse. Ou alors pour aller voir grand-mère Lisette et manger ses crêpes, tu sais, celles qu’on avalait quand tu étais petit. Elle t’attend, grand-mère, et elle m’a dit qu’elle allait bientôt partir. Alors faut pas que t’attende trop. Et puis j’ai décidé que j’irai avec elle, si tu veux plus me voir. On se donnera la main, tous les deux, et on s’en ira voir le pays des girafes, là où qu’y a de la neige et tout. Ou peut-être qu’on ira là où qu’elle a dit, avec les nuages. Tu comprends? »

À ce moment là, j’entendais le bruit liquide de Juliette qui barbotait dans son bain. Aucune lumière pour faire briller ce qui coulait de mes joues. Tant mieux, c’est pudique, un grand. Mon petit homme se tenait tout droit devant moi, avec un visage sérieux comme je lui en avais jamais vu. Je ne savais pas quoi répondre. C’est vrai que j’avais été dur, avec ce petit. Je l’avais ignoré, je l’avais puni, parfois, écouté, trop peu. Je l’avais mis dans une petite boîte que j’avais refusé d’ouvrir, ne serait-ce que de temps en temps. Forcément, à la longue, il menaçait de manquer d’air. Alors je l’ai pris dans mes bras. Je l’ai serré longtemps, à la lueur des étoiles. Et je lui ai promis que j’allais bientôt lui construire un bateau, pour lui tout seul. Un truc qui va sur l’eau et qui fait des courses avec les dauphins. Après lui avoir fait un bisou pour qu’il s’endorme vite, j’ai rejoint Juliette. Dans son bain. Avec ma robe de chambre. Elle riait, ça faisait plaisir à entendre. On a parlé longtemps, nous aussi. À la fin, elle a fait comme moi, elle s’est mise à pleurer.

Aujourd’hui, Lam a 4 ans. On l’a conçu pendant cette fameuse nuit à San Francisco. On a amarré ‘Petit Môme’ dans un petit port de Nouvelle Zélande, et il fait un temps splendide. Juliette a un bronzage doré qui lui fait les épaules cuivrées. Et mon petit bonhomme est assis à la barre, je lui apprends à naviguer. On prévoit d’être en Europe dans une petite année. Après, je ne sais pas encore. On verra bien. Ça dépendra des vents.

 

Journée lente

Alors que se profilent à l’horizon les vacances, et la nouvelle année, avec son petit sac bien rempli de résolutions que l’on s’emploiera à suivre (ou pas), voici un peu de grain à moudre pour votre moulin personnel…

J’ai fait hier une expérience que j’aimerais partager avec vous, sur l’inépuisable sujet de nos dépendances de toutes sortes. Un thème bien connu dans le médical, puisqu’une dépendance, elle nous tient dans sa petite main crochue et ne nous lâche que lorsque nous avons réussi à la démasquer et à la brider. Là ! Reste sage, petite dépendance, fini de jouer ! Tout ça à cause de la fichue dopamine, l’hormone du plaisir, de la récompense, qui se croit obligée de sortir de sa cachette synaptique chaque fois qu’une occasion surgit. Alors pour certains, cette petite coquine va jouer les filles de l’air face à une partie de poker, pour d’autres, devant un jupon un peu trop virevoltant, un moyen de faire du fric rapide, ou encore la perspective d’un verre d’alcool… Les histoires sont brèves, le plaisir court mais la dopamine explose dans le cerveau et pour quelques secondes, c’est le bonheur ! Pour Noël, la furie d’achats sera cette petite prison chimique qui nous clôt le regard et ouvre grand le porte monnaie, dans une furie dépensière salutaire pour tous les commerçants de la terre.

Et moi, naïve, j’ai longtemps cru que j’étais dénuée de ces dépendances que j’observais chez les autres… Naïve, vous ai-je dit ? Trop !

Car force est de constater que ma dépendance, elle est bien réelle, même si elle prend une forme un peu atypique, ou alors trop courante mais peu reconnue. Je suis accroc au mouvement ! A l’action, à la tâche, au coup de main intempestif, à la galopade précipitée vers la moindre source d’occupation. Le principe est tout bête. Prenez un moment dans la journée où rien n’est vraiment prévu, où un espace peut prendre ses aises et se mettre à respirer tranquillement. Paf ! C’est plus fort que moi ! Il faut remplir le vide ! Et je m’invente des tas de tâches plus ou moins utiles pour combler le trou ! Tout en me plaignant de ne pas avoir le temps de faire ci ou ça, le comble ! C’est pernicieux, sournois et malin, cette petite habitude difficile à dénoncer qui devient maladive. La maladie de l’efficacité prétendue, où l’on sacrifie volontiers une forme de sérénité tranquille sur l’autel de la rentabilité et de la perfection ! On n’a jamais fini de lui faire la chasse à celle-là !

Si bien qu’hier, fatiguée de ces derniers mois, et devant le temps humide, gris et froid, j’ai mené une petite révolution tranquille. J’ai décrété la journée du pyjama, une journée lente où rien de productif de ne réaliserait. Pyjama, thé vert fumant à côté de moi, je tricote, lis et vagabonde dans une maison chaude. Pas d’objectif, juste du plaisir et de la lenteur. Je crois que la dernière occurrence d’une telle expérience datait… du bateau ! Il était temps de s’y remettre, 3 ans et demi plus tard. J’en suis encore toute retournée, apaisée et guérie temporairement (ne rêvons pas, on ne quitte pas une dépendance comme on finit un verre d’eau) de ma petite habitude tenace et chronophage.

Alors si le virus du faire vous touche également, on pourrait faire un club de résistance à son emprise mondiale, et lutter ensemble pour faire de la place pour des journées lentes en 2017… Qu’en dites-vous ???

Salon nautique de Paris

chers amis lecteurs,

J’aurais eu beaucoup de plaisir à vous retrouver au salon nautique de Paris… Malheureusement, l’éditeur ne sera pas présent sur place et malgré mes efforts, je n’ai pas trouvé un stand pour m’accueillir. Vous pouvez cependant prendre contact avec moi en tout temps sur ce  blog si vous avez des questions et je vous souhaite des fêtes de fin d’année magiques!

 

Trouver le rayon de soleil et y rester

Il est un sujet qui me gratouille depuis longtemps. Et lorsque, dans mon quotidien, des messages apparaissent, des idées, des initiatives, en lien avec ce concept qui me titille, c’est comme une petite jubilation intérieure. Une confirmation de ce que je porte, un peu loin dans mes pensées, mais toujours présent.

En fait, parmi les œuvres qui m’ont inspirée entre autres, se trouvent le fabuleux documentaire Demain (Cyril Dion et Mélanie Laurent), et le bouquin de Guy Corneau (Le Meilleur de Soi, ed de l’Homme, 2007). Deux approches sur deux sujets qui se côtoient mine de rien. Une vision de l’existence par la positive. Une démarche centrée sur l’action. On ne nie pas ici la présence du mal, l’existence de blessures, la proximité de la douleur et de la mort. On reconnaît tout cela comme faisant partie intégrante de nos existences charriées tant bien que mal au fil des jours. Seulement, au lieu de s’empêtrer plus ou moins volontairement dans un immobilisme impuissant dans lequel on englue volontiers les parties les plus vivantes de soi, on choisit, en regardant le documentaire, ou en lisant le livre (et il en existe tant d’autres !), de se concentrer sur autre chose. Sans détourner le regard de ce qui fait mal, on fait le choix de porter notre attention sur le beau, le vrai et le vivant en nous. C’est une démarche totalement révolutionnaire, car elle n’a besoin de personne autour de soi pour exister ! On cesse la dépendance au gouvernement, à l’argent, aux personnes que l’on aimerait bienveillantes autour de soi… Plus rien n’est accessible que notre petite volonté de transformer notre expérience et changer ainsi notre univers.

On touche ici à la fameuse notion de synchronicité, qui veut que notre vie se teinte de façon inconsciente des messages que nous lui envoyons. Pensez à vous-mêmes comme à une victime, et vous trouverez sur votre route tous les bourreaux qui répondront à cette image que vous cultivez inconsciemment (j’en ai personnellement fait la douloureuse expérience moultes fois…). A l’inverse, envisagez pour vous l’abondance, les rencontres fertiles et l’expansion de l’être, et la vie placera sur le chemin les êtres, les choses et les événements qui suivront ce courant d’énergie.

Il ne s’agit pas ici d’un jugement quelconque, d’une théorie ésotérique ou d’une pratique chamanique obscure. Il s’agit d’une loi de l’univers que l’on peut expérimenter assez facilement. L’image que l’on a de soi et de ses capacités va trouver une expression dans notre quotidien. Et j’adore, dans Demain, ce commentaire qui dit que, jusque là, nous avons pensé l’écologie en des termes négatifs et qui s’appuyaient sur le retrait et l’arrêt : on arrête la pollution, on ferme les centrales nucléaires, on consomme moins, on cesse de bouffer de la viande, etc. Il ne s’agit en fait plus de dénoncer. Il s’agit d’envisager, de rêver ce vers quoi nous voulons tendre. Ce qu’apporte ce documentaire, et qui explique son succès planétaire, c’est que, pour une fois, on oriente l’énergie vers le plus ! On choisit alors de consommer différemment, de penser local, de poser des actes positifs en faveur de et non plus contre… C’est immense, ce changement !

Le livre de Corneau va dans ce sens positif ! Il ne s’agit plus de fustiger un passé qui nous étouffe et nous a brimé, il faut arrêter de se pencher sur le noir et le cultiver jusqu’à la fin des temps. Reconnaître cette partie de nous est important, certes. Mais il est fondamental, une fois les constats de base faits, de dépasser l’état de marasme dans lequel nous plonge parfois le malheur. Et de se mettre dans l’action, en posant pour soi des actes qui vont dans le sens d’une reconnaissance de l’être lumineux que l’on porte et que l’on souhaite faire grandir.

Tout cela pour en arriver à la conclusion que notre monde a bien besoin d’un petit coup de brosse salutaire, et de se défaire du pourquoi qui s’enroule autour du mal et de la douleur. On défait ce nœud là, et on passe à tout ce qui pourra nourrir notre vie, nos espoirs, la partie vivante en nous qui ne demande qu’à s’exprimer. Retrouver un sens du gratuit, de l’émerveillement devant la beauté du monde. Se mettre à prier pour les populations qui souffrent et pour lesquelles on se sent démuni, quand on sait que la prière peut envoyer l’énergie à bon port et toucher ceux auxquels nous pensons. Montrer à nos enfants ce qu’il y a de beau en eux, au lieu de toujours montrer du doigt leurs failles, qui font souvent résonner les nôtres… On renverse la vapeur, et on s’engage à s’occuper de soi, un jour à la fois. C’est un défi de taille, mais tellement galvanisant !

Alors pour aujourd’hui, je vous souhaite de préserver un petit moment, une poignée de minutes, pour simplement respirer profondément et accueillir en soi la vie qui grouille sous la peau et dans l’air qui nous entoure. Juste un petit instant. Pour vous et pour le monde. Ce monde qui a besoin de notre paix.

Femme à la mer… même pas mouillée !

Voilà quelques mois que mon livre est sorti. Je vais créer une page spéciale sur ce blog: “Rubrique bouquins”, pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur ce qu’il contient. J’y donnerai aussi des nouvelles de mes futures productions !

Je vous laisse également deux liens vers des critiques qui ont été publiées sur Femme(s) à la mer, et qui vous donneront une bonne idée de ce que vous pouvez y trouver. Merci à leurs auteurs pour ces mots qui m’ont été droit au coeur (ces critiques ont été copiées sur la page “Rubrique bouquins”, pour ceux qui ont la flemme de copier le lien) !

  • Sur le site www.bateaux.com:

http://www.bateaux.com/article/23601/femme-s-a-mer-assurer-reussite-d-un-grand-voyage

  • Dans la rubrique Livres de mer du site de Sail the World:

http://dev.stw.fr/fr/blogs/livres-de-mer/2016-09-28-femmes-la-mer-fanny-crouy-ed-ancre-de-marine

La vague arrive… et puis quoi ?

Je fais face à mon ordinateur pour vous écrire ces quelques mots. Tasse de thé fumante à mes côtés, j’inspire profondément, et dans l’expiration qui suit naturellement, c’est un sentiment de bonheur diffus qui étale ses brumes autour de moi. Je n’ai pas été détendue autant depuis des semaines, des mois… des années ? On dirait que, depuis que je n’ai plus un travail salarié, l’avenir s’ouvre. Que les événements qui surviennent jalonnent un chemin qui devient visible pas après pas. C’est sinueux, imprimé de détours, mais la direction s’impose, obstinée, et j’en perçois les contours, instant après instant, avec un ravissement certain.

Pourtant, rien ne pouvait me laisser croire à une telle plénitude début septembre. J’avais déjà formé des plans pour les mois à venir, j’avais organisé dans ma tête plusieurs rendez-vous, des projets, des idées. Aménagé une petite place discrète à cette écriture si indispensable, mais une petite place seulement. Entre deux séances de ménage, de courses ou de devoirs avec les enfants. Et puis est arrivée la nouvelle que tout allait être chamboulé. Je n’avais plus de contrôle sur grand-chose, il me fallait prendre la mesure des changements à venir, et tenter coûte que coûte de m’y adapter. Au départ, la colère a pris tout l’espace. L’envie d’en découdre avec une personne qui venait de façon violente me signifier que je n’avais plus ma place là où, un jour avant encore, je travaillais d’arrache pied pour tenir mon rôle. Et puis j’ai pris le temps de considérer cette colère, et j’ai réalisé qu’elle ne visait pas celui qui m’avait de toute évidence jetée dehors. Mais en dehors de quoi ? D’une vie réglée où ce que j’aimais plus que tout : passer du temps avec ma famille, seule, ou écrire… n’était pas au premier plan. Force était de constater en effet que ce qui comptait le plus pour moi n’avait pas la première place dans mon emploi du temps. Il faut bien vivre, me direz-vous, et vous aurez raison. C’est juste que je n’ai jamais eu – jusqu’au mois dernier – qu’une seule façon de concevoir la manière de faire vivre ma famille. Financièrement, je veux dire. Je n’avais envisagé qu’une voie, quand il en existe tant.

Alors colère, oui. Il m’a fallu la reconnaître. Celle que j’ai éprouvée contre moi-même, contre cette façon étriquée de voir ma vie et ma façon de dépenser ce temps précieux qui m’appartenait plus. J’ai dû accepter l’émotion, et écouter tout ce qu’elle avait à dire. Les frustrations tues, les envies de liberté éteintes avec le traintrain des jours qui se ressemblent. Les petites lâchetés quotidiennes qui étouffent peu à peu le flux de vie et d’énergie qui avait pu m’habiter avant, et qui trouvait un exutoire ténu dans quelques moments échappés au fil des jours. C’était comme si on avait appuyé sur le bouton « reset » d’un de ces bons vieux appareils. Quand on utilise une pointe de stylo pour tout remettre à zéro en appuyant dans le petit renfoncement, et qu’on peut alors réécrire l’histoire. Et après la colère, il a fallu pardonner pour le temps perdu et donner une forme quelconque à l’après.

L’aventure aurait pu s’arrêter là. J’aurais pu repartir malgré tout vers mes bonnes vieilles habitudes et chercher d’emblée la place prévue, l’emploi habituel, le temps balisé. Mais faire cela aurait été comme de cracher sur le cadeau donné. Ça aurait été la pire des trahisons. Et cela aurait été insultant pour toutes les personnes qui se sont manifestées depuis en soutenant mes projets d’écriture à grands coups d’encouragements ! Personnes que je remercie ici, car leur soutien m’a portée, vraiment.

J’en viens au cœur de mon propos. Car je pense profondément que les changements radicaux sont des présents que la vie nous fait pour nous aider à nous révéler à nous-mêmes. Si douloureux soient-ils sur le moment, c’est lorsque la vague nous traverse et nous fait basculer que nous tenons une occasion de changer. Le petit bonheur au rabais d’un quotidien sans histoires et sans défis nous porte, certes, mais peut vite avoir le goût insipide des jours qui s’effacent sans laisser de trace. La vie nous malmène, nous jette à terre, et voilà que s’ouvrent des possibilités inopinées de refaire notre histoire, de réinventer le déroulement de ce qui reste. On naît à celui/celle que nous sommes appelés à devenir. Louper le coche, c’est choisir délibérément une vie plus fade. Une existence sécuritaire, c’est vrai, mais sans surprises et avec une joie qui sera toujours limitée par nos petites peurs intérieures. Ce serait comme de s’astreindre à vivre dans une serre au milieu d’une forêt mirifique. On perd vite l’habitude de humer l’air parfumé d’herbe humide, de toucher aux feuilles fraîches, de se coucher sur la mousse délicate, à force de vouloir s’enfermer dans la petite maison de verre pour se protéger des bêtes sauvages.

La vague nous a bousculés, prenons le temps de respirer avant de nous remettre debout. Ne courrons pas vers les solutions habituelles, vers les recettes ancestrales. Il s’agit d’écouter la petite voix intérieure. Celle qui nous nous amène plus loin. Il s’agit de sentir en soi la force vitale qui trouve son chemin jusqu’au cœur et peut nous guider en dehors de nous-mêmes. Il s’agit, pour finir, d’avoir le courage de quitter le tuteur bien commode des habitudes et de choisir de pousser plus haut, seul et sans peur. Cela me rappelle deux citations. La première, digne et belle, est de Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». La seconde, irrévérencieuse et rigolote, est de Dory, dans Nemo : « Quand la vie t’jette à terre, tu sais ce qu’il faut faire ? Une prom’nade en mer, une prom’nade en mer… ».

Sous les pavois, les livres


Lorsque l’on arrive là, c’est impressionnant la profusion de personnes, de choses et de bateaux à voir. Il faut slalomer entre les visiteurs pour se déplacer, et se faire un chemin entre les stands pour avancer. Des cris de mouette dérangent le ciel par moment, et concurrencent le brouhaha des conversations un peu partout. L’air est iodé, le vent se balade entre les tentes et dérangent les cheveux. Dans les bassins, les bateaux sont alignés sagement le long de quais qui ont été installés en damier pour faciliter la circulation. Sourires de circonstance sur le visage des hôtesses qui accueillent pour les bateaux les plus dispendieux. On visite les autres sans salamalecs et c’est plus simple aussi. Partout, les gens discutent, écoutent les argumentaires, échangent entre marins sans toujours se connaître. La voile est un liant naturel qui fédère les amoureux de la mer. Lesquels ne se privent jamais d’un conseil, d’une opinion et d’un truc à partager pour en apprendre un peu plus et ramener des idées nouvelles à bord de leur bateau chéri.

J’arrive dans ce grand déballage d’articles pour la mer, de gens qui se pressent sur les stands, et rejoins mon propre port d’attache. L’éditeur, Franck, m’y accueille avec Ghislaine, et je sens qu’on m’a fait une petite place, ici, et que je vais m’y sentir bien. D’autres auteurs sont arrivés, nous sympathisons, et l’ambiance est bon enfant, chaleureuse et enlevée. On dirait que je retrouve un groupe de potes, alors même que je n’ai jamais rencontré certains ! On partage sur nos expériences, le passé et le futur, dans la bonne humeur et l’humour.

Les chalands arrivent au stand, entre deux conversations. Ils s’arrêtent le long des rangées de livres, en prennent un qui les accroche, l’ouvrent et le feuillettent. On sent l’odeur de graillon qui vient du resto de derrière, et les parfums de frites s’envolent avec le vent qui s’insinue sur le salon par moment, pour faire danser les pavois. Une femme s’approche, suivie de celui qui doit être son conjoint. Elle est blonde, assez petite, un joli minois avec des traits fins, un regard bleu gris direct et sans détours. Elle prend mon livre, sur une table qui déborde sur l’allée, et en lit la quatrième de couv’. Je m’approche, la questionne sur d’éventuels projets de bateau. Bingo ! Elle est la femme parfaite pour ce livre. Car le projet existe, le marin est tout à fait enthousiaste et motivé, mais elle, c’est avec hésitation et peur qu’elle suit. Sans être tout à fait sûre de vouloir suivre. Dans ces cas là, j’essaie de répondre aux questions avec simplicité et précision. De communiquer tranquillement la joie que cela a été pour moi de me dépasser, de vivre ces moments incroyables vécus sur l’eau. Mais surtout, j’écoute. La trouille tenace, les questions sur l’après bateau, sur le fait d’embarquer des enfants, sur l’obligation de laisser derrière soi ceux qui restent à terre et que l’on peine à quitter.

Chaque fois, je me retrouve dans ces inquiétudes, et je trouve passionnants ces échanges sur ce qui, au bout du compte, nous retient toujours de réaliser les choses folles qui nous habitent ou que l’on hésite à réaliser parce qu’elles semblent tellement plus grandes que nous. Chaque fois aussi, je partage sur ce besoin de se dépasser qui nous fait grandir, dans la vie. Sur le fait que ne pas toujours tout contrôler peut être une bénédiction. Et surtout sur cette certitude que les peurs qui nous étreignent, pour naturelles qu’elles soient, ne doivent jamais nous empêcher d’avancer. Je plaide parfois longuement sur l’importance de quitter sa zone de confort pour vivre plus intensément. Car se cantonner à ce que l’on connaît revient à vivre en pointillés, ou à s’imposer une existence floue et sans réels objectifs. Avoir un conjoint passionné de mer est une chance, et il faut pouvoir s’appuyer dessus pour décoller. Même si je garde toujours des réserves si ledit marin n’est pas réaliste par rapport à ses capacités, est un trompe la mort ou risque d’embarquer sa femme dans des projets bancals. Je n’en ai heureusement rencontré aucun au salon. Alors elle repart avec mon livre, avec l’envie manifeste d’en savoir plus et de dorloter ce projet ou en tout cas de lui faire une place un peu plus grande, peut-être.

Une autre arrive devant le stand, avec laquelle j’entame assez rapidement une discussion. Une jeune femme dans la trentaine toute neuve et qui annonce tout de go que non, pas de marin en vue. Mais une envie terrible de partir en mer, sans savoir encore trop de quelle façon. Qui aimerait faire un changement de vie radical et lâcher le boulot pour quelques mois, voire quelques années. Il s’agit de vivre ce qu’elle porte en elle, et de le faire le plus tôt possible: elle est prête ! Pour d’autres, qui arrivent en couple, l’histoire est différente. Ils sont à la retraite, et partiront d’ici deux ans. Le bateau est acheté, ils se préparent avant de larguer les amarres. Encore un projet tenace et qui les mènera loin. Et je sens la joie qu’ils ont à parler de leur histoire, de ces rêves qu’ils cultivent depuis longtemps et pour lesquels ils ont investi de concert autant d’énergie… A un autre moment, je discute avec une femme qui hésite et exprime des peurs profondes, et une autre se joint à notre petit groupe : celle-ci parle de son projet de partir avec enthousiasme. Un troisième couple s’approche, qui est déjà parti. J’en profite pour lancer à ces derniers une perche qu’ils attrapent au vol, et les voilà qui expliquent aux autres comment ils ont vécu leur voyage, quels obstacles ils ont eu à surmonter, décrivant les moments magiques dont ils ont le souvenir…

Je dois vous avouer une chose. J’ai adoré faire ces rencontres. J’ai aussi tellement aimé que cette lectrice du blog soit venue me saluer, me dire qu’elle venait d’acheter Femme(s) à la mer, et qu’elle pensait partir avec son homme d’ici quelques années ! Vous êtes tous la raison d’être de ce coin de lecture qu’est le blog, et de vous rencontrer en vrai, c’est comme de saluer de vieux amis ! Je me suis sentie aussi touchée par les expériences que l’on a bien voulu partager avec moi, par les doutes que l’on s’est permis d’exprimer, par les questions qui ont fusé durant ces trois jours de salon. Ces partages m’ont nourrie, et je ressens une gratitude immense vis à vis de ceux qui ont accepté d’échanger sur des sujets aussi intimes et compliqués parfois pour eux. Merci aussi à Franck et Ghislaine de leur accueil bienveillant, et aux écrivains dont j’ai apprécié la compagnie, l’humanité, et la gentillesse. You made my day !